Urbanisation des Systèmes d’Information

Ce matériel pédagogique s'adresse aux étudiants et professionnels souhaitant comprendre les principes et la méthodologie de l'urbanisation des systèmes d'information (SI) en entreprise. Il présente les concepts fondamentaux, les objectifs, les niveaux de découpage, ainsi que des exemples appliqués notamment au secteur bancaire.

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Urbanisation des Systèmes d’Information

Information Systems Engineering · PDF · 12 pages · 1990

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Ce matériel pédagogique s'adresse aux étudiants et professionnels souhaitant comprendre les principes et la méthodologie de l'urbanisation des systèmes d'information (SI) en entreprise. Il présente les concepts fondamentaux, les objectifs, les niveaux de découpage, ainsi que des exemples appliqués notamment au secteur bancaire.

Introduction à l'urbanisation des systèmes d'information

L'urbanisation des systèmes d'information s'inspire des concepts d'organisation urbaine pour modéliser et structurer le SI d'une entreprise. Cette approche, popularisée notamment par Jacques Sassoon dans les années 1990, vise à organiser le système d'information comme une ville, avec ses quartiers et zones, afin de faciliter son évolution progressive, sa modularité et son alignement stratégique.

Définitions de l'urbanisation des SI

Selon le Club Urba-EA, urbaniser un SI consiste à organiser sa transformation progressive et continue pour le simplifier, optimiser sa valeur ajoutée, et le rendre plus réactif et flexible face aux évolutions stratégiques de l'entreprise. Cette démarche s'appuie sur un cadre cohérent, stable et modulaire, qui guide les décisions d'investissement dans le SI.

Plus simplement, urbaniser signifie diriger la transformation continue du SI pour le simplifier durablement, en insistant sur le travail progressif nécessaire pour atteindre une cible urbanisée.

Pourquoi urbaniser un système d'information ?

Les entreprises font face à des évolutions stratégiques majeures (fusions, diversification, e-commerce, réorganisation, externalisation, etc.) qui accroissent la complexité et l'interdépendance des applications informatiques. Cette complexité, souvent qualifiée d'effet « plat de spaghettis », engendre des coûts élevés, des délais longs et des risques accrus pour les projets d'évolution des SI.

L'urbanisation permet de maîtriser cette complexité en organisant le SI pour qu'il soit plus réactif, évolutif et aligné sur la stratégie métier, tout en maîtrisant les coûts informatiques.

Application des concepts d'urbanisation

L'urbanisation informatique découpe le SI en modules autonomes, comparables à une ville divisée en zones, quartiers, îlots et blocs fonctionnels. Chaque module est indépendant mais peut interagir avec les autres via des zones d'échange d'informations, permettant une évolution séparée et maîtrisée.

Découpage en zones, quartiers et blocs

  • Zones : grandes parties du SI correspondant à des fonctions ou domaines majeurs.
  • Quartiers : subdivisions des zones, plus spécialisées.
  • Îlots : subdivisions des quartiers si nécessaire.
  • Blocs fonctionnels : unités de base assurant des fonctions cohérentes avec un couplage faible aux autres blocs.

L'urbanisation vise à renforcer la capacité à construire, intégrer et faire interagir des sous-systèmes hétérogènes, tout en favorisant l'évolutivité, la pérennité et l'indépendance du SI.

Types de zones dans un SI

  • Zones d’échanges externes : échanges avec partenaires comme clients et fournisseurs.
  • Zones d’activités opérationnelles : gestion des opérations bancaires, commerciales ou logistiques.
  • Zones de gestion des données de référence : référentiels communs (clients, catalogue produits).
  • Zones de gestion des gisements de données : données produites quotidiennement (production, etc.).
  • Zones d’activités de support : comptabilité, ressources humaines.
  • Zones de traitement pour l’aide à la décision : informatique décisionnelle.

Dans les très grandes entreprises, le SI est découpé en périmètres autonomes (ex : grandes directions), chaque périmètre étant urbanisé individuellement.

Exemple de découpage dans une banque

  • Zone : activités opérationnelles bancaires
  • Quartier : gestion des crédits
  • Îlot : gestion des crédits immobiliers
  • Bloc fonctionnel : gestion d'un impayé

Les quatre niveaux de préoccupation dans l'urbanisation

Ces niveaux correspondent au méta-modèle d’urbanisme :

  • Vue stratégique : objectifs de l'entreprise et alignement du SI.
  • Vue métier : métiers, processus et organisation.
  • Vue fonctionnelle : fonctions et services du SI.
  • Vue technique : architecture matérielle et logicielle.

La vue stratégique

Elle décrit les objectifs de l'entreprise et du SI, ainsi que leur correspondance (alignement stratégique). Ces objectifs peuvent être modélisés par :

  • Une liste hiérarchique de thèmes et sous-thèmes.
  • Un diagramme de causes et effets (diagramme d'Ishikawa) indiquant les causes (matière, matériel, méthode, ressources humaines, contexte) produisant des effets.

Exemple d'analyse des causes :

  • Matière : enjeux liés aux matières premières.
  • Matériel : matériels informatiques et logiciels, incluant la sécurité.
  • Méthode : gestion de la communication.
  • Ressources humaines : évaluation du capital intellectuel.
  • Contexte : perception de l'environnement et communication.

Le système métier

Il regroupe l’ensemble des métiers et processus de l'entreprise. La stratégie définit :

  • Les métiers stratégiques (ex : octroi de crédit, courtage d'assurance).
  • Les métiers opérationnels (ex : production, marketing, gestion des risques).

Les activités exercées sont :

  • Opérationnelles (fabrication, services clients).
  • De gestion.
  • De pilotage.

L'analyse peut s'appuyer sur le BPM (Business Process Management) pour modéliser, outiller et piloter les processus métier, facilitant ainsi le diagnostic et la définition des évolutions du SI.

Le système d'information

Le SI est constitué des objets métier, fonctions, informations et règles de gestion utilisés par les métiers et processus d'une entité organisationnelle. Un SI urbanisé doit pouvoir découpler ses sous-systèmes pour évoluer vers des systèmes autonomes.

Par exemple, une entreprise peut vouloir séparer ses métiers de distribution et de production dans des unités distinctes.

L'urbanisation combine :

  • La volonté d'isoler certaines parties pour faciliter leur évolution.
  • L'objectif de mutualiser ou externaliser d'autres parties plus stables pour réaliser des économies.

L'architecture fonctionnelle recense, dans chaque zone, quartier et îlot, les blocs fonctionnels qui supportent les processus métier. Un bloc fonctionnel assure :

  • Une forte cohésion entre les objets métier et fonctions qu'il gère.
  • Un couplage faible avec les autres blocs.

La granularité du bloc fonctionnel doit :

  • Faciliter sa réutilisation dans différents processus.
  • Favoriser son remplacement par un bloc équivalent.

Un bloc fonctionnel est défini par :

  • Les objets métier qu’il gère.
  • Les services fonctionnels (interfaces d’échange avec d’autres blocs).
  • Les fonctions et règles de production des données qu’il communique.

Le système informatique

Le système informatique est un ensemble structuré de composants matériels, logiciels et de données permettant d’automatiser tout ou partie du SI. Son administration est assurée par une même unité organisationnelle.

Il se décrit par :

  • Son architecture applicative.
  • Son architecture technique.
  • Son architecture physique.

Pour l’étude de l’existant, il faut considérer ces trois architectures afin d’évaluer les vulnérabilités. Pour la définition de l’architecture cible, on peut se limiter à l’architecture applicative.

L’architecture applicative définit les composants logiciels automatisant le SI ainsi que leurs modalités d’assemblage et de communication. Elle est une instanciation de l’architecture fonctionnelle dans un environnement technique donné.

Un bloc applicatif est un ensemble cohérent de composants logiciels, mono-plateforme, autonome dans son fonctionnement, décrit par :

  • Les structures de données qu’il gère.
  • Les procédures fonctionnelles qu’il exécute.
  • Les services applicatifs qu’il met à disposition.
  • Les messages reçus (événements traités) et publiés (comptes-rendus d’opérations).

Les constituants du bloc applicatif peuvent être publics (visibles pour d’autres blocs) ou privés (internes). Un bloc applicatif communique avec les autres blocs par échange de messages et appels de services.

Correspondances entre système métier, système d'information et système informatique

Système métier Système d'information Système informatique
Vue métier Architecture fonctionnelle Architecture applicative
Processus métier Processus fonctionnel Processus applicatif
<pas d'équivalent> Quartier fonctionnel Quartier applicatif
<pas d'équivalent> Îlot fonctionnel Îlot applicatif
Activité Bloc fonctionnel Bloc applicatif
<pas d'équivalent> <pas d'équivalent> Application
Objet métier Information Donnée
Tâche Fonction / service fonctionnel Traitement / service applicatif
<pas d'équivalent> Prise de type question/réponse Interface de service
<pas d'équivalent> Prise de type flux/événement Événement et compte-rendu d'événement

L'urbanisation du SI consiste à décrire ces trois niveaux en utilisant ces concepts, souvent représentés dans un méta-modèle d'urbanisme sous forme de diagramme de classes UML.

Méthodologie d'urbanisation

La démarche d'urbanisation s'appuie sur trois axes clés :

  • La modélisation de la stratégie.
  • La cartographie des systèmes existants (métier, fonctionnels, applicatifs, techniques).
  • La détermination des systèmes cibles (métier, fonctionnels, applicatifs, techniques).

La distinction claire entre l'existant et la cible est essentielle. La démarche vise à définir un SI cible aligné sur la stratégie de l'entreprise et à déterminer la trajectoire pour y parvenir.

Cartographie du système d'information bancaire

Objectif

Cette approche illustre la cartographie fonctionnelle d'un SI bancaire, centrée sur les systèmes d'opération métier qui constituent la finalité économique de la banque. L'opération bancaire est considérée comme l'unité élémentaire animant le SI, comparable au sang dans un organisme vivant.

La cartographie est construite à partir de couches fonctionnelles et des échanges entre ces couches, basés sur l'opération bancaire ou son reflet comptable.

Les cinq couches fonctionnelles

  • Couche référentiel : fonctions bancaires traversant les couches métiers, référentiels de données et de traitement, servant de ressource pour la couche métier.
  • Couche d'acquisition : fonctions utilisées à tout moment du cycle de traitement des opérations bancaires.
  • Couche métier : fonctions propres aux processus métiers, utilisatrice des couches référentiel, acquisition et support.
  • Couche de support : fonctions permettant de traiter les opérations bancaires dans leur cycle normal.
  • Couche de synthèse : fonctions de pilotage de l'entreprise banque.

Cartographie applicative d'un SI bancaire

La cartographie applicative découle de la cartographie fonctionnelle. Elle exprime le « comment » en déclinant les processus métiers en objets de traitements informatiques (modules, services applicatifs, interfaces, fichiers, référentiels).

Deux modes de répartition des modules applicatifs sont identifiés :

  • Mode CENTRAL : unité logique de traitement naturelle des opérations clients, privilégiée pour le volume et la cohérence des contrôles.
  • Mode DISTANT : unité logique de traitement des processus métiers, déclinée en :
    • Poste « CLIENT LÉGER » : applications ou services métiers décentralisés accessibles via un réseau externe (ex : Internet).
    • Poste « SERVEUR » : serveur de domaine accessible uniquement via le réseau interne (ex : Intranet).

Légende des couleurs pour la cartographie applicative :

  • Violet : Poste « CLIENT LÉGER »
  • Jaune : Poste « SERVEUR »
  • Vert : Mode « CENTRAL »
  • Orange : Entrepôt de données
  • Bleu roi : Référentiels ou base de données

Glossaire des termes clés

  • Urbanisation : Organisation progressive et continue du SI pour le simplifier, optimiser sa valeur et le rendre flexible.
  • Zone : Grande division du SI correspondant à un domaine fonctionnel majeur.
  • Quartier : Sous-division d’une zone, plus spécialisée.
  • Îlot : Sous-division d’un quartier, si nécessaire.
  • Bloc fonctionnel : Unité cohérente du SI avec forte cohésion interne et faible couplage externe.
  • BPM (Business Process Management) : Gestion et modélisation des processus métier pour optimiser leur exécution et pilotage.
  • Bloc applicatif : Ensemble cohérent de composants logiciels implémentant un bloc fonctionnel dans un contexte technique donné.
  • Architecture fonctionnelle : Organisation des fonctions et services du SI.
  • Architecture applicative : Organisation des composants logiciels automatisant le SI.
  • Alignement stratégique : Correspondance entre objectifs métier et objectifs du SI.
  • Diagramme d'Ishikawa : Diagramme causes-effets utilisé pour analyser les facteurs influençant un phénomène.
  • Mode CENTRAL : Mode de traitement centralisé des opérations clients.
  • Mode DISTANT : Mode de traitement décentralisé des processus métiers via postes client léger ou serveur.

Points clés à retenir

  • L’urbanisation permet de structurer et faire évoluer le SI de manière progressive, modulaire et alignée sur la stratégie métier.
  • Le découpage en zones, quartiers, îlots et blocs fonctionnels facilite la gestion de la complexité et l’interopérabilité.
  • Le SI se décline en trois niveaux : métier, information/fonctionnel et informatique, avec des correspondances précises entre eux.
  • La méthodologie d’urbanisation repose sur la modélisation stratégique, la cartographie de l’existant et la définition de la cible.
  • La cartographie fonctionnelle et applicative, illustrée par l’exemple bancaire, est essentielle pour comprendre et piloter le SI.
  • Les outils comme le BPM et les diagrammes d’Ishikawa aident à analyser les processus métier et leurs impacts sur le SI.

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