Introduction à l’Economie

Institut Supérieur de Gestion de Tunis
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Introduction à l’Economie

Institut Supérieur de Gestion de Tunis · Economics, Economic Theory, Social Sciences · course

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COURS

INTRODUCTION A L’ECONOMIE

1ère Année Sciences Economiques et de Gestion

Ridha CHKOUNDALI

UNIVERSITE DE TUNIS

INSTITUT SUPERIEUR DE GESTION DE TUNIS

2006

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI

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Table des matières

CHAPITRE 1 – OBJET DE L’ECONOMIE

Section 1 – Les différentes définitions de l ‘économie

1) L’économie est une science de la richesse

2) L’économie est une science de l’échange marchand

3) L’économie est une science de la rareté et des choix efficaces

Section 2 – Les définitions de synthèse

1) Définition d’E. Malinvaud

2) Définition de P. Samuelson

a) Que produire ?

a1) La notion de besoin

a2) La notion de bien

b) Comment produire ?

b1) Quelles ressources doit-on employer ?

b2)Quelles techniques doit-on choisir ?

b3) La loi de la rareté et des choix

c) Pour qui produire ?

c1) La distribution des biens et services

c2) La répartition du revenu

CHAPITRE 2 – LA METHODE SCIENTIFIQUE

Section 1 – Les étapes de la méthode de la science économique

1) Les variables

2) Les hypothèses

3) Les modèles

Section 2 – La démarche normative et la démarche positive.

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CHAPITRE 3 - HISTOIRE DE LA PENSEE ECONOMIQUE

Section 1 – Le discours de l’économie politique

1) La pensée Mercantiliste

2) Le libéralisme

a) Les physiocrates

b) Les classiques

c) Les néoclassiques

3) La théorie de l’intervention de l’Etat : Keynes

Section 2 – Le discours critique de l’économie politique : Le socialisme

CHAPITRE 4 – PRESENTATION DE L’ACTIVITE ECONOMIQUE

Section 1 - Les agents économiques

Section 2 - Les opérations économiques

Section 3 - Les marchés

Section 4 - Le circuit économique

CHAPITRE 5 – MESURE DE L’ACTIVITE ECONOMIQUE

Section 1 – La croissance économique

Section 2 - L’inflation

Section 3 - Le chômage

Section 4 - Quelques indicateurs de mesure de l’activité économique

CHAPITRE 6 – LES TABLEAUX DE SYNTHESE

Section 1 – Les comptes non financiers des agents résidents

Section 2 – Le compte non financier de l’extérieur

Section 3 - La Balance des paiements

Section 4 - Le Tableau Economique d’Ensemble

Section 5 – Le schéma de financement des investissements

Section 6 - Les Tableaux Entrées-Sorties

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Introduction

Comme toute discipline, on ne peut considérer l’économie comme une

science que si l’on parvient à délimiter son objet et sa méthode de connaissance

scientifique.

Définir l’objet de l’économie (chapitre 1) consiste à préciser ses domaines

de recherche. En d’autres termes, on devrait savoir de quoi s’occupe la science

économique.

Délimiter la méthode retenue par la science économique (Chapitre 2), c’est

savoir comment cette discipline observe, analyse et interprète les phénomènes

et les faits réels pour en donner une représentation et tirer, par conséquent,

des lois et des théories.

Les définitions de l’objet de l’économie et de sa méthode différent selon

que l’on se place du côté du courant de l’économie politique ou du courant

critique ; l’étude de l’histoire de la pensée économique permet de recenser les

principaux courants théoriques (chapitre 3), ces derniers s’accordent à classer

cette discipline dans la grande famille des sciences humaines ou sociales. Par

conséquent, le domaine de préoccupation de l’économie concerne les activités des

hommes ou encore l’activité économique,

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L’activité économique (chapitre 4) est composée des agents économiques

qui font des opérations sur des marchés. Pour mesurer l’activité économique

(chapitre 5), nous proposons trois questions d’ordre macro-économique : la

croissance économique, l’inflation et le chômage.

Enfin, nous proposons cinq tableaux de synthèse (chapitre 6) qui

permettent de présenter, d’une manière simplifiée, l’activité économique : les

comptes non financiers des agents résidents, le compte de l’extérieur, la balance

des paiements, le Tableau Economique d’Ensemble et les Tableaux Entrées-

Sorties.

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Chapitre 1

Objet de l’économie

Section 1 – Les différentes définitions de l ‘économie 1) L’économie est une science de la richesse 2) L’économie est une science de l’échange marchand 3) L’économie est une science de la rareté et des choix efficaces Section 2 – Les définitions de synthèse 1) Définition d’E. Malinvaud 2) Définition de P. Samuelson a) Que produire ?

Sommaire:

A1) La notion de besoin A2) La notion de bien

b) Comment produire ?

B1) Quelles ressources doit-on employer ? B2) Quelles techniques doit-on choisir ? B3) La loi de la rareté et des choix

c) Pour qui produire ?

c1) La distribution des biens et services c2) La répartition du revenu

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Objectifs du chapitre

Objectif général

Connaître le champ d’intervention de la science économique et se

familiariser avec les notions de base de l’économie.

Objectifs spécifiques

 Définir la science économique

 Différencier les différents types de biens

 Distinguer les différents types de besoins

 Présenter les principales lois économiques

 Caractériser les principales fonctions de production

 Décrire l’opération de la répartition du revenu

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L’objet d’une discipline quelconque est le domaine de recherche et

d’application de cette discipline. Si la physique et la chimie se donnent une seule

définition pour leur objet qui est l’étude des phénomènes de la nature pour la

physique et l’étude des corps minéraux et non minéraux pour la chimie, la science

économique, vu la divergence de ses définitions, se donne plusieurs objets.

Les raisons de cette multiplicité des définitions de l’objet de la science

économique sont au nombre de deux :

 la complexité de la réalité socio-économique qui est évolutive, puisque les

phénomènes économiques évoluent d’une époque historique à une autre et par

conséquent la définition de l’objet de l’économique change aussi. L’économie

européenne du moyen âge a été dominée par la présence des principes moraux

et religieux alors que celle du 16ème et 17ème siècle a été caractérisée par la

recherche du profit ou des moyens d’enrichissement d’une nation.

 la complexité du comportement des individus qui forment la société.

L’économiste ne peut être neutre vis-à-vis de la société dont il appartient, il

appartient à cette société et porte donc ses valeurs morales. Ainsi, l’économie

est l’étude de l’utilisation des ressources pour la puissance nationale lorsque

l’idéologie retenue est le nationalisme. Alors que l’économiste proposera,

comme objet de l’économie, la recherche des moyens permettant la

satisfaction des besoins essentiels de la communauté si l’idéologie étant le

socialisme. Cependant, dans d’autres domaines, telles que la chimie, le

chimiste est neutre vis-à-vis du corps qu’il étudie.

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Section 1 – Les différentes définitions de l’économie.

L’objet de l’économique est lié à un environnement économique, il est, donc, de

caractère évolutif, de la science des richesses, à la science de l’échange et à la

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science de la rareté.

1) L’économie est une science de la richesse

Citons quelques définitions qui se basent sur la notion de richesse :

 D’abord l’économiste classique J.B Say dans son ouvrage « traité d’économie

politique » : a donné la définition suivante : L’économie politique enseigne

comment se forment et se consomment les richesses qui satisfont aux

besoins des sociétés.

 Ensuite J. Garnier présente la définition suivante : L’économie politique est la

science de la richesse c’est-à-dire la science qui a pour but de déterminer

comment la richesse est et doit être le plus rationnellement produite,

échangée, répartie, employée dans l’intérêt des individus comme dans celui de

la société tout entière.

 D’autres définitions similaires, celles de Robert Turgot en 1766 dans son

ouvrage « Essai sur la formation et la distribution des richesses » et d’Adam

Smith considéré comme père fondateur de l’économie politique, qui dix ans

plus tard, a publié son ouvrage pionnier « Recherches sur la nature et les

causes de la richesse des nations ». Le titre de cet ouvrage est en elle-même

une définition de l’économie qui a été adoptée par la plupart des auteurs à

l’époque.

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 10

En suivant ces définitions, l’enrichissement est le but fondamental de

l’individu et de la société. La science économique est définie alors comme la

science de la richesse, de la même façon qu’il y a une science de la lumière et des

planètes.

Néanmoins, dans la définition de la richesse, ces auteurs n’ont retenu que

l’aspect matériel en négligeant les services ; Smith considérait que le travail

consacré à la production de ces services est improductif. Cette conception,

retenue également par Marx notamment dans certaines interprétations de la

notion de travail improductif, a conduit le système de comptabilité soviétique à

ne retenir que la seule production de bien matérielle comme création de richesse

dans le cadre d’une comptabilité du produit matériel net1.

Cette conception ne pouvait être retenue car elle excluait du champ de

l’analyse et de l’observation une grande partie de l’activité ; les sociétés

contemporaines développées appelées parfois des sociétés postindustrielles sont

largement des sociétés de services. En effet avec l’activité des banques, des

institutions financières, du tourisme, du commerce, la richesse s’étend à

l’immatériel.

Or trop étendre la notion de richesse risque de la rendre trop vague, d’où

la démarche qui permet de recentrer la richesse autour d’une conception simple :

est richesse tout ce qui satisfait un besoin, tout ce qui a une utilité. La question

qui se pose est comment mesurer cette utilité ou encore comment saisir la valeur

d’un bien ?

1 ce système a été abandonné en 1993.

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 11

Recentrer la richesse autour de la notion de besoin revient à considérer

l’économie comme la science de l’échange marchand puisque la notion de l’utilité

est subjective et ne peut être mesurée qu’à travers l’échange moyennant un prix.

2 - L’économie est une Science de l’échange marchand

Un bien ou un service n’a pas de valeur en soi, il n’a de valeur que s’il

satisfait un besoin, que s’il a une utilité. Or le problème qui se pose est comment

vérifier cette utilité et donc comment mesurer la valeur de ces biens ?

C’est à travers l’échange que la valeur d’un bien ou d’un service se

manifeste ; cet échange s’opère à travers les marchés. Par conséquent les

marchés sont au cœur de la science économique dans la mesure où ils permettent

de vérifier l’utilité des biens et de mesurer donc leurs valeurs.

Ces marchés fixent le niveau général des prix, l’économie devient alors une

science des prix puisque ce dernier n’est que le résultat de l’échange ; est

économique tout (et seulement) ce qui peut se traduire par un prix. Cette

conception de l’économie a présenté un intérêt pour plusieurs auteurs qui ont

orienté leurs préoccupations théoriques sur l’étude de la formation des prix.

Les principales limites de cette approche sont:

 Selon cette conception, l’économie ne s’intéresse aux activités humaines que

dans la mesure où elles s’échangent sur un marché puisqu’elles expriment un

besoin. Or l’activité religieuse, par exemple, bien qu’elle exprime un besoin et

occupe une portion non négligeable du temps, n’engendre pas un prix ;

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 12

 Les économies primitives sont des économies sans échange ;

 Avec l’intervention des Etats dans l’économie, apparaît une production non

marchande, les biens publics, qui bénéficient à toute la collectivité. Ce sont

essentiellement les services de santé, d’éducation et d’infrastructure. Ces

derniers sont à l’origine de l’apparition de toute une branche de l’économie :

l’économie Publique.

Une troisième conception permet de tenir compte des insuffisances citées

ci-dessus, définit l’économie comme la science des choix efficaces. En effet, les

biens publics et les activités religieuses sont des choix délibérés de la part des

individus et des pouvoirs publics ; l’économie est donc une science des choix

efficaces.

3 - L’économie est une science de la rareté et des choix efficaces

Lionel Robbins, dans son ouvrage paru en 1947,« Essai sur la nature et la

signification de la science économique », a défini l’économie comme la science qui

étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens

rares à usage alternatif.

Cette définition part de l’idée que la rareté des ressources oblige à faire

des choix. La rareté est une situation de non abondance des ressources tel que

pour satisfaire les besoins, il faut dépenser un effort en travail ou consentir des

sacrifices.

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 13

Selon P. Samuelson la rareté est une loi qui s’impose à tous et ce n’est

qu’au Paradis qu’on pourrait accéder à tous les biens qui permettent de satisfaire

tous nos besoins.

Puisque les moyens sont rares, il y a lieu de les utiliser de façon efficace.

Les agents économiques ont des besoins illimités alors que leurs ressources sont

limitées, se pose alors le problème de choix. C’est le cas au niveau micro-

économique (producteur, consommateur) et au niveau macro-économique (Etat)

où ces agents économiques sont confrontés à un choix de maximisation de la

fonction objective sous les contraintes usuelles. Le consommateur, face à un

budget limité et compte tenu des prix des biens, cherche à affecter ses

dépenses de telle sorte que sa satisfaction soit maximale. Le producteur, face à

ses ressources limitées et le prix des facteurs de production, choisira la

technique qui rendra sa production maximale.

Ainsi le père de famille, qui a un salaire mensuel limité, doit choisir, par

exemple, entre l’alimentation et les vêtements. Si la famille préfère bien manger

ça serait au dépend de l’habillement. A l’échelle d’un pays, avoir plus d’armes pour

se défendre c’est avoir tant d’université en moins.

Selon cette approche, la tache de l’économiste étant la recherche de ce

que coûte

la disposition d’une unité supplémentaire d’un bien, pour un

consommateur, d’un facteur de production, pour un producteur ou d’une dépense

gouvernementale pour l’Etat compte tenu des ressources disponibles et des prix

des biens et des facteurs. C’est l’analyse à la marge qui permet de mesurer le

coût d’opportunité d’une unité supplémentaire. Ainsi, si l’on revient à notre

exemple, le coût d’opportunité d’une unité supplémentaire d’aliment pour le chef

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 14

de famille, c’est tant de vêtement en moins alors que celui pour un pays, c’est

tant d’université en moins.

Supposons que vous deviez vous présenter à un cours à 8 h 30. Si vous n’y

allez pas, vous avez le choix entre deux possibilités : rester au lit une heure de

plus ou consacrer cette heure au footing. Pour un sportif, le coût d’opportunité

du cours correspond à une heure de footing alors que pour un paresseux à une

heure de sommeil supplémentaire.

En suivant cette démarche, chaque agent adopte un comportement

calculateur, il compare ce qu’il gagne à ce qu’il perd pour chacune de ces activités.

On retrouve ce genre de raisonnement, par exemple, dans les techniques de

recherche opérationnelle, de la planification générale utilisée dans le domaine de

la circulation automobile et des réseaux de transport et dans la gestion

rationnelle des stocks.

Néanmoins, cette approche soulève les limites suivantes :

 Les biens réels, matériels ne sont pas les seuls objets économiques, le temps

est une ressource rare qui doit être classée parmi les objets économiques car

chacun d’entre nous n’en dispose que d’une quantité limitée.

 L’esprit de maximisation n’est pas spécifique à l’économie, on le retrouve, par

exemple, dans la démarche d’un entraîneur d’une équipe sportive, qui à

l’occasion d’un match, va composer l’équipe la plus performante compte tenu

de son effectif disponible et de la forme de chacun de ses joueurs.

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 15

 La démarche rationnelle qui s’appuie sur les choix est dépourvue de tout

contexte social et historique ; elle se contente, à la limite, de l’étude de

l’activité économique d’un homme isolé sur une île.

D’autres approches de synthèse ont pris en considération les différentes

conceptions de l’économie citées ci-dessus.

Section 2 – Les définitions de synthèse

Dans ces définitions, on sort du contexte restreint de la science des choix

pour tenir compte de la société et des institutions. Particulièrement on va citer

les définitions d’E. Malinvaud et de P. Samuelson.

1 - Définition d’E Malinvaud

Dans son ouvrage « Leçons de théorie micro-économique », E Malinvaud a

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donné la définition suivante : L’économie est la science qui étudie comment les

ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des hommes

vivant en société ; elle s’intéresse, d’une part, aux opérations essentielles que

soient la production, la distribution et la consommation des biens et, d’autre

part, aux institutions et aux activités ayant pour objet de faciliter ces

opérations.

Si nous décomposons cette définition en mots clefs, nous pouvons dire que

l’objet de l’économie tourne autour des notions suivantes : besoins, ressources,

hommes vivant en société, opérations et institutions ; certaines de ces notions

feront l’objet de la section suivante.

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 16

2 - Définition de P Samuelson

Dans son ouvrage « l’économique », P Samuelson a présenté la définition

suivante : L’économie est l’étude de la façon dont l’homme et la société

choisissent avec ou sans recours à la monnaie, d’employer des ressources

productives rares qui sont susceptibles d’emplois alternatifs pour produire

divers biens, et les distribuer en vue de la consommation, présente ou future,

des différents individus et groupes qui constituent la société.

A travers cette définition, l’objet de la science économique étant la

recherche de solutions efficaces aux problèmes que produire ? Comment

produire ? et pour qui produire ? L’objet de toute économie c’est de répondre à

ces trois questions fondamentales.

Cette problématique du « que, comment et pour qui produire », qui est

commune à toutes les sociétés, ramène l’activité économique à trois actes

fondamentaux : la production, consommation, et la répartition.

L’acte économique provient du fait que la nature ne fournit pas

gratuitement et en quantités illimitées ce que les hommes ont besoin ; ces

derniers doivent donc travailler et s’organiser de façon à satisfaire leurs besoins

en utilisant les ressources dont ils disposent.

a - Que produire ?

Quels biens et quels services faut-il produire, et en quelles quantités ?

Combien d’universités faut-il bâtir ? Combien d’hôtels faut-il construire ? Vaut-il

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 17

mieux disposer d’universités libres ou étatiques ? Combien doit-on construire

d’hôtels cinq étoiles ?

La réponse à ces diverses questions dépend des besoins des individus et de

la collectivité. A-t-on besoin plus d’université ou d’hôtels ? ou doit-on choisir à la

fois les universités pour un besoin d’éducation et les hôtels pour un besoin de

loisir, à l’échelle individuelle, et un besoin en devises à l’échelle de la

collectivité ?

Par conséquent il faut faire un choix des biens et des services qui doivent

être produits pour satisfaire les besoins des individus et de la collectivité. Cette

question renvoie à la notion de besoin et des biens qui satisfont ces besoins.

a1 - La notion de besoin

Avant de développer cette notion, remarquons que

l’économie ne

s’interroge pas sur la production des besoins, qui sont considérés comme des

donnés, elle s’intéresse uniquement à la manière de les satisfaire.

Qu’est ce qu’un besoin : Un besoin est une sensation d’insatisfaction qui ne

peut être effacée qu’au prix d’un effort. Les besoins peuvent être :

 physiologiques : manger, boire, s’habiller pour se protéger du froid

 social : manger dans un restaurant réputé.

Un besoin est donc une exigence de la nature ou de la vie sociale, C’est une

notion relative qui varie :

 dans le temps : les besoins évoluent en fonction :

 du degré de développement économique et social

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 18

 de l’évolution des mentalités et de l’innovation technologique qui génèrent

une profonde transformation des besoins.

 les phénomènes de mode

 dans l’espace en fonction : les besoins différent selon :

 les croyances

 la catégorie socioprofessionnelle

 le lieu d’habitation

Cependant un besoin qui peut être satisfait sans effort ne peut être

qualifié d’économique, respirer par exemple.

Ces besoins peuvent être ressentis par :

 un individu, auquel cas c’est un besoin individuel

 un groupe, auquel cas c’est un besoin collectif. Selon les cas, ces besoins ne

sont pas ressentis de la même manière

Les besoins peuvent être satisfaits par des biens matériels ou immatériels

(services) voire même par des valeurs spirituelles ; dans ce dernier cas l’analyse

économique étant difficile à cerner puisque la satisfaction de tels besoins n’est

pas directement produit par des activités économiques particulières.

Les besoins présentent les caractéristiques suivantes :

 La satiété : L’intensité d’un besoin diminue au fur et à mesure qu’il est

satisfait ; au-delà d’une certaine satisfaction, le besoin est saturé, il peut

même donner à une « désutilité ». Ceci renvoie au principe néoclassique de

l’utilité marginale décroissante. L’utilité marginale d’un bien

indique

l’augmentation d’utilité procurée par

la consommation d’une unité

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 19

supplémentaire d’un bien. Néanmoins certains besoins font l’exception et ne

diminuent pas avec leur satisfaction, c’est le cas du besoin de musique, des

besoins intellectuels, le besoin d’information sur l’actualité économique qui se

développe avec la compréhension des mécanismes économiques.

 La comparabilité : Tout individu est capable d’établir une hiérarchie dans

l’intensité de ses besoins et d’établir des priorités.

a2 - La notion de bien

La satisfaction des besoins est obtenue à partir des biens. Un bien peut

être un objet matériel ou immatériel (un service). Un bien est dit économique s’il

répond aux trois caractéristiques suivantes :

 L’utilité ou l’aptitude à satisfaire un besoin : Cette caractéristique est

relative, elle dépend du temps et de l’espace. Par exemple, le pétrole n’était

pas un bien économique avant l’invention du moteur à explosion.

 La disponibilité : la possibilité de se procurer de ce bien en tout temps.

 La rareté : Un bien qui est disponible en quantité illimitée n’est pas un bien

économique. L’air, par exemple n’est pas un bien économique puisque, bien qu’il

satisfasse un besoin essentiel celui de respirer, il n’est pas rare ; c’est un

bien libre.

Ces biens économiques, répondant aux trois caractéristiques citées supra,

n’interviennent pas de la même manière dans l’activité économique. Six niveaux de

différenciation peuvent être cités :

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 20

 Biens de consommation et biens d’investissement ou de production :

 Pour produire un bien quelconque, il faut associer des moyens matériels et

humains ; Certains de ces moyens matériels sont détruits au cours du

processus de production (une certaine quantité de travail, des matières

premières, de l’énergie, etc…). D’autres ne sont pas immédiatement

détruits, ils participent à plusieurs cycles productifs, ce sont les biens

d’investissement qui sont usés sur une longue période ; ces derniers

concernent essentiellement les équipements et les bâtiments. Il est

important d’évaluer cette usure progressive de l’équipement afin de

pouvoir la remplacer ; c’est ce qu’on appelle l’amortissement ou la

dépréciation qui est la perte de valeur qui découle de l’usure de

l’équipement en place.

 Alors que les biens de consommation, comme les vêtements et les aliments

sont ceux qui contribuent directement à notre satisfaction ; ils sont alors

détruits par l’usage auquel ils sont directement destinés.

 Par ailleurs, certains biens peuvent changer de nature selon l’usage qu’on

en fait. Ainsi, une voiture achetée par un particulier est considérée comme

un bien de consommation durable puisqu’elle n’est pas créatrice de revenus

futurs (c’est l’exemple également des réfrigérateurs) alors que si elle est

achetée par un chauffeur de taxi, elle est considérée comme bien

d’investissement.

 Biens finals et biens intermédiaires :

 On appelle bien final un bien qui est au stade final d’élaboration de sorte

qu’il est prêt à l’opération à laquelle il est destiné sans transformation ; ce

sont les biens et services qu’on achète en vue d’une utilisation finale. On

distingue quatre grandes rubriques d’utilisation ou d’empois finals de biens

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 21

et des services : la consommation, l’investissement, le stockage et

l’exportation.

 Alors qu’un bien intermédiaire ou un intrant est un bien qui entre dans la

production d’autres biens ou services. Il s’agit des matières premières et

des produits semi-finis, ces derniers circulent à l’intérieur de l’entreprise

(entre ateliers d’une même entreprise) ou entre les entreprises.

 Là encore le critère de classification étant le mode d’usage des biens et

services plutôt que la nature des biens ou des prestations de services.

Ainsi, une quantité d’énergie achetée par un particulier est un bien final

alors que si elle est achetée par une entreprise pour faire tourner une

machine, elle est un bien intermédiaire. Dans les deux cas c’est une

consommation, elle est une consommation finale pour le particulier mais

une consommation intermédiaire pour l’entreprise.

 Biens complémentaires et biens substituables et biens indépendants : C’est

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une distinction qui se rapporte, cette fois-ci, à la nature des relations qui

existent entre les biens, ces relations sont établies par les habitudes de

consommation ou par les exigences techniques.

 Deux biens sont dits complémentaires s’ils ne peuvent être dissociés pour

la satisfaction d’un même besoin. Un bien est dit complémentaire lorsqu’il

est consommé avec un autre bien. Par exemple la voiture et le carburant,

le thé et le sucre, le tableau et la craie sont des compléments ou des biens

complémentaires. Si le prix du carburant augmente, les gens achèteront

moins de voitures et la demande de voitures diminue.

 Alors que deux biens sont dits substituables s’ils peuvent être dissociés

pour satisfaire un même besoin (café et thé, poisson et viande, etc…). Un

bien substitut est un bien qui peut être utilisé à la place d’un autre. Par

exemple vous pouvez prendre l’autobus plutôt que le train ou vous pouvez

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 22

manger un hamburger plutôt qu’une pizza ou encore une poire plutôt qu’une

pomme. Les cassettes audio peuvent avoir plusieurs substituts : les

disques compacts, les reportages télévisés, les concerts. Lorsque le prix

d’un bien substitut, tel qu’un hamburger, augmente

les

individus

consomment moins de ce produit et achètent plus de pizza, la demande de

pizza augmente en conséquence.

 En revanche, la complémentarité et la substituabilité parfaite sont rares.

 Biens privés et biens collectifs :

 Les individus consomment les biens achetés des magasins, ce sont les biens

privés ou les biens qui permettent de satisfaire les besoins privés de

consommation.

 Ces mêmes individus consomment également des biens et des services

consommés par d’autres individus tels que la voirie, l’université et les

hôpitaux ; ce sont les biens collectifs. En effet lorsqu’un automobiliste

utilise la route pour satisfaire ses besoins personnels, il n’est pas seul sur

la route, il l’utilise en même temps avec d’autres automobilistes.

 Biens matériels et biens immatériels :

 Les biens matériels sont des produits tangibles ,apparentes

 Alors que les biens immatériels concernent les services

 Biens durables et biens non durables :

 Les biens non durables sont détruits dès leur première utilisation, tels que

les bien alimentaires, par exemple

 Alors que la consommation des biens durables peut s’étaler dans le temps,

elle concerne, par exemple, l’immobilier, électroménager, machines

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 23

b – Comment produire ?

Comment les biens doivent-ils être produits ? Avec quelles ressources ? et

selon quelles techniques ? Cette question du comment produire provient du fait

que la rareté des ressources oblige à faire des choix qui procurent un maximum

de satisfaction pour un minimum de coût

b1 – Quelles ressources doit-on employer ?

Pour satisfaire ses besoins, l’homme dispose de trois types de ressources

qui sont fournies par la nature, par les hommes et par le capital physique. Ces

ressources utilisées dans l’acte de production sont appelées les facteurs de

production.

 Les ressources naturelles proviennent de :

 la terre : la fertilité de la terre, les minerais, l’énergie, les fleuves, etc…

 du ciel : le climat, l’énergie solaire et éolienne

 de la mer : le tourisme, la pêche, etc ...

 Certaines de ces ressources sont éternelles alors que d’autres, dont le

délai de renouvellement est si long par rapport à la vie humaine que l’on

doit parler de ressources non renouvelables ou non reproductibles, ce qui

pose le problème de la recherche de substituts.

 Les ressources humaines portent sur trois niveaux :

 Le nombre : la fertilité, mouvement migratoire, pyramide des âges,

régulation des naissances, réduction de la mortalité

 la santé : nutrition, espérance de vie

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 24

 la qualité : Etat des connaissances, formation professionnelle, maîtrise de

la technologie.

 Le capital physique est l’ensemble d’éléments qui servent à produire d’autres

biens. Au sens large du terme, le capital physique comprend les autoroutes,

les chemins de fer, les barrages, les installations d’irrigations, les tracteurs,

les charrues, les usines, les camions, les voitures. On distingue le capital fixe

du capital circulant :

 Le capital fixe est l’ensemble des biens d’équipement durables qui

permettent d’accroître l’efficacité du travail (machines, bâtiments)

 alors que le capital circulant est l’ensemble des biens non durables qui sont

transformés en vue de produire d’autres biens ; ce sont les matières

premières et les produits semi-finis.

b2 – Quelles techniques doit-on choisir ?

Avec quels facteurs de production on produit ces biens et services ? Le

choix peut se faire entre les activités à forte intensité de capital telles que

l’électronique ou à forte utilisation de main d’œuvre telles que le textile. Ce

choix se pose également dans l’utilisation des matières premières.

Entre plusieurs options techniques, laquelle choisir ? Pour produire de

l’électricité, doit-on avoir recours à la technique des centrales thermiques, des

centrales hydrauliques ou nucléaires ? Faut-il produire avec une technique

utilisant trop de main d’œuvre ou plus de capital ?

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 25

Pour produire, il faut utiliser des ressources appelées les facteurs de

production : le travail, le capital, la terre. Il serait intéressant de savoir

comment évolue la production lorsqu’on fait varier un seul facteur de production,

les autres facteurs restent inchangés (toutes choses étant égales par ailleurs)

et à quels coûts on produit ces biens. L’objectif étant d’étudier deux lois

largement citées dans la littérature économique : la loi des rendements

décroissants et la loi de la rareté et des choix qui renvoie à la loi des coûts

croissants.

b21 – La loi des rendements décroissants

Pour étudier la loi des rendements décroissants, nous prenons l’exemple

d’un agriculteur qui possède une terre fixe sur laquelle il veut produire des

pommes de terre ; il va recruter chaque année un seul travailleur pour voir

l’évolution de sa production. La terre est donc un facteur fixe alors que le travail

est un facteur variable. Supposons qu’il a obtenu les résultats suivants :

Nbre de L Produit total Y Produit marginal Produit moyen Y/L

1

2

3

4

5

6

50

110

135

150

150

132

50

60

25

15

0

- 18

50

55

45

37.5

30

22

Au cours de la 1ère année, un travailleur recruté a permis de produire par

exemple 50 kg de pommes de terre. Au cours de la 2ème année, le recrutement du

2ème travailleur permet d’augmenter la production à 110 kg  la production totale

ou encore le produit total a augmenté et le 2ème travailleur recruté a produit plus

Introduction à l’Economie Ridha CHKOUNDALI 26

que le 1er, soit 110 kg  le produit marginal est croissant. Ceci est dû au fait que

le 1er ouvrier, à lui seul, ne peut pas cultiver tous le terrain. A deux et avec une

meilleure organisation du travail, les quatre hectares seront mieux occupés et la

production augmentera plus.

Au cours de la 3ème année, le 3ème travailleur contribue certes à augmenter

le produit total (135 kg), mais

le rendement de celui-ci a diminué

comparativement au 2ème travailleur puisqu’il n’a produit que 25 kg de pomme de

terre : C’est la loi des rendements décroissants à partir du 3ème travailleur. La

raison à cette décroissance du rendement du 3ème travailleur est que ce dernier

dispose d’une superficie moins large.

Par conséquent, les superficies non encore exploitées se rétrécissent de

plus et en plus et le recrutement du 4ème travailleur au cours de la 4ème année,

même s’il permet d’augmenter le produit total à 150 kg, réduit le produit

marginal à 15 kg ; le 4ème travailleur est moins productif que son prédécesseur.

Le produit m