Cours de Mathématiques
Ce cours couvre les notions fondamentales des entiers naturels et des techniques de dénombrement. Il s'adresse principalement aux étudiants en classes préparatoires scientifiques ou à toute personne souhaitant consolider ses bases en théorie des ensembles finis, raisonnement par récurrence, et combinatoire.
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Ce cours couvre les notions fondamentales des entiers naturels et des techniques de dénombrement. Il s'adresse principalement aux étudiants en classes préparatoires scientifiques ou à toute personne souhaitant consolider ses bases en théorie des ensembles finis, raisonnement par récurrence, et combinatoire.
Entiers naturels
L’ensemble N
L’ensemble des entiers naturels, noté IN, est muni d’une application s appelée succession, qui associe à chaque entier naturel n son successeur s(n). L’entier 0 est défini comme l’unique élément sans antécédent par s. On note 1 = s(0), 2 = s(1), etc. L’ensemble IN* = IN \ {0} regroupe les entiers naturels non nuls.
La fonction s est une bijection de IN sur IN*, ce qui permet de définir le prédécesseur de n ∈ IN* comme l’unique entier m tel que s(m) = n, noté n − 1.
L’axiome de récurrence stipule que toute partie A de IN contenant 0 et stable par succession (c’est-à-dire si n ∈ A alors s(n) ∈ A) est égale à IN.
Définition de l’addition
L’addition est définie par récurrence sur le second argument :
∀ (m, n) ∈ IN², m + 0 = m,
m + s(n) = s(m + n)
On vérifie que s(m) = m + 1.
Raisonnement par récurrence
Pour démontrer qu’une propriété P(n) est vraie pour tout n ∈ IN, on procède ainsi :
- Vérifier le cas initial : P(0) est vraie.
- Supposer que P(n) est vraie (hypothèse de récurrence).
- Montrer que cette hypothèse entraîne P(n + 1) (passage du rang n au rang n + 1).
On conclut que ∀ n ∈ IN, P(n) est vraie.
Somme et produit
L’addition sur IN est associative, commutative, possède 0 comme élément neutre, et est régulière (m + p = n + p ⇒ m = n).
La multiplication est définie par récurrence :
∀ (m, n) ∈ IN², m × 0 = 0,
m × (n + 1) = m × n + m
Elle est associative, commutative, distributive par rapport à l’addition, possède 1 comme élément neutre, et est régulière sur IN*.
Factorielle
La factorielle est définie par :
0! = 1,
∀ n ∈ IN*, n! = n × (n − 1)!
Autrement dit :
n! = ∏_{k=1}^n k
Exponentiation
Pour m, n ∈ IN :
m^0 = 1,
m^{n+1} = m^n × m
Les propriétés suivantes sont valides :
- m^n × m^p = m^{n+p}
- (m^n)^p = m^{np}
- m^{p} × n^{p} = (mn)^p
- n^1 = n, 1^n = 1
- 0^n = 0 pour n ∈ IN*, et par convention 0^0 = 1
Relation d’ordre et différence
On définit l’ordre sur IN par :
m ≤ n ⇔ ∃ p ∈ IN, m + p = n
Cette relation est un ordre total, avec 0 comme minimum. Elle est compatible avec l’addition et la multiplication :
m ≤ n ⇒ m + p ≤ n + p et m × p ≤ n × p
La différence n − m est définie uniquement si m ≤ n, comme l’unique entier p tel que m + p = n.
Division euclidienne
Pour m ∈ IN et n ∈ IN*, il existe un unique couple (q, r) ∈ IN² tel que :
m = n × q + r, avec 0 ≤ r ≤ n − 1
q est le quotient, r le reste. On note n | m si n divise m, c’est-à-dire si r = 0.
Variantes du raisonnement par récurrence
- Récurrence à partir de n0 : On suppose P(n0) vraie et que ∀ n ≥ n0, P(n) ⇒ P(n + 1), alors ∀ n ≥ n0, P(n).
- Récurrence double : On suppose P(n0) et P(n0 + 1) vraies, et que ∀ n ≥ n0, (P(n) et P(n + 1)) ⇒ P(n + 2), alors ∀ n ≥ n0, P(n).
- Récurrence forte : On suppose P(n0) vraie et que ∀ n ≥ n0, (P(n0), ..., P(n)) ⇒ P(n + 1), alors ∀ n ≥ n0, P(n).
Conseils pour réussir un raisonnement par récurrence :
- Ne pas oublier le pas initial.
- Formuler correctement l’hypothèse de récurrence pour un entier fixé n.
- Bien distinguer le passage du rang n au rang n + 1 et la conclusion finale.
Ensembles finis
Cardinal d’un ensemble fini
Pour n ∈ IN, on note En = {m ∈ IN, 1 ≤ m ≤ n}.
Propriétés :
- Il existe une injection de En dans Ep ⇔ n ≤ p.
- Il existe une surjection de En sur Ep ⇔ n ≥ p.
- Il existe une bijection de En sur Ep ⇔ n = p.
- Une application f : En → En est bijective ⇔ elle est injective ⇔ elle est surjective.
Un ensemble non vide E est fini s’il existe une bijection de En sur E. Le cardinal de E, noté card(E), est l’unique entier n tel que cette bijection existe. Par convention, ∅ est fini de cardinal 0.
Une partie non vide A de IN est finie ⇔ elle est majorée. En particulier, IN est infini.
Si E est fini et A ⊆ E, alors A est fini et card(A) ≤ card(E), avec égalité si et seulement si A = E.
Applications entre ensembles finis
- Si E est fini et f : E → F, alors f(E) est fini et card(f(E)) ≤ card(E), avec égalité ⇔ f est injective.
- Si f : E → F est surjective et E fini, alors F est fini et card(F) ≤ card(E), avec égalité ⇔ f est bijective.
- Si f : E → F est injective et f(E) fini, alors E est fini et card(E) = card(f(E)).
- Il existe une injection de E dans F avec F fini ⇔ E fini et card(E) ≤ card(F).
- Il existe une surjection de E sur F avec E fini ⇔ F fini et card(F) ≤ card(E).
- Il existe une bijection de E sur F avec E et F finis ⇔ card(E) = card(F).
Propriétés des cardinaux
Soient E et F des ensembles finis :
- Si E et F sont disjoints, alors card(E ∪ F) = card(E) + card(F).
- En général, card(E ∪ F) = card(E) + card(F) − card(E ∩ F).
- Pour n ensembles finis E1, ..., En :
card(⋃_{i=1}^n E_i) ≤ ∑_{i=1}^n card(E_i),
avec égalité si et seulement si les E_i sont deux à deux disjoints.
Formule du crible (inclusion-exclusion) :
card(⋃_{i=1}^n E_i) = ∑_{∅ ≠ J ⊆ {1,...,n}} (−1)^{|J|+1} card(⋂_{j∈J} E_j)
Exemple pour trois ensembles E, F, G :
card(E ∪ F ∪ G) = card(E) + card(F) + card(G)
− card(E ∩ F) − card(E ∩ G) − card(F ∩ G)
+ card(E ∩ F ∩ G)
Principe des bergers :
Soit f : E → F une application entre ensembles finis. Alors :
card(E) = ∑_{y ∈ F} card(f^{-1}({y}))
Si tous les éléments de F ont le même nombre q d’antécédents, alors :
card(E) = q × card(F)
Produit cartésien :
Si E et F sont finis, alors E × F est fini et :
card(E × F) = card(E) × card(F)
De même, pour E1, ..., En finis :
card(∏_{i=1}^n E_i) = ∏_{i=1}^n card(E_i)
En particulier :
card(E^n) = (card(E))^n
Dénombrements
Applications entre ensembles finis
Soient E et F finis non vides. L’ensemble des applications de E vers F, noté F(E, F), est fini et :
card(F(E, F)) = (card(F))^{card(E)}
Ensemble des parties
Pour un ensemble fini E de cardinal n, l’ensemble des parties P(E) est fini et :
card(P(E)) = 2^n
Nombre d’injections et de bijections
Soient E et F finis non vides, avec card(E) = p ≤ n = card(F).
Le nombre d’injections de E dans F est :
A_p^n = n! / (n − p)!
Si p = n, le nombre de bijections est :
n!
Les bijections de E sur E sont appelées permutations.
Arrangements et combinaisons
Soient p, n entiers avec 0 ≤ p ≤ n.
- Arrangement : Un arrangement de p éléments parmi n est un p-uplet de p éléments distincts choisis dans un ensemble de cardinal n. Leur nombre est A_p^n = n! / (n − p)!.
- Combinaison : Une combinaison de p éléments parmi n est une partie de cardinal p d’un ensemble de cardinal n. Leur nombre est noté C_p^n.
Relations fondamentales :
C_p^n = C_p^{n−1} + C_{p−1}^{n−1}, pour 1 ≤ p ≤ n − 1,
avec C_0^n = 1 et C_n^n = 1.
Triangle de Pascal
Les coefficients C_p^n sont organisés dans un tableau triangulaire appelé triangle de Pascal, où chaque coefficient s’obtient comme la somme des deux coefficients au-dessus :
C_p^n = C_p^{n−1} + C_{p−1}^{n−1}
Autres propriétés
Pour les coefficients binomiaux :
C_{p+1}^n = (n − p) / (p + 1) × C_p^n,
C_p^n = n / p × C_{p−1}^{n−1},
C_p^n = (n − p) / n × C_p^{n−1}.
Binôme de Newton
Pour (x, y) ∈ ℂ² et n ∈ IN :
(x + y)^n = ∑_{k=0}^n C_k^n x^k y^{n−k}
En particulier :
(1 + x)^n = ∑_{k=0}^n C_k^n x^k
Ensembles dénombrables
Définition
Un ensemble E est dit dénombrable s’il existe une bijection de IN sur E. Il est au plus dénombrable s’il est fini ou dénombrable.
Remarques
- IN, IN* (entiers naturels non nuls), l’ensemble des entiers pairs ou impairs sont dénombrables.
- Tout ensemble dénombrable est infini.
- Si E est dénombrable et n ↦ a_n une bijection de IN sur E, alors E = {a_n, n ∈ IN} avec les a_n distincts.
- Si E est dénombrable (resp. au plus dénombrable) et qu’il existe une bijection de E sur F, alors F est dénombrable (resp. au plus dénombrable).
Propriétés
- Toute partie F d’un ensemble dénombrable E est au plus dénombrable.
- L’ensemble IN × IN est dénombrable.
- Le produit cartésien d’un nombre fini d’ensembles dénombrables est dénombrable.
- Un ensemble F non vide est au plus dénombrable si et seulement s’il existe une surjection de E (dénombrable) sur F.
Exemples
- L’ensemble ZZ des entiers relatifs est dénombrable car il existe une surjection de IN² sur ZZ définie par f(m, n) = m − n.
- L’ensemble ℚ des rationnels est dénombrable car il existe une surjection de ZZ × IN* sur ℚ définie par f(m, n) = m / n.
Réunions d’ensembles au plus dénombrables
La réunion dénombrable d’ensembles au plus dénombrables est au plus dénombrable. Si au moins un des ensembles est dénombrable, la réunion est dénombrable.
Non dénombrabilité
- L’ensemble des parties de IN, P(IN), est infini et non dénombrable.
- L’ensemble ℝ des nombres réels est infini et non dénombrable.
Glossaire des termes clés
- IN : Ensemble des entiers naturels.
- Successeur : Application s : IN → IN, avec s(n) = n + 1.
- Prédécesseur : Pour n ∈ IN*, l’unique m tel que s(m) = n, noté n − 1.
- Récurrence : Méthode de démonstration basée sur un pas initial et un passage du rang n au rang n + 1.
- Cardinal : Nombre d’éléments d’un ensemble fini.
- Injection : Application qui associe des éléments distincts à des images distinctes.
- Surjection : Application dont l’image est tout l’ensemble d’arrivée.
- Bijection : Application à la fois injective et surjective.
- Arrangement : p-uplet d’éléments distincts choisis parmi n.
- Combinaison : Partie de cardinal p d’un ensemble de cardinal n.
- Coefficient binomial C_p^n : Nombre de combinaisons de p éléments parmi n.
- Triangle de Pascal : Tableau triangulaire des coefficients binomiaux.
- Binôme de Newton : Formule développant (x + y)^n en somme de termes avec coefficients binomiaux.
- Ensemble dénombrable : Ensemble en bijection avec IN.
- Ensemble au plus dénombrable : Ensemble fini ou dénombrable.
Points clés à retenir
- L’ensemble IN est construit à partir de 0 et de la fonction successeur, avec un axiome de récurrence fondamental.
- Les opérations d’addition, multiplication, factorielle et exponentiation sont définies par récurrence.
- La relation d’ordre sur IN est totale, compatible avec les opérations, et permet de définir la différence et la division euclidienne.
- Les ensembles finis sont caractérisés par l’existence d’une bijection avec En, leur cardinal est bien défini et unique.
- Les propriétés des cardinaux permettent de calculer la taille d’ensembles construits par union, intersection, produit cartésien.
- Les coefficients binomiaux et le triangle de Pascal sont essentiels en combinatoire, notamment pour le binôme de Newton.
- Les ensembles dénombrables sont ceux en bijection avec IN, et incluent de nombreux ensembles infinis usuels comme ZZ et ℚ.
- Les ensembles P(IN) et ℝ sont infinis non dénombrables, ce qui marque une différence fondamentale entre types d’infini.
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