PERFORMANCE LOGISTIQUE ET
DEVELOPPEMENT DE LENTREPRISE
Recherche financ e avec le soutien du PREDIT
Antje BURMEISTER
Faridah DJELLAL
Corinne MEUNIER (coord) INRETS
INRETS
CLERSE- Universit de Lille1
Avec la participation de :
Fr d ric PAYEN
Thomas ZEROUAL
INRETS
INRETS
D cision administrative de subvention n 03MT23
Minist re de lEquipement, des Transports, du Logement, du Tourisme et de la Mer
1
SOMMAIRE
Introduction
Chapitre I : L valuation de la performance logistique
I.1
I.2
I.3
I.4
I.5
I.6
I.7
Les probl mes s mantiques de la performance
Performance logistique et sciences de gestion
La performance en conomie : le cas particulier des activit s de services
L valuation relative de la performance
Le transport comme outil de coordination de la production
L valuation dynamique des performances : les trajectoires servicielles dans le
transport et la logistique
Comment d finir les configurations de service transport
Conclusion du chapitre I
Chapitre II : Le d veloppement de la firme
II.1 De la croissance au d veloppement durable
Les approches n oclassiques du d veloppement de la firme
II.2
II.3
Les avanc es de l conomie industrielle h t rodoxe
II.4 Coordination des acteurs et dynamiques territoriales
II.5
Les trajectoires de d veloppement et le r le du transport et de la logistique
Conclusion du chapitre II
p3
p5
p5
p8
p10
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p15
p18
p24
p25
p25
p26
p27
p28
p32
p35
Chapitre III : Les trajectoires de d veloppement et la place du transport et de la logistique
dans quelques fili res : une analyse empirique
p36
III.1 Des trajectoires contraintes
III.2 Une coordination de nature principalement organisationnelle
III.3 Une typologie des trajectoires de sp cialisation
Conclusion du chapitre III
Chapitre IV : Une proposition de m thodologie pour un tableau de bord
p36
p38
p40
p43
p45
IV.1 Survey de quelques m thodologies de tableau de bord logistiques en sciences de
gestion
IV.2 El ments dune analyse diachronique : enseignements de l tude empirique
IV.3 Elaboration dun tableau de bord pour lanalyse diachronique
p45
p51
p53
2
INTRODUCTION
Cette recherche porte sur l valuation de performance logistique et vise apporter un
cadrage conceptuel, un cadre m thodologique et une validation empirique partir dune
enqu te en entreprises.
La notion de performance logistique peut tre analys e diff rents niveaux : du point de vue
micro- conomique, dun c t , la notion rel ve de la discipline des sciences de gestion ; du
point de vue macro- conomique, lanalyse porte sur la performance logistique de syst mes de
firmes (nationaux, r gionaux, sectoriels).
Sur le plan micro- conomique, tout dabord, elle d signe la capacit des firmes organiser
efficacement la circulation de leurs produits et de leurs intrants. Cest surtout la discipline de
la gestion des entreprises qui sest int ress cette question de la performance logistique
comme outil pour le d veloppement de la firme. Le discours omnipr sent sur la n cessit
dune orientation de type Supply Chain Management (SCM) fait partie de cette
probl matique, et sa pertinence peut tre questionn e.
Cest au cabinet AT Kearney que lon doit davoir reconnu le premier linfluence de
lexcellence logistique comme source davantage concurrentiel. En Europe, le nombre de
firmes qui lon peut attribuer lexcellence logistique sest toff en lespace de quelques
ann es : en 1992, AT Kearney valuait ce groupe 4% de la population des entreprises. En
1997, l tude de lELA lestime environ 10%. Les entreprises leader dans lapplication des
m thodes logistiques les plus sophistiqu es en tirent des b n fices vidents par rapport la
moyenne des entreprises. Leurs co ts logistiques seraient inf rieurs de 41% (4.2% des ventes
contre 7.2% pour lensemble). Les r sultats pr sent s par lELA sugg rent que les entreprises
leader sur le plan logistique apparaissent plus r actives et en meilleure posture sur le march
pour deux raisons essentielles :
- Elles utilisent plus largement les techniques avanc es de contr le de gestion
logistique. De ce fait, les leaders connaissent la r alit de leurs co ts logistiques et
sont capables de cibler leurs efforts et leurs plans de progr s.
Publicité
- Bien plus que les autres entreprises, les leaders acceptent la remise en cause
permanente de leurs organisation. Que ce soit en remettant tout plat p riodiquement
(principe du reengineering) ou en observant finement les pratiques et les performances
de la concurrence ou des secteurs dactivit voisins (benchmarking), ces firmes sont
inscrites dans les logiques de flexibilit et dadaptation.
Pour valuer lexcellence logistique de ces entreprises, plusieurs composantes basiques
doivent tre sond es :
-
l tablissement solide de liens avec les clients fond s sur la compr hension des
besoins mutuels.
- La mise en Suvre dun puissant partenariat fournisseur
- Lexistence dune planification logistique long terme
- Lint gration des diff rentes fonctions dans le processus de planification
- La mise en place de programmes dam lioration continue de la qualit
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- Limplication et la mobilisation du personnel dans ces processus
- Lutilisation de syst mes dinformation comme aide la coordination intra et inter-
organisationnelle
- Le recours actif des indicateurs de performances au niveau des co ts et de la qualit
de service
Du point de vue macro- (ou m so-) conomique, l valuation de la performance logistique
sint resse des syst mes de firmes, le plus souvent au niveau national ou europ en, mais
aussi au niveau dun territoire tel que la r gion, dun secteur ou dune fili re. Elle int gre la
probl matique des infrastructures, des politiques publiques, de lorganisation collective du
transport et de la logistique ainsi que des effets externes.
A ce niveau, la performance est g n ralement analys e travers la productivit de lactivit .
Cependant, appliqu e lanalyse du secteur du transport et de la logistique, une telle analyse
pose des probl mes importants et d sormais bien connus, parmi lesquels nous soulignerons
deux aspects :
- La mesure de la production physique du transport de marchandises : les
statistiques nationales utilisent g n ralement la tonne-kilom tre. Or, du point de vue
analytique, cest un contre-sens que de consid rer que le transport produit des tonnes-
km au lieu dun service.
- Lincapacit prendre en compte les effets externes du transport ; autrement dit,
analyser la productivit travers lindicateur de la t-km reviendrait consid rer que
plus le secteur produit (des t-km), plus la productivit et donc le bien- tre augmente,
ce qui est contraire toutes les analyses en termes de d veloppement durable.
Lanalyse de la performance logistique que nous pr senterons dans ce rapport rel ve de
l conomie industrielle et des services et se situe, par cons quent, essentiellement au niveau
m so- conomique (au niveau des sous-syst mes : territoires, secteurs, fili res, groupes de
firmes). Cependant, nous nous servirons galement des approches en gestion et en macro-
conomie, que nous approfondirons plus loin.
La recherche se structure de la mani re suivante. Nous pr senterons, en premier, une analyse
approfondie de la performance logistique travers une grille de lecture de la coordination
interfirmes et le concept de configuration de service transport. Dans un deuxi me temps, nous
analyserons le lien entre la performance logistique et le d veloppement en termes de
trajectoires de d veloppement des firmes et des territoires ainsi que le r le et les limites des
politiques publiques. La troisi me partie est consacr e une analyse de nos donn es
denqu te en entreprise.
La recherche d bouche sur la proposition dune m thodologie de suivi de la performance
logistique dun sous-syst me productif (fili re ou territoire). Dans la quatri me partie, nous
d velopperons ce cadre m thodologique sous la forme dun tableau de bord destin tre
utilis dans des recherches ult rieures.
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CHAPITRE I :
LEVALUATION DE LA PERFORMANCE LOGISTIQUE
I.1) LES PROBLEMES SEMANTIQUES DE LA PERFORMANCE
Avant de r fl chir aux d terminants de la performance, il convient de cerner les diff rentes
notions que la performance recouvre : efficacit , efficience, productivit &
Pour l conomiste n oclassique, seul le concept defficience existe, la productivit en tant
lindicateur. Nous retiendrons les d finitions suivantes : lefficacit est la capacit r aliser
des objectifs tandis que lefficience se r f re au ratio output/input. Laccroissement de
lefficience provient de la maximisation de lutilisation de ressources qui conduit une
augmentation de la production sans accroissement de co ts, ou de la d livrance dun niveau
de production ou de service donn en r duisant les dotations factorielles (Desreumaux, 1992).
Billaudot (1995) prolonge ces d finitions de la fa on suivante :
On parle defficience propos dune performance d finie ou mesur e comme le rapport
entre un output et tout ou partie des moyens, encore qualifi s dinputs ou ressources,
mobilis s pour lobtenir. Loutput en question est ce que lon obtient de lactivit mobilisant
ces moyens. Comme cet output est autre chose que ces moyens, on est en pr sence dune
grandeur dimensionn e.
On parle defficacit propos dune performance d finie th oriquement ou mesur e
empiriquement comme le rapport entre un r sultat et une norme relative la m me chose, ie
le r sultat que lon aurait normalement d atteindre. Cette chose peut tre nimporte quel
l ment dune activit . Comme le r sultat constat et la norme sont exprim s dans la m me
unit , tout indicateur defficacit est une grandeur sans dimensions .
Un certain nombre de travaux vise fournir une vision globale de la performance qui ne soit
pas uniquement born e par les donn es financi res. Les recherches de Quinn et Rohrbaugh
(1983) notamment justifie les impr cisions qui entoure la performance par le fait que cette
derni re est un construit mobilisant diff rentes notions. Des typologies de ces notions
existent, nous en citerons trois : celle de Scott (1977), celle de Seashore (1979) et celle de
Cameron (1978).
Scott distingue les variables rationnelles, les variables naturelles et les variables syst miques
comme entrant dans la construction de la performance dune organisation. Les variables
rationnelles int grent le nombre dunit s produites pour une p riode donn e et pour le nombre
dunit s de facteurs de production (productivit / efficience). Les variables naturelles ne
consid rent pas uniquement la fonction de production mais aussi les activit s de soutien, ce
qui justifie lint r t port la coh sion et au moral des employ s. Enfin, les variables
syst miques mettent en avant lacquisition des ressources et ladaptabilit .
5
Seashore (1979) rajoute un int r t au processus de d cision. Lorganisation efficace est en
effet celle qui a un processus permettant de recueillir, stocker, retrouver, allouer, manipuler et
d truire linformation de mani re optimale.
Pour Cameron, lorganisation efficace doit satisfaire les acteurs qui la composent comme les
objectifs, et optimiser lacquisition et lutilisation des ressources ainsi que le processus
interne. Dans le cadre de cette approche, lorganisation est consid r e comme un ensemble de
coalitions dynamiques ayant un r seau complexe de transactions d velopp par ses
composants. Lorganisation efficace doit satisfaire de mani re suffisante chacun des l ments
de mani re ce que les transactions puissent se poursuivre.
Morin et alii (1994) pr sentent une revue de litt rature tr s compl te sur la performance
organisationnelle. Les r flexions sont nombreuses et aboutissent, pour la plupart, un constat
de complexit du concept et dantagonisme des diff rentes dimensions. Morin et alii (1994)
identifient quatre grands courants de pens e :
-
-
-
-
les th ories classiques- bureaucratiques qui privil gient les crit res conomiques
l cole des relations humaines qui a pos en particulier le probl me de lint gration
des objectifs individuels et des objectifs organisationnels
lapproche syst mique qui d finit lorganisation comme un syst me dont la finalit est
la survie
lapproche politique de lorganisation qui renvoie essentiellement la satisfaction des
diff rents groupes externes tels les bailleurs de fonds, de fournitures, les clients, la
Publicité
soci t et les organismes r gulateurs
A chacun de ces courants de pens e correspondent des crit res particuliers defficacit
organisationnelle qui ont pour inconv nient d tre th oriques et partiels.
Les quatre dimensions de la performance organisationnelle peuvent tre sch matis es dans le
tableau suivant :
Valeur des ressources humaines
Mobilisation du personnel
Moral du personnel
Rendement du personnel
D veloppement du personnel
L gitimit de lorganisation aupr s des
groupes externes
Satisfaction des bailleurs de fonds
Satisfaction de la client le
Satisfaction des organismes r gulateurs
Satisfaction de la communaut
Efficience conomique
Economie des ressources
Productivit
P rennit de lorganisation
Qualit du produit
Rentabilit financi re
Comp titivit
Les quatre dimensions de la performance organisationnelle (source : Olivier de La Villarmois)
Il appara t, par cons quent, que la mesure de la performance est multidimensionnelle et
corr lative du point de vue retenu. Si id alement, la mesure devrait tre globale, elle se limite
le plus souvent au calcul dun indicateur de productivit . A lorigine, le concept de
productivit est fondamentalement un concept physique qui compare les unit s produites un
facteur de production. Lindice de productivit globale d veloppe en plus un syst me de
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pond ration par les prix ou par les parts des facteurs dans le co t total. La faiblesse essentielle
de lindicateur de productivit global est donc li e au choix du syst me de pond ration et sa
justification. Quant aux indicateurs partiels, la multiplication du nombre de facteurs de
production par le nombre de produits laisse imaginer le nombre de ratios partiels qui peuvent
tre calcul s.
Le recours la th orie micro- conomique est n cessaire pour avoir une approche
multidimensionnelle de la performance. La fonction de production ( galement appel e
fronti re de production) d crit la relation via un proc s technique entre dun c t des facteurs
de production, et de lautre la production issue de ce proc s (Battese et alii, 1998). Une
fonction de production formalise donc la relation unissant N facteurs de production M biens
produits, pour une p riode t donn e.
L conomie de la production utilise le concept de fonction de distance (Shephard, 1970) afin
dobtenir une mesure de lefficience dune unit d cisionnelle en relation avec une fronti re
regroupant lensemble des unit s efficientes. Toutes les entit s observ es produisent les
m mes outputs laide des m mes inputs. Une unit appartenant la fronti re est efficiente,
alors quune unit se situant en dehors de la fronti re ne lest pas. Lorsquil ne dispose que
des quantit s physiques, l conomiste raisonne en termes defficience technique. Sil dispose
du prix des inputs ou de celui des outputs, il peut mesurer respectivement lefficience co t et
lefficience revenu. Une mesure indirecte de lefficience est retenue lorsque le manager se
voit assigner un objectif de revenu ou une contrainte budg taire.
En ce qui concerne la mesure empirique de lefficience, une distinction est tablie entre les
m thodes param triques, sp cifiant ex ante la forme de la fronti re de production, comme la
m thode SFA (Stochastic Frontier Analysis) et les m thodes non param triques, comme la
m thode des indices ou la m thode DEA.
Les m thodes param triques
La fonction Cobb-Douglas est la forme la plus r pandue de la fonction. Elle se pr sente sous
la forme dune mono-production deux facteurs de production (le capital et le travail
g n ralement). Mais les hypoth ses en limitent lutilisation, notamment celle d lasticit de
substitution entre facteurs gale 1. Il existe un autre cat gorie de fonctions, appel es CES,
o les rendements d chelle peuvent rester constants, mais l lasticit de substitution peut
diff rer de 1. La fonction translog est une fonction susceptible pour sa part de r soudre les
probl mes de substituabilit entre les facteurs. En dautres termes, il nest pas n cessaire quil
y ait substituabilit parfaite des facteurs sous le format translog.
Cette valuation de la fonction de production permet de rendre compte dune source possible
de productivit : le changement technique, qui correspond un d placement de la fonction de
production au cours du temps. Les r sultats demeurent n anmoins quelque peu mitig s, du
fait de la difficult dobtenir une estimation correcte des fonctions que lon observe et des
hypoth ses fortes qui encadrent les mod les.
Les m thodes non param triques
Une autre voie pourrait tre les m thodes indicielles, que certains auteurs consid rent comme
beaucoup plus fiables.
7
Quatre formes fonctionnelles se d tachent lorsque lon voque la notion dindice. Il sagit
successivement de :
-
lindice de Laspeyres des quantit s. Lindice d finit le ratio des quantit s en p riode t
multipli es par les prix de la p riode pr c dente, sur les quantit s de la p riode
pr c dente multipli es par les prix de cette m me p riode. Les prix en p riode t-1
servent pond rer les quantit s des 2 p riodes.
- Lindice de Paasche des quantit s. Lindice d finit le ratio des quantit s en p riode t
multipli es par les prix de la m me p riode, sur les quantit s de la p riode pr c dente
multipli es par les prix de lann e t. Les prix en p riode t servent pond rer les
quantit s des 2 p riodes.
- Lindice de Fischer est la moyenne g om trique des indices de Paasche et de
Laspeyres. Cet indice est consid r comme id al.
- Lindice de T rnqvist.
Les ruptures temporelles dans les s ries statistiques constituent des entraves majeures
lutilisation des m thodes indicielles dune part, et la pertinence de leurs r sultats dautre
part. Le choix de lann e pivot constitue galement un dilemme essentiel r soudre. Cette
m thode poss de toutefois de nombreux avantages dont celui de permettre lintroduction de
nouveaux outputs en cours d tude, et d tre plus respectueuse de leffet du temps.
La m thode DEA pour sa part est une technique de la programmation lin aire, charg e de
mesurer la performance relative dunit s organis es o la pr sence de multiples inputs et
outputs rend les comparaisons difficiles (Dyson, Thanassoulis, Boussofiane, 1990). Cette
m thode mesure la performance dune unit relativement la performance dunit s
semblables en utilisant des intrants et des extrants pour donner un score chaque unit . Elle
prend en compte lexistence dinputs et doutputs multiples sans avoir besoin de sp cifier au
pr alable la forme de la fonction de production. La programmation lin aire permet de
conna tre la position de chaque unit par rapport la situation dune unit id ale, appartenant
la fronti re de production empirique, proposant une quantit donn e doutputs avec le
minimum dinputs ou le maximum doutputs inputs donn s.
Cette m thode permet une valuation de lefficience productive et rend galement possible
lanalyse des impacts de diff rents d terminants. Aussi, au del de la mesure de la
productivit elle m me appara t la question de son mode de formation. Lapproche int gre par
cons quent la question des sources et de d terminants de la productivit , les d terminants
tant entendus comme lensemble des facteurs susceptibles dinfluencer l volution de
lefficience. La notion de d terminant se distingue des sources de la productivit , qui
renvoient une d composition structurelle de cette derni re.
I.2) PERFORMANCE LOGISTIQUE ET SCIENCES DE GESTION
Cest en gestion que la place de la performance appara t capitale. De tr s nombreuses
Publicité
recherches sint ressent linfluence dun param tre particulier sur la performance dune
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organisation, celle-ci tant le plus souvent valu e en termes de r sultats financiers ou
commerciaux.
Peu de r sultats sur la performance logistique sont mis en vidence et lorsque cest le cas, ils
sont la plupart du temps de nature financi re (Cadiou, 1995 ; Jaffeux, 1997) ou ne prennent en
consid ration que les dimensions temps et/ou espace (Fabbe-Costes, 1991 ; Fiore, 1995).
Toutefois, face un environnement de plus en plus complexe et turbulent, des publications
relativement convergentes tendent indiquer que lefficacit dune cha ne logistique globale
se mesure laune de son niveau de r activit , de reconfiguration rapide des processus,
d limination des gaspillages et dintelligence. Pour Mesnard et Dupont, les piliers dune
logistique performante sont de quatre ordres :
-
-
-
-
la r activit , cest dire la vitesse laquelle le syst me r pond aux perturbations
lagilit , cest dire la vitesse laquelle le syst me adopte sa structure de co ts
lefficience, soit l limination de toute forme de gaspillage
lintelligence, savoir lexploitation maximale de toutes les informations.
La d marche du Supply Chain Management (SCM) devient larch type de la performance
logistique, mettant laccent sur la n cessaire gestion dynamique des interfaces, et sur son r le
de cr ation de valeur (alors que la logistique avait tendance privil gier une logique
d conomie de co ts). Dans la perspective du resource-based management, la mobilisation
efficace dun ensemble de comp tences dans lunivers strat gique de la firme devient
essentielle, et doit saccompagner dune gestion des interfaces sur un double plan physique et
informationnel.
Mais comme le souligne Pach (2000), tout ceci risque de rester assez flou, voire n buleux,
pour les preneurs de d cision en entreprise, notamment sils ne disposent pas dun instrument
de pilotage clair et rigoureux guidant laction . Plusieurs approches ont ainsi t mises en
avant pour valuer la performance logistique.
Nous pouvons citer titre dillustration le mod le World Class Logistics ( Estampe et al.,
2000), le mod le de lASLOG (association fran aise pour la logistique) (Pimor, 1998), le
mod le SCOR (Supply Chain Operations Reference model) (PRTM, 2002), le Tableau de
Bord Prospectif (Morana et Pach , 2000) ainsi que le Strategic Profit Model (Stapleton et al,
2002)
Nous analyserons ces mod les plus en d tail dans le chapitre 4 qui porte sur la m thodologie
dun tableau de bord de la performance logistique. Nous verrons que le probl me de ces
approches r side dans leur caract re statique et individuel. Par ailleurs, dautres probl mes se
posent, li s au caract re particulier des activit s de services, comme nous le verrons
maintenant.
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I.3) LA PERFORMANCE EN ECONOMIE: LE CAS PARTICULIER DES
ACTIVITES DE SERVICES
La production des activit s de services ?
Ce qui pose probablement le plus de probl mes, cest la mesure de la production, en
particulier celle du secteur des services. Le concept de productivit , dans ses multiples
dimensions et variantes, est issu de la production dite mat rielle ou production dobjets
autonomes, identifiables quantitativement, d nombrables lorsquils sont reproductibles, ou
analysables en termes dindices de volume lorsquils forment un ensemble h t rog ne. Les
difficult s tiennent ce que lon ne parvient pas saccorder sur une d finition du produit
pour le type dactivit s qui nous int ressent, et ce pour deux types de raisons. Dune part, les
prestations, les processus et les r sultats sont faiblement standardis s : on ne parvient pas
classer ces produits selon des gammes de cas standards, du fait de la dimension relationnelle
de ces services. On h site aussi sur les syst mes de valeur, cest dire les dimensions
possibles des produits plus ou moins pr sentes selon les services ; ce sont les dimensions
technique ou industrielle, marchande ou financi re, relationnelle ou civique.
Les trois coles qui traitent de lanalyse des services, l cole lilloise (Gadrey), l cole
lyonnaise (autour de Barcet et Bonamy) et les sciences de gestion (Eiglier, Langeard)
partagent en d pit de leurs diff rences un point de vue commun consistant placer au cSur de
lanalyse la relation de service. En effet, une activit de service peut se d finir comme une
op ration, visant une transformation d tat dune r alit C, poss d e ou utilis e par un
consommateur B (ou client ou usager), r alis e par un prestataire A la demande de B, et
souvent en relation avec lui, mais naboutissant pas la production dun bien susceptible de
circuler conomiquement ind pendamment du support C . Cette d finition op re une
distinction entre le service comme processus de production, qui repose sur la mise en relation
des 3 p les A, B et C, et le service comme r sultat, cest dire la transformation du support
C.
Lextr me diversit des services logistiques et de transport
Comme pour lensemble des activit de services, et peut- tre de mani re plus extr me, la
diversit des situations de transport/logistique complique encore lappr hension de la
production du service logistique et transport.
On distingue traditionnellement les activit s de traction et les prestations logistiques, tourn es
vers des activit s valorisantes hors traction. Le sch ma stylis dun service complet de
distribution physique comprend en effet la traction dapproche, les activit s connexes, et la
traction terminale, chacune de ces s quences tant dune importance variable. Les services
connexes exerc s sur entrep t et/ou plate-forme concernent des op rations techniques de
distribution physique (li es la rupture de charge puis la livraison terminale) et des
op rations de gestion int grant une s rie de prestations informatiques.
On distingue ainsi :
-
les op rations li es la rupture de charge : r ception et contr le des marchandises,
manutention et stockage, mise en rayonnage&
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-
-
les op rations li es la livraison terminale : pr paration de commandes, constitution
de lots promotionnels, ensachage, marquage des prix&
les op rations de gestion proprement dite : prises de commande, suivi des dates de
p remption, gestion des stocks&Pour ce dernier point, le plus simple, cest quand le
prestataire logistique ne g re quune comptabilit mati re partir dentr es et de
sorties de stock d cid es par le prescripteur. Le plus sophistiqu , cest quand ce m me
prestataire est dot dune autonomie d cisionnelle dans la formulation et la mise en
Suvre des proc dures de recompl tement des stocks.
- Les prestations informatiques : gestion des stocks, de la flotte et des pr parations de
t l transmission. Les prestations physiques
commandes, comptabilit clients,
saccompagnent en effet de prestations
le
d clenchement, ni trop t t, ni trop tard, des diff rentes activit s (informatique de
transaction), tout en am liorant leur suivi (informatique de gestion). En outre,
lint gration de plus en plus forte des syst mes informatiques permet aux prestataires
de se positionner sur des activit s p riph riques de prescription : laboration de
pr vision de la demande pour les fournisseurs, conseil et ingenierie logistique.
informatiques pour permettre
Les services les plus couramment propos s sont la gestion des stocks, la pr paration des
livraisons, le transport et le transit. (Pach , Sauvage, 2004)
Progr s technique et productivit
La prise en compte du progr s technique pose galement probl me dans la mesure de la
productivit . Alors que sur les 25 derni res ann es, les technologies de linformation et de la
Publicité
communication (TIC) se sont massivement diffus es lensemble de l conomie et que
celles-ci sont consid r es comme des innovations radicales, source dun nouveau paradigme
technologique , la productivit , telle quelle est mesur e dans les tudes statistiques, a connu
une stagnation sur la p riode et plus particuli rement dans le secteur des services, grand
consommateur dordinateurs. Ce paradoxe de la productivit se retrouve dans la formule
de Solow, selon laquelle l ge de lordinateur est arriv partout, sauf dans les statistiques de
la productivit . La logique aurait voulu que les investissements dans des technologies
innovantes se traduisent par des gains de productivit .
La formule de Solow trouve son pendant dans les travaux des gestionnaires. Comme le
rappelle Lorino (1989), le renouvellement massif des techniques, qui concerne la fois
lindustrie et les services, na pas conduit aux niveaux attendus de performance dans les
entreprises. La mani re m me dont les managers d finissent les gains de productivit et les
outils quils utilisent pour y parvenir les loigne de leur but . Economistes et gestionnaires
sont donc confront s un ensemble dinterrogations sur la pertinence de leurs outils danalyse
et de mesure.
La productivit , une notion fordiste ?
En fait, il appara t que la notion de productivit est attach e un r gime de production
particulier qui est le r gime fordiste, et nest par cons quent plus pertinente pour caract riser
le r gime contemporain. Au plan micro- conomique, la pertinence de la notion de
productivit tenait au fait que celle-ci pouvait constituer un outil de gestion au niveau de la
firme. Lorsque le volume de production est clairement corr l un volume de travail mis en
Suvre et lorsque les produits obtenus font lobjet dune demande soutenue sur les march s,
alors lindicateur de productivit devient un crit re objectif dorganisation et de r mun ration
11
du travail. Dans un contexte dinternationalisation, de tertiarisation et de diffusion des TIC, la
notion de productivit doit tre reconstruite.
Dun c t , au plan micro conomique, les entreprises ont externalis nombre de phases de
leur processus de production ou ont multipli les coop rations, ce qui conf re leurs activit s
un caract re de prestations de services qui ne sidentifie plus de fa on imm diate la
fabrication dun produit. La qualit des prestations devient aussi importante que les quantit s
offertes. Par ailleurs, les exigences de rentabilit financi re court / moyen terme se
manifestent d sormais par des r organisations de lactivit en centre de profit, par des
externalisations, voire des mouvements de fusion/ acquisition. Le nombre dentreprises
capables didentifier leurs activit s la fabrication de quantit s de produits sest
consid rablement r duit.
De lautre c t , au plan macro conomique, linternationalisation des processus productifs
limite la possibilit d valuer au niveau agr g le volume de la production nationale.
Toutefois, sans rejeter compl tement la notion, il faut tre conscient quelle peut conserver
une relative pertinence pour certaines activit s tertiaires ou certains niveaux dorganisation
des services, mais quelle ne constitue quun crit re partiel defficience, les services appelant,
plus encore que la production industrielle de biens, lanalyse conomique et sociologique de
leurs effets indirects ou m diats ou de type final sur les utilisateurs, en raison de la sp cificit
du rapport social qui sy d ploie et de lhorizon temporel de leurs impacts. Les approches
r centes de l valuation des actions (actions publiques, mais aussi services) distinguent les
concepts deconomy (r duction des co ts), defficiency (proche de la productivit ) et
deffectiveness (concept attach aux impacts ou effets indirects des actions). Gadrey distingue
ainsi les produits imm diats et les produits m diats (ou r sultats indirects).
Toutefois, entre le produit, fut-il surtout dans les services, une construction sociale aux
multiples dimensions, et le temps de travail de production, existent encore des relations que la
soci t capitaliste d velopp e nest pas encore sur le point dabolir, et la productivit
demeure lun des modes dappr hension le plus imm diat de ces relations (Gadrey, 1996).
Les analyses classiques de productivit demeurent envisageables et pratiquables d s lors que
peuvent tre d finis avec une pr cision suffisante des actes ou des r sultats reproductibles et
quantifiables, des produits ou pseudo-produits ob issant certaines normes de stabilit
qualitative dans le temps ou lespace. La productivit des services prend un sens lorsque les
prestations consomm es peuvent tre qualitativement d finies selon des r gles techniques ou
sociales, dun fa on suffisamment codifi e pour autoriser les comparaisons. Il sagit donc
dactivit s qui conduisent la reconnaissance et la mesure dun produit imm diat ou produit
direct pour lutilisateur. Mais les services dont la croissance a t la plus forte depuis les
ann es 50 sont pr cis ment des services relationnels et professionnels qui se pr tent mal
lanalyse quantitative dun produit imm diat et aux tudes defficience fond es sur la seule
productivit .
I.4) LEVALUATION RELATIVE DE LA PERFORMANCE
12
Lune des questions essentielles que pose lanalyse de la relation de service elle-m me, cest
dire des modes de relations existant entre prestataire et client dans le cadre de la production
du service, est celle de la construction m me de lobjet : peut-on, et jusqu quel point, traiter
la relation de service comme un objet en soi, cest dire analyser la relation A-B sans la
r inscrire dans lensemble du processus de production du service ?
Gadrey (1994) propose une classification des diff rentes activit s de service selon le type de
participation, op rationnelle ou de contr le, du client au processus de production du service,
et lint rieur de chacun des deux types, selon le degr ou lintensit de cette participation.
Les diff rents types dinteraction dans la relation de service
Contr le du processus par le
client
Contr le
pisodique
substantiel
et
Contr le
fr quent
proc dural
et
Participation op rationnelle du client
Faible
Client passif ou r cepteur, se
limitant choisir un contrat
ou une formule
Logiques de sous-traitance sur
mesure. Le client a
les
comp tences pour contr ler
mais ne veut pas le faire lui
m me
Importante
Logique de formule offerte et
utilis e soit en coproduction,
soit en self-service, le plus
souvent sur place
Coop ration
coorganisation,
compl mentarit des t ches et
Interface
des
op rationnelle
et
d cisionnelle.
savoirs.
forte,
De la m me mani re, la performance logistique...