Matrices symplectiques

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Problème 2 : Matrices symplectiques

L’objet du problème est de définir et étudier la notion de matrice symplectique, et d’établir des résultats de

réduction dans certains cas particuliers.

Vocabulaire et notations

Dans tout le problème, 𝑛 désigne un entier naturel non nul et 𝐽𝑛 la matrice carrée de ℳ2𝑛(ℝ) définie par blocs

par

𝐽𝑛 = (

0𝑛,𝑛

−𝐼𝑛

𝐼𝑛

0𝑛,𝑛

)

où 0𝑛,𝑛 est la matrice nulle à 𝑛 lignes et 𝑛 colonnes et 𝐼𝑛 est la matrice identité de même taille.

Si 𝑝 et 𝑞 sont deux entiers naturels non nuls, la matrice transposée de toute matrice 𝑀 de ℳ𝑝,𝑞(ℝ) est notée 𝑀 ⊤.

On dit qu’une matrice 𝑀 de ℳ2𝑛(ℝ) est symplectique si et seulement si 𝑀 ⊤𝐽𝑛𝑀 = 𝐽𝑛. On désigne par Sp2𝑛(ℝ)

l’ensemble des matrices symplectiques de taille 2𝑛 × 2𝑛.

On note 𝒪2𝑛(ℝ) le groupe orthogonal de ℳ2𝑛(ℝ), 𝒮2𝑛(ℝ) l’ensemble des matrices symétriques de ℳ2𝑛(ℝ) et

𝒜2𝑛(ℝ) l’ensemble des matrices antisymétriques de ℳ2𝑛(ℝ).

Soit 𝐸 un ℝ-espace vectoriel. On appelle forme bilinéaire sur 𝐸 toute application 𝜓 définie sur 𝐸 × 𝐸 et à valeurs

dans ℝ telle que pour tout 𝑌 ∈ 𝐸,

soient toutes les deux linéaires sur 𝐸.

𝑋 ↦ 𝜓(𝑋, 𝑌 )

et

𝑋 ↦ 𝜓(𝑌 , 𝑋)

Soit 𝜓 une forme bilinéaire ; 𝜓 est dite alternée si et seulement si, pour tout 𝑋 ∈ 𝐸, 𝜓(𝑋, 𝑋) = 0 ; 𝜓 est dite

antisymétrique si et seulement si, pour tout (𝑋, 𝑌 ) ∈ 𝐸2, 𝜓(𝑋, 𝑌 ) = −𝜓(𝑌 , 𝑋).

Si 𝑖 et 𝑗 sont deux entiers naturels, on note 𝛿𝑖,𝑗 le nombre qui vaut 1 si 𝑖 = 𝑗 et qui vaut 0 sinon.

On note 𝑒𝑖 la matrice colonne élémentaire dont le seul coefficient non nul vaut 1 et est placé sur la ligne numéro 𝑖.

On munit ℳ2𝑛,1(ℝ) du produit scalaire canonique noté ⟨⋅, ⋅⟩ et de la norme euclidienne associée, notée ‖⋅‖. En

identifiant ℳ1(ℝ) et ℝ, on a, pour tous 𝑋 et 𝑌 dans ℳ2𝑛,1(ℝ),

⟨𝑋, 𝑌 ⟩ = 𝑋⊤𝑌

et

‖𝑋‖2 = 𝑋⊤𝑋.

Si 𝑋 ∈ ℳ2𝑛,1(ℝ), 𝑋⊥ désigne l’orthogonal de 𝑋, c’est-à-dire l’ensemble des éléments 𝑌 de ℳ2𝑛,1(ℝ) tels que

⟨𝑋, 𝑌 ⟩ = 0. Si 𝐹 est un sous-espace vectoriel de ℳ2𝑛,1(ℝ), 𝐹 ⊥ désignera l’orthogonal de 𝐹, c’est-à-dire l’ensemble

des éléments de ℳ2𝑛,1(ℝ) qui sont orthogonaux à tous les éléments de 𝐹.

Si 𝐴 est une matrice de ℳ2𝑛(ℝ), on notera spℝ(𝐴) l’ensemble des valeurs propres réelles de 𝐴.

Si 𝐴 est une matrice de ℳ2𝑛(ℝ) et 𝜆 est une de ses valeurs propres, on notera 𝐸𝜆 le sous-espace propre de 𝐴

associé à la valeur propre 𝜆.

Soit 𝐸 un espace vectoriel et 𝑋1, …, 𝑋𝑝 des vecteurs de 𝐸. On note Vect(𝑋1, …, 𝑋𝑝) l’espace vectoriel engendré

par 𝑋1, …, 𝑋𝑝.

Soit 𝐴 une matrice de ℳ2𝑛(ℝ) et 𝐹 une partie de ℳ2𝑛,1(ℝ). On dit que 𝐹 est stable par 𝐴 si et seulement si,

pour tout 𝑋 dans 𝐹, 𝐴𝑋 est un élément de 𝐹.

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Dans cette question uniquement, 𝑛 est un entier naturel non nul quelconque. Déterminer 𝐽 2

𝑛 et montrer

I Cas des matrices de taille 2 × 2

Q 1.

que 𝐽𝑛 ∈ Sp2𝑛(ℝ) ∩ 𝒜2𝑛(ℝ).

Dans la suite de cette partie, 𝑛 = 1.

Q 2.

à 1.

Montrer qu’une matrice de taille 2 × 2 est symplectique si et seulement si son déterminant est égal

Q 3.

Soit 𝑀 une matrice orthogonale de taille 2×2. On note 𝑀1 = (

de 𝑀. Montrer l’équivalence

𝑥1

𝑥2

) et 𝑀2 = (

𝑦1

𝑦2

Publicité

) les deux colonnes

𝑀 est symplectique ⟺ 𝑀2 = −𝐽1𝑀1.

Soit 𝑋1 ∈ ℳ2,1(ℝ) de norme 1. Montrer que la matrice carrée constituée des colonnes 𝑋1 et −𝐽1𝑋1

Q 4.

est à la fois orthogonale et symplectique.

Soit 𝑀 une matrice de taille 2 × 2 symétrique et symplectique. Montrer que 𝑀 est diagonalisable et

Q 5.

que ses valeurs propres sont inverses l’une de l’autre. Montrer qu’il existe une matrice 𝑃 à la fois orthogonale et

symplectique telle que 𝑃 −1𝑀 𝑃 soit diagonale.

Q 6.

ne sont pas diagonalisables dans ℝ.

Déterminer les matrices de taille 2 × 2 à la fois antisymétriques et symplectiques et montrer qu’elles

II Cas des matrices symplectiques et orthogonales

2

Soit 𝐾 une matrice antisymétrique et 𝜑 l’application de (ℳ2𝑛,1(ℝ))

dans ℝ telle que

∀(𝑋, 𝑌 ) ∈ (ℳ2𝑛,1(ℝ))

2

,

𝜑(𝑋, 𝑌 ) = 𝑋⊤𝐾𝑌 .

(On identifie de nouveau ℳ1(ℝ) et ℝ.)

Q 7.

Montrer que 𝜑 est une forme bilinéaire sur ℳ2𝑛,1(ℝ).

En calculant de deux manières 𝜑(𝑋, 𝑋)⊤

Q 8.

antisymétrique.

, montrer que 𝜑 est alternée. Montrer de même que 𝜑 est

Dans toute la suite du sujet, 𝐾 = 𝐽𝑛.

Q 9.

Pour tout 𝑋 =

𝑥1

𝑥2

𝑥2𝑛

⎛⎜⎜⎜

⎞⎟⎟⎟

∈ ℳ2𝑛,1(ℝ) et pour tout 𝑌 =

𝑦1

𝑦2

𝑦2𝑛

⎛⎜⎜⎜

⎞⎟⎟⎟

∈ ℳ2𝑛,1(ℝ), montrer l’égalité

𝜑(𝑋, 𝑌 ) =

𝑛

𝑘=1

(𝑥𝑘𝑦𝑘+𝑛 − 𝑥𝑘+𝑛𝑦𝑘).

Q 10. Montrer que pour tout (𝑖, 𝑗) ∈ {1, …, 2𝑛}2, 𝜑(𝑒𝑖, 𝑒𝑗) = 𝛿𝑖+𝑛,𝑗 − 𝛿𝑖,𝑗+𝑛 (on pourra commencer par le cas

où (𝑖, 𝑗) ∈ {1, …, 𝑛}2 puis généraliser).

Q 11. Montrer que pour tout 𝑋 ∈ ℳ2𝑛,1(ℝ), 𝐽𝑛𝑋 ∈ 𝑋⊥ et calculer 𝜑(𝐽𝑛𝑋, 𝑋).

Q 12.

que 𝑋𝐽𝑛 = (𝐽𝑛𝑋)⊥.

Q 13.

que, pour tout (𝑖, 𝑗) ∈ {1, …, 2𝑛}2,

Si 𝑌 ∈ ℳ2𝑛,1(ℝ), on note 𝑌 𝐽𝑛 l’ensemble des vecteurs 𝑍 de ℳ2𝑛,1(ℝ) tels que 𝜑(𝑌 , 𝑍) = 0. Montrer

Publicité

Soit 𝑃 une matrice symplectique et orthogonale dont les colonnes sont notées 𝑋1, …, 𝑋2𝑛. Montrer

⎧{

⎨{⎩

‖𝑋𝑖‖ = 1

𝑖 ≠ 𝑗 ⟹ 𝑋𝑖 ⊥ 𝑋𝑗

𝜑(𝑋𝑖, 𝑋𝑗) = 𝛿𝑖+𝑛,𝑗 − 𝛿𝑖,𝑗+𝑛

Q 14.

Q 15.

Sous les mêmes hypothèses, montrer que, pour tout 𝑖 ∈ {1, …, 𝑛}, 𝑋𝐽𝑛

Sous les mêmes hypothèses, montrer que, pour tout 𝑖 ∈ {1, …, 𝑛}, 𝑋𝑖+𝑛 = −𝐽𝑛𝑋𝑖.

𝑖 = 𝑋⊥

𝑖+𝑛.

III Quelques généralités sur les matrices symplectiques

Q 16. Montrer que le déterminant d’une matrice symplectique vaut soit 1 soit −1.

Q 17. Montrer que l’inverse d’une matrice symplectique est une matrice symplectique.

Q 18. Montrer que le produit de deux matrices symplectiques est une matrice symplectique. L’ensemble

Sp2𝑛(ℝ) est-il un sous-espace vectoriel de ℳ2𝑛(ℝ) ?

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IV Réduction des matrices symétriques et symplectiques

Le but de cette partie est de montrer que, si 𝑀 ∈ 𝒮2𝑛(ℝ) ∩ Sp2𝑛(ℝ), il existe 𝑃 ∈ 𝒪2𝑛(ℝ) ∩ Sp2𝑛(ℝ) tel que

𝑃 ⊤𝑀 𝑃 est diagonale de coefficients diagonaux 𝑑1, …, 𝑑2𝑛 avec pour tout 𝑘 ∈ {1, …, 𝑛}, 𝑑𝑘+𝑛 = 1/𝑑𝑘.

IV.A – Propriété

Soit 𝑀 ∈ 𝒮2𝑛(ℝ) ∩ Sp2𝑛(ℝ).

Q 19. Montrer que si 𝜆 est valeur propre de 𝑀, 1/𝜆 est également valeur propre de 𝑀. Donner un vecteur

propre associé.

Q 20.

une base de 𝐸1/𝜆 et que

Soit 𝜆 ∈ spℝ(𝑀 ) et 𝑝 = dim 𝐸𝜆. Soit (𝑋1, …, 𝑋𝑝) une base de 𝐸𝜆. Montrer que (𝐽𝑛𝑋1, …, 𝐽𝑛𝑋𝑝) est

dim(𝐸𝜆) = dim(𝐸1/𝜆).

Q 21.

Soient 𝑌1, …, 𝑌𝑝 des vecteurs de ℳ2𝑛,1(ℝ). Soit 𝑌 ∈ ℳ2𝑛,1(ℝ). Montrer l’implication

𝑌 ∈ (Vect(𝑌1, …, 𝑌𝑝, 𝐽𝑛𝑌1, …, 𝐽𝑛𝑌𝑝))

⟹ 𝐽𝑛𝑌 ∈ (Vect(𝑌1, …, 𝑌𝑝, 𝑌 , 𝐽𝑛𝑌1, …, 𝐽𝑛𝑌𝑝))

.

Dans cette question 𝜆 = 1. Montrer que 𝐸1 est de dimension paire et qu’il existe une base de 𝐸1

Q 22.

orthonormée de la forme (𝑋1, …, 𝑋𝑝, 𝐽𝑛𝑋1, …, 𝐽𝑛𝑋𝑝) où 2𝑝 est la dimension de 𝐸1.

Q 23. Qu’en est-il pour 𝐸−1 ?

Q 24.

Démontrer la propriété annoncée au début de la partie.

IV.B – Mise en application sur un exemple

Dans la fin de cette partie, on note 𝐴 la matrice

𝐴 =

9 1

1 9

3 3

3 3

1

8

⎛⎜⎜⎜

3 3

3 3

9 1

1 9

⎞⎟⎟⎟

.

Q 25. Montrer que 𝐴 ∈ 𝒮4(ℝ) ∩ Sp4(ℝ).

Publicité

Q 26.

Construire une matrice orthogonale et symplectique 𝑃 telle que 𝑃 ⊤𝐴𝑃 soit diagonale.

V Étude du cas des matrices antisymétriques

V.A – Un peu de théorie

Soit 𝑀 ∈ 𝒜2𝑛(ℝ) ∩ Sp2𝑛(ℝ). Soit 𝑚 l’application linéaire canoniquement associée à 𝑀.

Q 27. Montrer l’égalité spℝ(𝑀 ) = ∅.

Q 28. Montrer qu’il existe 𝑃 ∈ 𝒪2𝑛(ℝ) ∩ Sp2𝑛(ℝ) tel que 𝑃 ⊤𝑀 2𝑃 soit diagonale de coefficients diagonaux

𝑑1, …, 𝑑2𝑛 avec pour tout 𝑘 ∈ {1, …, 𝑛}, 𝑑𝑘+𝑛 = 1/𝑑𝑘.

Dans toute la suite de cette sous-partie, 𝑋 désigne un vecteur propre de 𝑀 2 de norme 1 associé à une certaine

valeur propre 𝜆.

Q 29. Montrer que 𝑀 𝑋, 𝐽𝑛𝑋 et 𝐽𝑛𝑀 𝑋 sont des vecteurs propres de 𝑀 2 et donner les valeurs propres

associées à chacun de ces vecteurs.

Q 30.

stable par 𝑀 et par 𝐽𝑛.

Q 31. Montrer que toutes les valeurs propres de 𝑀 2 sont strictement négatives.

Q 32.

Dans cette question et dans la suite, on note 𝐹 = Vect(𝑋, 𝑀 𝑋, 𝐽𝑛𝑋, 𝐽𝑛𝑀 𝑋). Montrer que 𝐹 est

Justifier que si 𝜆 ≠ −1, 𝐹 est un espace vectoriel de dimension 4. Montrer que, dans ce cas,

(𝑋,

−1

−𝜆

𝑀 𝑋, −𝐽𝑛𝑋,

1

−𝜆

𝐽𝑛𝑀 𝑋)

est une base orthonormée de 𝐹. Donner alors la matrice de l’application 𝑚𝐹 induite par 𝑚 sur 𝐹 dans la base

obtenue.

Q 33. Montrer que 𝐹 ⊥ est stable par 𝑀 et par 𝐽𝑛.

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Q 34. Montrer qu’il existe un entier naturel non nul 𝑞 et des sous-espaces vectoriels de ℳ2𝑛,1(ℝ), notés

𝐹1, …, 𝐹𝑞 tels que

(a)

𝐹1 ⊕ ⋯ ⊕ 𝐹𝑞 = ℳ2𝑛,1(ℝ) ;

∀𝑖 ∈ {1, …, 𝑞}, 𝐹𝑖 est stable par 𝑀 et par 𝐽𝑛 ;

∀𝑖 ∈ {1, …, 𝑞}, 𝐹 ⊥

𝑖 est stable par 𝑀 et par 𝐽𝑛 ;

∀(𝑖, 𝑗) ∈ {1, …, 𝑞}2, 𝑖 ≠ 𝑗 ⟹ ∀(𝑌 , 𝑍) ∈ 𝐹𝑖 × 𝐹𝑗, ⟨𝑌 , 𝑍⟩ = 0 = 𝜑(𝑌 , 𝑍) ;

∀𝑖 ∈ {1, …, 𝑞}, dim 𝐹𝑖 ∈ {2, 4} ;

∀𝑖 ∈ {1, …, 𝑞}, la matrice de l’application 𝑚𝐹𝑖 induite par 𝑚 sur 𝐹𝑖 dans une certaine base est de la

forme

(b)

(c)

(d)

(e)

(f)

𝐽1

ou

−𝜆𝐽1

02,2

⎛⎜

02,2

1

−𝜆

𝐽1

⎞⎟

.

Publicité

V.B – Mise en application

Dans la fin de cette partie, on note 𝐵 la matrice

𝐵 =

1

4

⎛⎜⎜⎜

0

0 −5 0 −3

5

0

0 −3 0 −5

0

3

5

3

0

⎞⎟⎟⎟

.

Q 35.

Calculer 𝐵2

1

1

1

1

⎛⎜⎜⎜

⎞⎟⎟⎟

.

Q 36.

Déterminer un réel 𝑎 et une matrice 𝑃 tels que

𝑃 ∈ 𝒪4(ℝ) ∩ Sp4(ℝ)

et

𝑃 ⊤𝐵𝑃 =

𝑎

0

−𝑎 0

0

0

0 −1/𝑎

0

0

0

0

⎛⎜⎜⎜

0

0

1/𝑎

0

⎞⎟⎟⎟

.

• • • FIN • • •

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