Baromètre de la transformation industrielle
le Lean n’est pas mort, vive le digital !
Octobre 2017
kpmg.fr
1
ÉDITO
Laurent Chabert
KPMG et son équipe dédiée «Operations» sont heureux de vous présenter la première édition de leur baromètre sur la transformation industrielle réalisée en partenariat avec L’Usine Nouvelle.
A l’heure où les économistes et la classe politique appellent de leurs vœux un nouvel élan de l’industrie française, l’Industrie 4.0 fait figure de proue pour doper la compé- titivité des usines en travaillant sur la réduction des coûts, la montée en gamme ou l’innovation des produits et services.
Essentiellement marquée par sa dimension digitale, l’Industrie 4.0 efface-t-elle pour autant les leviers de transformation plus traditionnels du secteur, le Lean en tête ? Certainement pas, car face à la pression sur les coûts, l’accélération des flux et l’exi- gence de qualité, le Lean a fait ses preuves.
Les dirigeants industriels sont mis au défi de mettre en œuvre de nouvelles approches avec des résultats concrets sur la performance. Cette publication étudie les pratiques en cours de la transformation industrielle en France : quelles sont les préoccupations des décideurs du secteur, quelles sont les actions de transformations réalisées, quels sont les prochains chantiers envisagés ?
Au travers de ces analyses, KPMG détecte les tendances émergentes et les schémas installés, et vous apporte son éclairage sur les évolutions à engager et les thèmes à investiguer.
Nous vous souhaitons d’entreprendre avec suc- cès cette phase de mutation qui ouvre de nou- velles opportunités.
Bonne lecture, Laurent Chabert Associé Responsable Operations
3
METHODOLOGIE
Enquête réalisée auprès de 223 décideurs dans l’industrie, réalisée en ligne, du 26 juin au 20 août 2017.
5,5% Direction R&D
5,4% Autres
12,2% Direction marketing et commerciale
13,0% Direction industrielle
Fonctions
1,9% Direction logistique
11,3% Direction technique
9,7% Direction supply chain et opérations
28,7% Direction générale de l’entreprise
2,1% Direction financière
1,5% DSI
8,6% Direction de site
23%
Secteurs d’Activité
13%
14%
8%
8%
8%
6%
5%
4%
3%
3%
2%
2%
Agroalimentaire
Matériel électr., Service à l'industrie Equipement mécanique, Métallurgie, électron., inform. travail des métaux machine
Chimie
Automobile
Bois, papier
Energie,
Matériel de transport Aéronautique, naval, défense environnement, eau
Autre secteur Textile, habillement, chaussure
4
SOMMAIRE 12 10
8
Chapitre 1 La réduction des coûts, une priorité pour les industriels
Chapitre 2 Après le Lean, le digital : un levier majeur de réduction des coûts
Chapitre 3 Les défis digitaux actuels à mettre en parallèle avec l’histoire du Lean
14
16
Chapitre 4 Est-il pertinent de combiner Lean et digital ?
Chapitre 5 Lean & digital : l’accélérateur vers l’industrie 4.0
5
Slide 8
Chapitre 1
Les préoccupations pour améliorer de la performance industrielle
La réduction des coûts, une priorité pour les industriels
Quelles sont vos préoccupations actuelles pour améliorer la performance industrielle ? Base : ensemble des répondants (223)
La réduction des coûts
55%
La flexibilité des procédés et de l'outil industriel
La gestion et l'évolution des compétences
Une meilleure réactivité face à l'évolution des demandes / commandes
La maîtrise des délais
L'amélioration de la qualité des produits
L'optimisation des stocks
19%
La personnalisation des produits
16%
45%
40%
39%
36%
35%
3
Autre
8%
Nombre moyen de préoccupations
Aucune de ces préoccupations / NSP
1%
La réduction des coûts est la préoccupation première des industriels français : 55% des répondants ont cité ce levier d’amélioration, devant la flexibilité des procédés et de l’outil
industriel (45%), la gestion et l’évolution des compétences (40%) ou encore l’amélioration de la qualité des produits (35%).
6
Les principaux leviers de réduction des coûts
l e n n o i t a s i n a g r o u a e v i N
n o i s i v i D
t i n U s s e n i s u B
t n e m e t r a p é D
>25%
Transformation
5-25%
Refonte partielle
5%
Rationalisation
Processus de travail
Processus opérationnels
Objectifs business
Change focus
Rationalisation (réduction de coûts estimée : 5%)
Refonte partielle (réduction de coûts estimée 5% - 25%)
Transformation (réduction de coûts estimée > 25%)
• Améliorer les processus clés et identifier les “quick wins”
Publicité
• Réduire les dépenses non
• Revoir les processus opérationnels et les procédures
• Réduire le nombre de lignes
de produits / services
• Externaliser (partiellement)
prévues
• Réduire la masse salariale
les processus
• Améliorer la flexibilité de la
• Réduire les frais de structure
• Concevoir des stratégies
main d’oeuvre
• Réduire les frais généraux
• Rationaliser les
investissements
de sortie
7
Cette priorité donnée à la réduction des coûts peut paraître paradoxale au regard des signaux de reprise économique. Selon l’Insee, le climat des affaires se situe bien au-dessus de sa moyenne de long terme. Il est stable dans l’industrie depuis mai 2017, à un niveau sans précédent depuis six ans. Selon le baromètre des investissements in- dustriels de L’Usine Nouvelle, les industriels fran- çais ont d’ailleurs annoncé des investissements à hauteur de 4,1 milliards d’euros depuis janvier 2017. Ceux-ci se concentrent principalement sur les secteurs de l’agroalimentaire (1,1 milliard d’euros),
de l’automobile (651 millions d’euros) ou encore de l’énergie (588 millions d’euros). De plus, la re- prise est annoncée à l’échelle internationale : selon le FMI, la production mondiale devrait enregistrer une croissance de 3,5% en 2017 puis de 3,6% en 2018. Enfin, d’après l’OCDE, notre productivité du travail ou PIB par heure travaillée est comparable à celle de l’Allemagne, pays souvent pris comme modèle. On aurait donc pu s’attendre à trouver la flexibilité de l’outil industriel ou encore l’améliora- tion de la qualité des produits en préoccupation première dans ce sondage.
1126
Investissements en milliards d’euros depuis janvier 2017
651
588
389
186
369
277
100
59
136
57
17
74
45
50
Source : L’Usine Nouvelle, rubrique «Quotidien des Usines»
8
Slide 14
Préoccupations et actions Lean mises en place
Quelles sont vos préoccupations actuelles pour améliorer la performance industrielle et les actions mises en place ? Base : ensemble des répondants (223)
54%
55%
Actions mises en place
Préoccupations actuelles
19%
45%
40% 36%
35%
39%
40%
45%
34%
34%
33%
30%
La réduction des coûts
L'optimisation des stocks
La maîtrise des délais
L'amélioration de la qualité des produits
Une meilleure réactivité face à l'évolution des demandes / commandes
La gestion et l'évolution des compétences
La flexibilité des procédés
La personnalisation des produits
2%
Autre
Aucune de ces préoccupations / NSP
0
14%
16%
8%
16%
Pourtant, le coût du travail reste un sujet de pré- occupation pour les industriels français. 54% des répondants ont déjà mis en place des actions Lean dédiées à la réduction des coûts mais ces derniers gardent ce sujet dans le viseur. On peut com- prendre leur inquiétude car dans une économie de plus en plus ouverte, notre tissu industriel subit la concurrence de pays à bas coûts de main d’œuvre, notamment en Europe de l’Est. Selon les calculs du Coe-Rexecode, dans l’ensemble de l’industrie et des services marchands, le coût horaire de la main-d’œuvre en France s’élève à 37,1€ au 2e tri- mestre 2017 contre 35,5€ en Allemagne. Au sein de la zone euro, il est estimé à seulement 30,8€. Les entreprises qui se sont spécialisées dans des produits à faible valeur ajoutée sont donc très vul- nérables. Pour faire face aux importations de biens à bas prix venant de pays où les normes sociales et environnementales sont moins contraignantes, ces entreprises devront évoluer.
Dans les secteurs à forte intensité capitalistique, une réduction des coûts est bénéfique lorsqu’elle sert à dégager des fonds pour préparer l’avenir. Un acteur majeur de l’industrie agroalimentaire vient d’investir 280 millions d’euros pour moder- niser l’appareil productif de ses eaux, après avoir annoncé un vaste plan d’économies sur ses frais de vente, dépenses administratives et autres frais généraux. Nos industries doivent donc miser sur la compétitivité hors coûts, autrement dit sur les facteurs autres que les prix et les coûts qui contri- buent à la compétitivité : la qualité, l’innovation, l’image de marque, les services associés, les dé- lais de livraison, le design, etc. Sur ces aspects, les pays émergents, notamment la Chine, progressent rapidement. Ils ont achevé leur processus de rattra- page et montent en gamme. La présence chinoise dans les classements des entreprises les plus in- novantes le prouve : Huawei, Alibaba, Lenovo etc.
9
Slide 11 & 20
Chapitre 2
Après le Lean, le digital : un levier majeur de réduction de coût
Impact du Lean sur les coûts de production
Selon vous, de combien la démarche Lean mise en place et la transformation digitale permettent de réduire vos coûts de production (excepté frais commerciaux, exceptionnels) ? Base : répondants ayant mis en place le Lean (99)
Lean
Transformation digitale
10%
21%
19%
50%
40%
30%
7%
23%
Une réduction comprise entre 5% à 10%
Une réduction comprise entre 11% à 20%
Une réduction de plus de 20%
Une réduction de moins de 5%
89%
Le Lean permet de réduire les coûts de production
84%
La transformation digitale permettra de réduire les coûts de production
La diminution des coûts est une des raisons qui pousse la majorité des industriels à appliquer les principes du Lean management.
Aujourd’hui, le Lean management est bien dif- fusé et accepté par les entreprises. Il est admis qu’il s’agit d’un levier efficace d’optimisation de la performance industrielle. 89% des personnes dé- clarent qu’installer des chantiers Lean leur a permis de réduire leurs coûts de production d’au moins
5%. 26% d’entre eux ont même pu réaliser des économies de plus de 10%. De nombreuses en- treprises françaises se sont converties avec succès au Lean management.
Les entreprises témoignent de plus en plus de leur volonté de se transformer avec le Lean : 89% des interrogés déclarent que leur Direction a mis en place une Direction dédiée au Lean, dont 41% à plein temps.
10
Aujourd’hui, si le Lean est bien implanté, un nou- veau levier de transformation a fait son apparition et promet d’aller encore plus loin dans les chan- tiers de réduction des coûts : il s’agit de la trans- formation digitale. En effet, 84% des interrogés considèrent que les technologies digitales vont permettre à leur entreprise dans un avenir proche
de réduire les coûts. Les sociétés ont des attentes plus élevées que jamais. Elles souhaitent travailler avec des outils performants, fiables, rapides voire personnalisés. La transformation digitale n’en est encore qu’à ses débuts mais les technologies qu’elle propose déjà sont bien identifiées par les experts du secteur.
Collaboration
Brain Computer Interface
General Purpose AI
Smart Dust
Suivi
Assistants virtuels personnels
Internet of things (IOT)
Publicité
Espaces de travail intelligents
Plateformes collaboratives
Capteurs
Personal Analytics
Collecte de données
Analyse de données
Blockchain
Sérialisation
NFC
RFID
Analyse prédictive
Impression 3D
Scanner 3D
RPA
Logiciels IT (MES, WMS,…)
Machine Learnning
Nouvelles méthodes industrielles
Impression 4D
Conversational Bots
Robots intelligents
Réalité virtuelle
Quantum Computing
Smart Data Discovery
Context Brokering
Réalité augmentée
Analyse prédictive
Personnalisation
Human Augmentation
Véhicules autonomes
Intelligence artificielle
Simulation
Les technologies du digital classées selon leur niveau de maturité
Automatisation
Certaines technologies sont aujourd’hui arrivées à maturité pour l’optimisation des processus in- dustriels. Les entreprises s’attaquent à la transfor- mation de leurs outils de production avec les der- nières technologies digitales et ce, avec succès. Les principales technologies digitales adoptées aujourd’hui sont les capteurs, l’analyse prédictive, les plateformes collaboratives et les solutions spé- cialisées (MES, WMS).
11
D’autres technologies n’arriveront à maturité que dans une dizaine d’années. C’est le cas par exemple des systèmes informatiques quantiques, de l’impression 4D ou de l’intelligence artificielle généralisée. Il dépend des industriels de préparer leur avenir en investiguant les potentiels des tech- nologies digitales actuelles et à venir.
Slide 23
Digitalisation d’actions de «Lean Management»
Votre entreprise a-t-elle essayé de «digitaliser» les actions suivantes ? Base : répondants ayant mis en place le Lean et la transformation digitale
La communication et la coopération entre les salariés
30%
L’automatisation des tâches administratives ou des opérations industrielles / logistiques
40%
La réduction des consommations
40%
Le suivi de la production en temps réel
39%
L’optimisation des données recueillies pour réaliser des prévisions
24%
La simulation / modélisation des modifications produits / procédés
28%
Taux d’échec
48%
11%
11%
23%
37%
8%
15%
13%
35%
8%
17%
0%
36%
12%
13%
15%
22%
10%
33%
21%
19%
18%
Priorité 89%
85%
83%
87%
90%
44%
81%
32%
75%
La traçabilité des flux internes / externes
32%
26%
17%
25%
9%
58%
L’impression 3D pour des prototypes, des produits semi-finis, finis ou des pièces de rechange
16%
La décentralisation des flux documentaires et d’exécution des contrats
La réalité augmentée ou virtuelle pour assister des opérations industrielles, logistiques ou de maintenance
32%
18%
8%
42%
13%
60%
25%
29%
15%
31%
20%
48%
10%
13%
25%
52%
0%
Publicité
Oui
En cours
En projet
Non
Cinq chantiers prioritaires ont été identifiés par les répondants :
Le deuxième chantier est celui de l’automatisation. L’industrie a longtemps investi dans l’automatisation des chaînes de production et s’attaque désormais à celle des tâches administratives. Le graphique qui suit présente les différents niveaux d’automatisation possibles et les outils qui y sont associés.
Le premier est la communication et la coopération entre les salariés. Cette dernière est parfois jugée trop complexe dans un monde très connecté et soumis à l’instantanéité. Il est primordial de ren- forcer la collaboration dans les échanges entre les collaborateurs. Le digital apparait comme une so- lution à ces problématiques grâce aux plateformes connectées et collaboratives qui permettent une liaison instantanée et un partage d’informations optimal entre les collaborateurs.
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Accélération des transactions
Accélération de la prise de décisions
L’intelligence automatique suit 3 niveaux
RÈGLES Automatisation de processus de base
CONNAISSANCES Automatisation de processus avancés
RAISONNEMENT Automatisation d’activités cognitives
Caractéristiques
Caractéristiques
Caractéristiques
• Automatisation de taches transactionnelles explicites
• Automatisation d’activités basées sur la
• Automatisation d’activités basées
connaissance
sur le raisonnement
• Concepts clés : données
• Concepts clés : structuré et non
• Concepts clés : Taught vs.
structurées, charge de travail, moteur de règles, capture de données
structuré, éléments d’apprentissage autonome, ‘knowledge out of the box’, programmation neurolinguistique
Programmed, apprentissage autonome avancé, production d’hypothèses et analyse prédictive
• Ces outils ressemblent à
• Ces outils sont souvent profondément
• Ils traitent des quantités
l’utilisateur humain et ne sont pas intégrés au système IT
• Ils demandent peu
d’investissements et produisent des résultats en quelques semaines
intégrés dans les systèmes IT
• Ils demandent un investissement
modéré et produisent des résultats en quelques mois
impressionnantes de données et tirent des conclusions auxquelles les humains ne pourraient arriver en centaines de vies
• Ils demandent un investissement
significatif et produisent des résultats en quelques années
Exemples d’outils
Blue Prism OpenSpan (Pega) Automation Anywhere UI Path Kofax Kapow NICE Systems
Exemples d’outils
IPsoft IPcenter Redwood Arago Automation Now TCS Ignio WorkFusion
Exemples d’outils
IBM Watson Wipro HOLMES Google DeepMind IPsoft Amelia AntWorks
L’automatisation propose de nombreux avantages. Elle améliore les performances en déchargeant les opérateurs de certaines tâches, leur permettant ainsi de se concentrer sur la production. L’auto- matisation réduit également le nombre d’erreurs faites sur les chaînes de montage ou lors de la préparation des commandes. Quant aux conditions de travail, elles sont améliorées, les machines pou- vant par exemple remplacer les hommes pour les déplacements de charges lourdes.
Vient ensuite la réduction des consommations. L’installation de capteurs à moindre coût permet de suivre en temps réel toutes les informations relatives à la consommation de matières et d’éner- gie. Une fois ces données croisées avec les ana- lyses de la production, il est aisé de travailler sur la réduction des consommations.
Le quatrième chantier identifié est le suivi de la production en temps réel. La réactivité en cas de panne, d’arrêt ou d’aléa sur les chaînes de produc- tions est optimisée. Les capteurs placés sur les lignes de production permettent de réorganiser la chaîne en temps réel et d’adapter les quantités produites. Le digital apporte flexibilité et réactivité.
Enfin, le dernier chantier identifié est celui de l’amélioration des prévisions. Des algorithmes et des solutions sont développés pour améliorer les prévisions en stockant et en exploitant les don- nées. Ces solutions s’appliquent à différents do- maines : les prévisions de vente, de production, de maintenance ou d’approvisionnement. Les in- dustriels peuvent anticiper les actions à mettre en place et réagir plus vite.
13
Slide 15 & 19
Interlocuteur dédié à la démarche Lean & Digital
Avez-vous désigné un ou plusieurs responsables pour piloter la démarche Lean et un ou plusieurs responsables pour piloter la transformation digitale de la production ? Base : répondants ayant mis en place la démarche Lean et/ou la transformation digitale
Oui, un / des reponsables à plein temps
41%
22%
48%
39%
33%
Oui, mais pas à plein temps
8%
9%
Non
Ne sait pas
9%
3%
6%
Démarche Lean
Transformation digitale
Pourtant, malgré la progression rapide du digital dans les pratiques des industriels, seulement 61% des répondants ont adopté une organisation dé- diée alors que 89% ont mis en place une organi-
sation pour diriger la démarche Lean. Cela induit que le digital a encore besoin de faire ses preuves afin de s’imposer définitivement.
Exemples d’application des technologies du digital :
• Un acteur majeur du secteur des transports a mis en place un système de maintenance prédictive
appelé TTSA (Track Train System Availability) sur ses infrastructures ferroviaires. Grâce à des capteurs connectés placés sur les rails, les moteurs et les roues des trains, l’estimation du niveau d’usure et l’impact d’un trajet sur l’équipement pourront être mesurés instantanément.
Grâce à ce système, la société envisage l’augmentation de 30 à 50% de la durée de vie de ses infrastructures et la réduction de 20 à 30% de ses besoins en maintenance.
• Un autre acteur majeur du secteur des transports a récemment fait appel à une technologie basée sur l’internet des objets (IOT) dans le but d’optimiser sa logistique. Il s’agit d’équiper conteneurs, nacelles et wagons de traqueurs pour recueillir des informations sur leur position exacte et pouvoir informer en temps réel les équipes logistiques de leur disponibilité. La société utilise également des capteurs pour mesurer la température des voies, le niveau d’huile dans le réservoir ou le niveau d’usure du pantographe (dispositif placé sur le toit du train dont le rôle est de capter le courant). Grâce à ces outils issus de technologies digitales, la compagnie ferroviaire entend anticiper ses pannes et mieux surveiller l’état et le fonctionnement de ses trains, de ses gares et de ses réseaux.
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Chapitre 3
Les défis digitaux actuels à mettre en parallèle avec l’histoire du Lean
La transformation digitale correspond à une mutation profonde de la société et du business model de l’entreprise qui s’y engage. Il s’agit d’un changement culturel qui s’incarne dans 5 dimensions pour KPMG :
Adopter un état d’esprit « customer centric »
Appréhender l’utilisation des nouvelles technologies
Développer une approche agile
Convertir le management au temps réel
Intégrer les partenaires pour développer un réseau collaboratif
La transformation digitale correspond à un chan- gement global et ne se réduit pas à l’émergence de nouvelles technologies. Toutes les organisations ne perçoivent pas l’ampleur de ce changement. Si 30% des industriels assimilent la transforma- tion digitale à la dématérialisation, seuls 7% l’ont identifiée comme la mise en place d’un nouveau business model. Il y a un décalage entre l’ambition portée par la transformation digitale et ce qu’elle représente pour les industriels en 2017.
Ce décalage s’explique au regard de l’évolution des organisations. Les difficultés expérimentées aujourd’hui par la transformation digitale peuvent être mises en parallèle avec les débuts du Lean. Si le Lean est désormais largement implanté dans les organisations, il a pourtant mis du temps à se diffu- ser. Dans « Le Modèle Toyota : 14 principes qui fe- ront la réussite de votre entreprise (2009) », Jeffrey Liker revient sur les difficultés qu’ont connues les entreprises américaines pour le mettre en place : « J’ai visité des centaines d’entreprises qui affir- ment maîtriser les méthodes LEAN […] Le pro- blème vient de ce que les entreprises ont confon- du un certain nombre d’outils Lean et le « système Lean ». Le système Lean basé sur le Modèle Toyo- ta suppose une implication beaucoup plus large et une transformation beaucoup plus profonde que ce que les entreprises peuvent imaginer ». Selon lui, les difficultés que connaissent ces organisa-
tions viennent du fait qu’elles ne mettent en place que certains outils du Lean comme le « Juste à Temps » ou la méthode SMED (Single Minute Ex- change of die(s)), mais n’articulent pas ces nou- veaux procédés avec « ce qui fait vraiment la force du LEAN : la culture d’amélioration continue ». De la même manière, la transformation digitale ne doit pas être réduite à la mise en place isolée de tech- nologies innovantes ; elle doit être vue comme un projet de transformation global pour être engagée de façon cohérente.
La transformation digitale et le Lean sont souvent vus comme des facteurs de précarisation de l’em- ploi et des conditions de travail. Selon une étude de France Stratégie, 25% des emplois industriels sont potentiellement automatisables. Sans aucun doute, l’introduction de nouveaux types de robots dans les usines provoque une transformation pro- fonde des habitudes de travail des salariés. Ils doivent donc se repositionner pour s’adapter à ces nouveaux outils. Par ailleurs, la digitalisation de la société implique l’émergence de nouveaux em- plois pour maîtriser et permettre le déploiement de ces technologies. Une véritable mutation du travail est amorcée. Les organisations doivent l’anticiper pour se protéger des risques potentiels associés à un changement trop brutal : non recouvrement des emplois et tensions dans les relations sociales. Ces craintes font échos aux mauvaises applications
15
du Lean à ses débuts. Aujourd’hui, 81% des ré- pondants considèrent que le Lean permet une Slide 9 meilleure implication des salariés. De la même manière, 70% admettent que le Lean offre de meil- leures conditions de travail. Pourtant, des études moins récentes sur le Lean ont donné des résul- tats très différents. En 2006, le Centre d’Etude de l’Emploi mettait en avant les nombreux risques as- sociés à la mise en place d’un système de produc-
tion Lean : dégradation des conditions physiques de travail, pressions temporelles, troubles musculo – squelettiques… Si le Lean a conduit à de telles dérives, c’est parce qu’il a trop souvent été mené dans un objectif de réduction des coûts à court terme. Pour dégager des gains de productivité sur le long terme, les projets Lean doivent aussi se concentrer sur l’implication des salariés et le lis- sage des charges de travail.
Perception du Lean Management
Pour chacune des propositions suivantes, diriez-vous que vous êtes tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout d’accord. Base : ensemble des répondants (223)
Le Lean Management
Permet d’améliorer la production (coûts, qualité)
Standardise les méthodes de travail
40%
Total d’accord 90%
Total pas d’accord 5%
53%
37%
3%
2%
5%
83%
81%
13%
43%
10%
Publicité
3%
4%
15%
Permet une meilleure implication des salariés
30%
51%
12%
3%
4%
Permet une meilleure écoute des besoins des clients
26%
Offre de meilleures conditions de travail aux salariés
16%
71%
45%
70%
54%
22%
17%
5%
7%
23%
17%
6%
7%
Tout à fait d'accord
Plutôt d'accord
Pas vraiment d'accord
Pas du tout d'accord
Pour engager une démarche de transformation di- gitale, certaines conditions doivent être réunies. En premier lieu, il est indispensable de réaliser un travail de pédagogie important pour expliquer dans les différents services de l’entreprise pourquoi le changement peut être bénéfique. Ensuite, une étude de la maturité digitale du système d’informa-
tion et de l’appareil productif doit être conduite afin de déterminer un plan de mise en œuvre réaliste. Enfin, il est nécessaire de penser cette transforma- tion digitale dans l’écosystème des collaborateurs de l’entreprise pour aligner les projets réalisés avec ceux des partenaires.
16
Ne sait pasSlide 22
Chapitre 4
Est-il pertinent de combiner Lean et digital ?
Pertinence perçue du lien entre Lean et transformation digitale
Selon vous, est-il pertinent d’associer le Lean et la transformation digitale pour améliorer la performance industrielle ? Base : ensemble des répondants (200)
Non, pas du tout pertinent
Non, pas vraiment pertinent
13%
4%
27%
Oui, plutôt pertinent
Oui, très pertinent
56%
Pertinent
Pas pertinent
17%
83%
Pour 83% des sondés il est pertinent d’associer Digital et Lean Management pour améliorer la per- formance industrielle. Comme le Lean à ses débuts, le concept de transformation digitale est difficile à appréhender : l’étude montre des écarts de matu- rité parmi les sondés sur leur vision du digital. Une vision commune ne semble pas se dégager : trop souvent la transformation digitale reste associée à la dématérialisation.
L’étude fait ressortir un pourcentage significa- tif d’échecs au sein d’entreprises ayant achevé des chantiers de transformation digitale. A titre d’exemple, 33% d’échec sur l’amélioration des
prévisions et 21% d’échec sur l’amélioration de la communication entre salariés.
Comment sécuriser les mises en place des chan- tiers de transformation digitale ? Nous sommes persuadés qu’il faut transposer les facteurs clés de succès du Lean au digital. Les principaux facteurs clés de succès identifiés :
• faire murir l’organisation et diffuser le savoir,
• combiner des chantiers de gains rapides avec une
transformation plus profonde,
• les données : base fondamentale du Lean pré-
sente à l’identique dans le monde du digital.
17
FACTEUR CLÉ DE SUCCÈS 1 Faire murir l’organisation et diffuser le savoir
FACTEUR CLÉ DE SUCCÈS 3 La données sont la clé : on ne peut améliorer que ce que l’on mesure !
Le niveau de maturité des organisations sur ces su- jets Lean et transformation digitale est variable. Plus d’un tiers (41%) des sondés ont une équipe dédiée à 100% au déploiement du Lean management. A contrario, seulement 22% ont, à l’heure actuelle, des équipes entièrement dédiées à la mise en place de la transformation digitale. En transposant les fac- teurs clés de succès du Lean au monde du digital, les entreprises mettent toutes les chances de leur côté pour réussir cette transition.
FACTEUR CLÉ DE SUCCÈS 2 Combiner des chantiers de gains rapides avec une transformation plus profonde.
De plus en plus d’entreprises démarrent une dé- marche Lean globale après des échecs de mise en place d’outils Lean de manière isolée. Par exemple, un acteur majeur du secteur des plats cuisinés a lancé une démarche globale Lean après la mise en place d’outils Lean isolés. En parallèle de ces chan- tiers, un MES (Manufacturing Excecutive System) a été mis en place afin de capter des données. Ces données sont à la base de la réduction des coûts et de l’analyse de la performance (coût, qualité, délais). Cet acteur a donc décidé de lier démarche globale de Lean management et outil du digital afin de ré- duire ses coûts. Cette approche a permis des gains rapides.
La création de chantier Kaizen (Kai : faire - zen : mieux) permet de réaliser des petits gains, de ma- nière régulière. Ces gains permettent de fédérer l’en- cadrement et les opérationnels sur le court terme. La motivation des équipes retombe lorsqu’il n’y a pas de démarche de long terme. Il faut donc com- biner les gains courts terme à une démarche long terme pour pérenniser les gains.
Les données sont la base fondamentale du Lean et de toute amélioration continue. Ce facteur clé de succès est retrouvé à l’identique dans le monde du digital.
Un leader du secteur des vins et spiritueux a mis en place dans le cadre de ses constructions d’usines un MES, un WMS, des transstockeurs automatiques ainsi qu’une boucle logistique « intelligente ». Ces investissements permettent la dématérialisation, mais aussi la collecte de données, la réduction des coûts d’approvisionnement, le temps réel, la communication intra et interservices et en temps réel, le suivi des consommations au plus juste, des ajustements de productions facilités,... Ces pro- jets digitaux d’installation de MES ou WMS (War- ehouse Management System) sont des projets lourds et couteux (ressources métiers, modification des processus de fabrication, chamboulement des SI). Une autre facette moins connue de la transfor- mation digitale est l’implication ponctuelle de start- up. KPMG possède une connaissance approfondie des différentes technologies digitales portées par des start-up. Par exemple, une start-up propose une collecte de données réalisée par une batterie de cap- teurs disposés sans modification SI ou de machines. Cette collecte s’adapte à tous types de processus et en quelques mois seulement, la collecte de don- nées peut être réalisée. Ces capteurs peuvent être placés en différents points du processus selon les objectifs de la collecte de données, des produits fa- briqués, etc. Le coût de cette opération est moindre comparé à un MES ou WMS. Cette application peut par exemple être déployée en parallèle d’un chantier MES pour commencer à collecter des données tant que le système n’est pas déployé.
La transformation digitale, pour atteindre son po- tentiel, doit s’inscrire comme une transformation globale. Les entreprises appliquant les facteurs clés de succès mettent toutes leurs chances de leur côté pour réussir leur transformation digitale globale. Un message porté d’une même voix, des chantiers à horizon court en parallèle de transformation à long terme et des données mesurées sont les clés d’une transformation digitale réussie.
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Durée de la mission
6-8 sem.
3-6 mois
12-18 mois
TRANSFORMATION LEAN Vision & Road Map Plan de mobilisation & communication Dispositif de déploiement Gestion Portefeuille Lean Formation & coaching
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a b o G
l
t c a p m I e r t è m
i r e P
U B / n o i t c n o F
PROJETS COMPLEXES Approche structurée DMAIC Techniques d’analyse poussées Plans d’action complexes et moyen terme
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a c o L
ACTION LOCALE KAIZEN Formation / Action Chantiers Kaizen Value Stream Mapping Plan d’action court terme
Modérée
Elevée
Pérennité Maturité
Très élevée
Matrice de transformation des entreprises selon les chantiers Lean déployés
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Chapitre 5
Lean & digital : l’accélérateur vers l’industrie 4.0
Exemple d’application le Batch Size One :
Fraunhofer IPT, un institut de recherche spécialisé dans les technologies de pro- cédés de production, a développé des systèmes qui sont capables de fabriquer des produits médicaux et personnalisés de manière rentable.
Qu’en est-il des autres préoccupations des industriels ?
La flexibilité des procédés et de l’outil industriel est l’une des premières préoccupations pour 45% des répondants.
Le Lean a démontré son efficacité à obtenir un pre- mier niveau de flexibilité des procédés industriels.
Par exemple, la méthode Single-Minute Exchange of Die (SMED) qui a pour but de réduire la taille des lots (ou séries), d’accroitre la rapidité du chan- gement de l’outil et de la flexibilité de la produc- tion, a démontré une réelle efficacité depuis son développement chez Toyota dans les an- nées 70. En effet, cette méthode permet d’analy- ser et d’optimi- ser les temps de changement des réglages ma- chines afin de limiter les temps d’arrêts de production. Ainsi, cette méthode permet d’ap- porter une meilleure flexibilité des procédés.
Un acteur vinicole français, utilise la méthode SMED. Dans le cadre d’une réorientation straté- gique, la société a cherché à adapter son outil in- dustriel de conditionnement pour permettre une plus grande capacité de mise en bouteille. Le Di- recteur Industriel de la société, témoigne : « A ce jour, le SMED nous a permis de réduire le temps total de changement de format entre 13 et 15 % du temps total de production »
De son côté, le digital ne manque pas de nouvelles solutions attrayantes pour donner des perspectives nouvelles aux industries. Sur la flexibilité des pro- cédés, le digital apporte un nouveau souffle et fait émerger différents outils.
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Le Batch Size One repose sur l’idée de faire des produits personnalisés de manière industrielle. Pour cela, de nombreuses machines se digitalisent et peuvent désormais en toute autonomie changer les réglages et réduire les temps de changement machine de manière quasi instantanée. Si le Batch Size One est un enjeu majeur pour l’industrie en général, il l’est d’autant plus pour l’industrie médi- cale et pharmaceutique. En effet, la fabrication de certains produits médicaux hautement personna- lisés (prothèses dentaires, exoprothèses…) n’est pas économiquement rentable.
Si la flexibilité des procé- dés reste une préoccupa- tion majeure, seulement 30% des répondants ont mis en place des ac- tions Lean pour l’amé- liorer. Le digital apporte un nouveau souffle à la transformation avec ses innovations (PLM, com- munication en temps réel, collecte des données), tout en s’appuyant sur la méthodologie Lean (Batch Size One/SMED, Visuel Management).
Selon l’étude de France Stratégie, grâce à la digita- lisation, 25% des métiers sont susceptibles d’être automatisés au cours des 20 prochaines années.
De ce fait, il y a une nécessité à la fois d’assimiler de nouveaux modes opératoires dans un nouvel environnement et de rechercher des tâches à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, la gestion, la formation et l’évolution des compétences demeurent plus que jamais un enjeu crucial pour l’industrie de de- main.
40% des répondants déclarent que la gestion et l’évolution des compétences est un sujet de pré-
occupation alors que seuls 33% des répondants déclarent avoir mis en place des actions Lean en ce sens.
dinateur, smartphone ou tablette. Ainsi, ce groupe international a transformé son arsenal de formation via le digital.
Si le Lean semble largement diffusé et acquis pour la majorité, encore un quart des répondants ne sont pas convaincus par le bénéfice de la meilleure écoute des besoins des clients.
Le Lean a standardisé et créé des référentiels de compétences. Il nécessite une montée en com- pétences des équipes opérationnelles afin d’appli- quer la méthodologie.
En ce sens, le digital peut jouer un rôle majeur en amenant la multiplication des méthodes d’appren- tissages (e-learnings, MOOC, plateformes internes de Knowledge Management…) afin d’accroître la rapidité et la capacité de formation des équipes opérationnelles.
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Selon l’étude, 78% des interrogés ont mis en place des projets de transformation digitale afin d’améliorer la communication et la coopération entre les salariés. De grands groupes digitalisent leurs formations au profit de leurs salariés. Un lea- der international dans les gaz industriels utilise de nouveaux outils numériques et digitalise ses sites de production en France. Il a recours à des lunettes connectées et des logiciels spécifiques pour filmer et créer le tutoriel d’une intervention technique. Ce procédé est utilisé pour toutes sortes d’inter- ventions : dépannage, formation, vérification… Les équipes opérationnelles ont ensuite la possibilité d’accéder à ce contenu en ligne à partir de leu