Le management
op rationnel
4P A R T I E
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Produire
Vendre
Financer
Manager les ressources humaines
349
Le puzzle du management
CADRE DU MANAGEMENT ACTUEL
Environnement conomique,
technologique, social
Repr sentation
des organisations : th ories
des organisations
ORGANISATION
MANAGEMENT =
D CISIONS + ACTIONS
Management
organisationnel
Management
strat gique
Management
op rationnel
Structure
Acteurs
Diagnostic
Alternatives
Outils de gestion
D ploiement
Produire
Vendre
Financer
G rer les RH
MANAGER =
Pr voir, planifier, organiser, diriger, coordonner, animer,
informer, communiquer, valuer, piloter, contr ler
350
13 Produire
C H A P I T R E
Analyse manag riale
1. Quest-ce que produire et dans quel contexte ?
2. Il faut organiser la production
3. Il faut piloter la production
4. Il faut g rer la qualit et la maintenance
5. Il faut g rer les flux : la logistique
D finitions et concepts
Production (cid:127) Fonction de production (cid:127)
Syst mes de production (cid:127) Management
de la production (cid:127) Juste- -temps (cid:127)
Approvisionnement (cid:127) Stock (cid:127) Flux (cid:127)
Logistique (cid:127) Cha ne logistique (cid:127) Qualit (cid:127)
Maintenance (cid:127) ISO et Afnor
Outils et m thodes
Planification des besoins
en composant (PBC) (cid:127) M thode SMED (cid:127)
Pilotage par lamont (cid:127) Pilotage par laval :
syst me Kanban (cid:127) Diagramme de Pareto
(cid:127) Poka yoke : syst me anti-erreurs (cid:127)
Ishikawa : diagramme cause-effet (cid:127)
Cercles de qualit (cid:127) Analyse
de la valeur
La production a longtemps t consid r e comme la fonction primordiale au sein des entre-
prises : lessor, voire la domination des soci t s industrielles occidentales, sest fait gr ce
la ma trise technologique de la production dans des usines fabriquant des produits. Cette
fonction a sembl ensuite tre supplant e par la mercatique, puis les ressources humaines,
puis la finance (progressivement partir des ann es 50/60 en Europe).
Aujourdhui, avec des objectifs et des moyens diff rents, la production doit tre manag e
en lien avec la vente, les services, la finance et les ressources humaines, sous de nombreux
angles : quantit et qualit , stocks et flux.
351
analyse manag riale
1. Quest-ce que produire et dans quel contexte ?
Il est ais de rep rer l volution du contexte conomique pour d limiter la place de la
production d .
1.1 La p riode de gloire des producteurs (1920-1950)
La fonction de production d r pond une demande peu diff renci e manant de march s
non segment s, caract ris s par une p nurie relative de biens, du d but du si cle jusque vers
les ann es 50 (en Europe).
Les entrepreneurs cherchent d velopper la production de masse (en grande s rie)
pour profiter d conomies d chelle et b n ficier de leffet dexp rience (courbe
dapprentissage).
Il y a ainsi plusieurs syst mes de production.
Sur le plan de lorganisation du travail, cest le d veloppement du taylorisme marqu par
la sp cialisation grandissante des postes de travail, la s paration nette des fonctions dex -
cution et des fonctions de conception, la mise en place dindicateurs pour maximiser la
productivit du travail. Cette p riode s tend jusque vers la fin des ann es 50.
1.2 La production au second plan (1960-1980)
Dans les ann es 60-70, les gains de productivit obtenus dans la p riode pr c dente
accroissent le niveau de vie des individus (accroissement du pouvoir dachat par la baisse
relative des prix des biens produits). Cet accroissement du niveau de vie, combin des
ph nom nes sociologiques, se traduit par une demande accrue mais plus diversifi e, plus
personnalis e.
Pour r pondre cette demande, les producteurs doivent diversifier leur production : les
produits ont une dur e de vie plus r duite compte tenu de l volution de la demande ;
les producteurs doivent anticiper les volutions gr ce au marketing. Les concepts de cycle
de vie des produits et de portefeuille de produits deviennent des r f rences et poussent
linnovation pour b n ficier dun avantage comp titif. Le marketing scrute le march ,
la production suit sous le contr le de la finance gr ce aux outils (dont le contr le de
gestion) mis au point au cours de la p riode pr c dente.
Dans ce contexte, les conomies d chelle deviennent plus difficiles d gager et leffet
dexp rience joue plus rarement car la diversit de la demande conduit des micro-ca-
dences incompatibles avec lapprentissage qui suppose une assez forte r p titivit .
La r ponse la vari t de la demande par la diversit des mod les se fait au d triment des
effets dexp rience.
Au fur et mesure que la concurrence saccro t, la production conna t des probl mes de
productivit et ceci dautant plus que le personnel de production accepte de moins en moins
les conditions du travail tayloris es. Les dysfonctionnements, les contre-performances se
multiplient.
352
Produire c h a p i t r e
13
Progressivement, merge la n cessit d tre flexible. Or, la flexibilit de lappareil de production
sobtient principalement par :
des capacit s productives exc dentaires pour faire face des demandes ponctuelles lev es ; des
moyens de production peu sp cialis s, moins performants que ceux con us pour la production
en masse ;
du personnel polyvalent, plus co teux que la main-dSuvre sp cialis e non qualifi e utilis e
pour la production de masse.
Ces caract ristiques de la flexibilit vont lencontre des principes tayloristes dorganisation
1.3 Une nouvelle production depuis 1980
a) Les volutions du contexte conomique induisent un renouveau
de la production
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Louverture des march s et la diffusion des produits grande chelle, lexigence de qualit
exprim e par les consommateurs et les citoyens, la demande de produits diversifi s et de
services rapides associ s, conduit les entreprises devoir revoir les objectifs et les modes
de production pour faire merger des concepts fondateurs du renouveau de la production.
Il sagit de concilier ce qui tait inconciliable dans une logique taylorienne : les faibles co ts
et la polyvalence. Au-del des techniques, des m thodes particuli res, lorganisation des
processus de production est pr sent profond ment marqu e par :
la recherche de la flexibilit : il faut partir de la demande des clients pour bien les satis-
faire et adapter les produits et lorganisation aux volutions du march ; lentreprise le
fait en fonction de ses propres capacit s ou fait appel des partenaires ext rieurs plus
comp tents ; do le d veloppement des strat gies dalliance et de coop ration pour
obtenir rapidement des synergies ;
la recherche de la qualit : les produits, les services, les processus et toute lorgani-
sation doivent int grer cette dimension qualit , variable concurrentielle strat gique
aujourdhui ; les individus tous les chelons de la structure participent un processus
lent et progressif dam lioration permanente ;
la ma trise du temps : la r activit et les d lais courts sont des avantages concurren-
tiels importants pour les entreprises dans lenvironnement contemporain (notion de
chrono-comp tition , concurrence par les d lais) ; il faut donc g rer les proc dures
de travail, les produits, les processus, le partenariat industriel en cherchant minimiser
le temps.
Ces modifications sont bien s r rapprocher de la conception et de la mise en Suvre de la
strat gie globale de lentreprise.
b) La diffusion massive de l lectronique dans toutes les phases
de la production
Ainsi, une nouvelle logique de production merge, qui va tre rendue possible par lintro-
duction de technologies lectroniques puis du num rique dans toutes les phases de la
production :
" Technologies de production flexible : des automates programmables, la gestion de
production assist e par ordinateur, des robots de plus en plus intelligents permettent de
353
Dunod - Toute reproduction non autoris e est un d lit.13
Produire
concilier recherche de la productivit et processus de production adaptable en volume
et en vari t . Les processus de production ont t automatis s progressivement avec des
machines de plus en plus programmables, autonomes et intelligentes, dabord isol es puis
connect es entre elles, en passant du m canique au num rique.
Un automate nest quun ensemble de m canismes qui permet deffectuer une t che
pr cise, g n ralement extr mement r p titive, dans un environnement contr l . (1)
La Fabrication additive
La fabrication additive, ou fabrication par addition de mati re, correspond la r a-
lisation de pi ces fonctionnelles en petites et moyennes s ries gr ce au prototypage
rapide de limpression 3D.
Limprimante 3D convertit les signaux num riques de linformatique vers des structures
datomes dans le monde physique par addition de mati re.
Initialement, limprimante 3D servait la construction moindres co ts de prototypes
(d p t du premier brevet par le Fran ais Jean-Claude Andr en 1984 !).
Lindustrie de troisi me g n ration est n e avec la production de petites s ries r ali-
s es par de petites structures pour r pondre une demande personnalis e.
Elle soppose la logique de la deuxi me r volution industrielle qui raisonnait en
termes de production de masse et de cycle long des produits. Pour r pondre la
demande, les circuits de conception et de production sont fortement raccourcis gr ce
la technologie 3D.
La fabrication additive lib re de la contrainte des temps longs de transport par conte-
neurs venus dAsie et en cons quence de stocks devenus rapidement obsol tes. Elle
inspire donc des productions locales en r seaux qui permettent le rapprochement des
lieux de production des lieux de consommation.
exemples
"" Atol a pu r implanter dans le Jura une partie significative de sa production de montures gr ce la
num risation compl te de ses processus de production et de vente.
"" Dans son discours sur l tat de lUnion du 12 f vrier 2013, Barack Obama a plac limprimante 3D
au cSur de la strat gie de d veloppement industriel des tats-Unis car elle est consid r e comme un
levier de la relocalisation industrielle et donc de cr ation demplois aux tats-Unis.
" Avec le num rique, lusine r alise lautomatisation syst matique des processus.
Les derni res tendances technologiques depuis 2010 sont la connexion des machines entre
elles. Cest lindustrie 4.0.
Ce concept est apparu pour la premi re fois en 2011 la foire de Hanovre.
Lindustrie 4.0 ou Smart Production est un centre de production industrielle compos
dunit s flexibles, enti rement automatis es et totalement connect es.
Elle r alise tout, de la prise de commande la livraison, sans intervention humaine et en
interaction constante entre les machines et les produits et les machines elles-m mes. Loutil
de production a une capacit dautodiagnostic et permet un contr le distance.
Le consommateur final et les diff rents partenaires peuvent prendre une place dans le
processus et permettre la personnalisation des produits. Il devient possible de produire la
fois grande chelle et de fa on personnalis e.
(1) G. Babinet, L re num rique, un nouvel ge de lhumanit , Le Passeur diteur, 2014.
354
chapitreProduire c h a p i t r e
13
Le recueil des donn es produites par la cha ne de production permet de g n rer des simula-
tions de proc d s ou de tests afin de faciliter les r parations et la maintenance et de permettre
aux techniciens de se familiariser avec des outils de travail et des proc dures complexes.
Les outils technologiques n cessaires lindustrie 4.0 existent d j : capteurs, automates,
ERP (Enterprise Resource Planning), internet des objets (connexion entre les objets, cloud
computing)& En cons quence, lindustrie 4.0 ne sera pas une r volution en soi mais une
modification du mode de production.
Lindustrie 4.0 sera conome en nergie et mati res premi res gr ce un r seau de communication
et d changes instantan et permanent avec une coordination des besoins et des disponibilit s.
Bien que les machines soient quip es de moyens de t l diagnostics et de t l maintenance,
leur surveillance restera un enjeu capital. Moins de salari s seront n cessaires mais ils
seront plus qualifi s et b n ficieront dune formation ax e sur le pilotage op rationnel et la
maintenance pr dictive. De nouveaux m tiers et de nouvelles sp cialisations na tront avec
des comp tences transversales. Une collaboration sera indispensable entre les quipes de
m caniciens, dautomaticiens et dinformaticiens.
Les niveaux de productivit des machines sont devenus tellement lev s que cest dans le
travail amont et aval que se situent les emplois valeur ajout e.
Lindustrie de troisi me g n ration limine les emplois peu qualifi s mais r clame au
contraire une quantit consid rable de syst miciens, ding nieurs, de logisticiens, de
designers et de techniciens de maintenance.
Elle est particuli rement adapt e aux petites s ries de petits objets complexes (exemple : les
proth ses m dicales) et place au m me niveau de co ts les produits de masse et les produits
rares et sur mesure.
exemple
Sculpteo propose la personnalisation des coques diPhones sa client le.
Lindustrie de la 3e g n ration modifie lorganisation du syst me productif en substituant
le stockage de pi ces rares au stockage de fichiers num riques permettant de les produire
la demande.
1.4 Le management de la production aujourdhui
partir de la strat gie d finie par la direction de lentreprise (que produire ?), la mission
de la fonction de production est complexe car quatre objectifs interd pendants lui sont
assign s :
volume : combien fabriquer ?
qualit : comment fabriquer ? avec/par qui ? avec quoi ?
d lai : quand fabriquer ? et o fabriquer ?
co t : quel niveau de co t ? et donc avec quoi ? avec qui ? o et comment fabriquer ?
Linterd pendance et les contradictions de ces quatre objectifs rendent le management de
production particuli rement difficile r aliser.
Cette interd pendance des objectifs traduit le fait que la fonction de production assure
linterface op rationnelle des trois p les de lentreprise : production commercial
financier (la production incluant la technologie).
355
Dunod - Toute reproduction non autoris e est un d lit.13
Produire
Le management de la production g re des flux dinformations de provenances diverses
pour organiser les flux physiques de fabrication. Il doit organiser et piloter tous ces flux,
dans des espaces variables, avec des p riodes et des cycles diff rents et de plus en plus courts,
avec des contraintes de co t et de qualit , avec des acteurs aux comp tences multiples.
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2. Il faut organiser la production
Lorganisation de la production a beaucoup volu depuis les ann es 1980 avec les techno-
logies flexibles et linternationalisation des march s.
2.1 Lorganisation traditionnelle de la fonction et de la production
Dans lorganisation traditionnelle de la production fond e sur une r partition et une
ex cution pr cises des t ches dans un but productiviste, des services op rationnels (fabri-
cation, stockage, livraison) coexistent avec des services fonctionnels (approvisionnement,
tudes, m thodes, ordonnancement, qualit , contr le) plac s sous la responsabilit de la
direction de la production.
Lorganisation taylorienne dun site de production peut tre r sum e par quelques principes :
des machines sp cialis es de m me type regroup es par lot ;
des ouvriers sp cialis s attach s la m me machine ;
des stocks de pi ces d tach es chaque tape du processus de transformation ;
des longs trajets et des attentes entre chaque poste de travail ;
des longues s ries de production par machine pour obtenir des conomies d chelle des
contr les la fin dun processus de production.
Pour pallier les d fauts et les insuffisances techniques et organisationnelles de cette confi-
guration, les stocks constituent le param tre dajustement, tant en mati res premi res en
amont du processus, en en-cours durant le processus et en produit finis en aval du processus.
2.2 Lorganisation contemporaine de la fonction et de production
Les insuffisances de lorganisation taylorienne dans le contexte des ann es 80/90 ont conduit
a modifi les modes dorganisation de la production
a) Les limites de lorganisation taylorienne de la production
" Si un cloisonnement dans la r partition des t ches pr vaut dans lorganisation traditionnelle,
les tendances de lorganisation actuelle sont nettement la communication et louverture.
Lintroduction de linformatique tous les stades du processus de production a boulevers lorga-
nisation des services, car la communication en temps r el des outils de chaque service assure une
int gration pouss e (impact des TIC, technologies de linformation et de la communication).
exemple
Le bureau des m thodes, partir dun plan re u du bureau des tudes, peut modifier une gamme op -
ratoire et proc der la r alisation dun prototype en communiquant directement (et ventuellement
distance) les instructions de fabrication un automate programmable. On parle alors de CFAO,
conception et fabrication assist e par ordinateur.
" De plus, les insuffisances observ es dans lorganisation taylorienne ont conduit en
analyser les causes pour en modifier les principes.
356
chapitreProduire c h a p i t r e
13
En effet, si les stocks permettent la r gulation de la production (ou de ladaptation la
demande), ils ont conduit en fait masquer cinq handicaps majeurs de lorganisation
quil est pr f rable de r duire la base plut t que de les camoufler par un niveau de stock
important. Ces cinq handicaps sont :
les pannes de mat riels ;
les changements doutils trop longs mettre en Suvre ;
la mauvaise implantation des postes de travail ;
la non-ma trise de la qualit ;
les contraintes dues aux fournisseurs (d lais de livraison non respect s, etc.).
Shigeo Shingo(1) a repr sent de fa on tr s figurative ce probl me en assimilant le niveau de
stock un niveau deau qui cacherait cinq rochers :
LES CINQ FREINS MASQU S PAR LES STOCKS
k
c
o
t
s
e
d
u
a
e
v
i
N
Pannes
des
machines
Longs
changements
d'outils
Mauvaises
implantations
Qualit
non ma tris e
Contraintes
dues aux
fournisseurs
Repris de P. B ranger, Les nouvelles r gles de la production, Dunod, 1995.
Ces cinq obstacles (rochers) freinent le flux de production ; aussi, pour que l cou-
lement continue, les entreprises camouflent ces rochers en augmentant les stocks,
dans lorganisation taylorienne. Compte tenu du co t des stocks et des exigences de la
chrono- comp tition, il est pr f rable de sattaquer aux dysfonctionnements pour que les
flux ne soient pas interrompus. Ceci passe par des simplifications et des modifications
organisationnelles :
mise en place de proc dures de contr le et de gestion de la qualit ;
changement rapide doutils (cf. m thode SMED : single minute exchange of die) ;
meilleure participation des fournisseurs ;
nouvelles implantations des postes de travail ;
r duction et simplification des trajets.
Ces derniers l ments indiquent clairement que ce sont les flux quil faut sefforcer de faciliter.
(1) Cf. notamment page 38 dans S. Shingo, Ma trise de la production et m thode Kanban, ditions dOrganisation, 1983.
357
Dunod - Toute reproduction non autoris e est un d lit.
13
Produire
b) Organisation actuelle dun site de production
Depuis les ann es 90, les tendances organisationnelles de la production se concr tisent
par :
des machines polyvalentes plac es en fonction des tapes du processus de transformation
et qui changent rapidement de t che ;
des ouvriers polyvalents qui peuvent se d placer de machine en machine et qui prennent
en charge lentretien et la maintenance ;
des r ductions de temps de transports et de trajets entre les diff rentes tapes de
production ;
des contr les de qualit chaque tape de production, aussi bien dans lentreprise que
chez les fournisseurs ;
une circulation des informations rapide et permanente entre toutes les tapes ;
des productions en petits lots, plus diversifi s.
Ainsi, les services de maintenance, qualit , approvisionnement et logistique, deviennent les
services importants de la fonction de production.
2.3 Lorganisation de lapprovisionnement
Le passage dune organisation taylorienne cloisonn e fond e sur les stocks une organi-
sation plus flexible pour diminuer les stocks conduit manager avec plus de pr cisions les
flux, donc les approvisionnements et la logistique.
a) R le de lapprovisionnement
Le r le de la fonction dapprovisionnement peut tre d fini comme lobligation de fournir
mati res premi res et composants en qualit et quantit suffisantes, au moment voulu et au
co t le plus bas possible.
Fayol insistait d j sur limportance de bien acheter . La p riode faste des Trente
Glorieuses (1945-1975) avait privil gi la fonction vente, mais, la crise dune part et l vo-
lution des conditions de la concurrence dautre part, ont rappel que bien acheter peut tre
aussi important que bien produire et bien vendre. En effet, limportance de lapprovision-
nement d peut sappr hender trois stades :
sur le plan financier : la politique dapprovisionnement contribue la rentabilit de
lentreprise en minimisant les actifs immobilis s dans le stockage et la charge de tr so-
rerie que cela repr sente, et en maximisant la marge par diminution des co ts dachat
(toute chose gale par ailleurs) ;
sur le plan commercial : la fonction approvisionnement est largement garante de la
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qualit du produit final par la qualit des composants achet s, par labsence de rupture
dapprovisionnement qui vite les ruptures de production (sources de manque gagner,
dannulation de commandes, dindemnit s de retard, etc.) ;
sur le plan strat gique : la fonction approvisionnement participe largement la d marche
qualit , notamment en associant les fournisseurs cette d marche ; elle contribue la
comp titivit de lentreprise tant en termes de co ts quen termes de d lais ; elle assure
largement une fonction de veille tant commerciale que technologique en tudiant les
march s amont et en dialoguant avec les fournisseurs.
358
chapitreProduire c h a p i t r e
13
b) Politique dachat
Les d cisions op rationnelles dachat sont prises en coordination avec les services consom-
mateurs des composants achet s dans le cadre dune politique dachat d finie au niveau de
la direction g n rale.
En effet, la politique dachat consiste d finir une position sur trois questions fondamen-
tales :
faut-il acheter lext rieur ou produire soi-m me ?
faut-il faire appel un ou plusieurs fournisseurs ?
quelles relations entretenir avec les fournisseurs ?
Les r ponses ces questions ne sont pas les m mes pour tous les composants susceptibles
d tre achet s, voire ne sont pas les m mes pour tous les fournisseurs dun m me composant.
De plus, la politique dachat peut voluer sur le court terme en raison des fluctuations de la
demande, et sur le moyen terme en raison de r orientations strat giques.
c) Gestion des stocks et des flux
" Une fois lapprovisionnement effectu , il faut g rer les stocks. Pour ce faire des mod les
et des techniques ont t labor s d s les ann es 1950 (cf. Les techniques de gestion des
stocks , DCG 11 Contr le de gestion, Manuel et Applications, Dunod, 2016).
" Les flux physiques, devenus strat giques et se multipliant, tant lint rieur dune organi-
sation quentre organisations de plus en plus dispers es, sont pilot s de mani re en temps
r el gr ce aux syst mes dinformation reliant les entit s ; cest le champ de la logistique
d velopp dans le point 5.
3. Il faut piloter la production
Le pilotage de la production consiste assurer de fa on op rationnelle la combinaison des
facteurs de production pour r aliser les objectifs fix s la fonction de production (quantit ,
qualit , d lai, co t).
Le pilotage permanent de la production s labore sur deux axes :
la gestion des priorit s (quoi faire quel moment) ;
la gestion des capacit s : il faut d terminer en fonction des priorit s, quelle quantit de
main-dSuvre et quelle capacit mat rielle (machines, mati res, etc.) sont n cessaires
pour r aliser les objectifs.
De nombreuses d cisions strat giques et op rationnelles sont n cessaires dans le domaine
de production. Elles sinfluencent mutuellement et requi rent des traitements dinforma-
tions et des calculs pr liminaires importants.
Le tableau suivant synth tise les d cisions strat giques et les d cisions op rationnelles
de production, leur chronologie ainsi que les outils daide la d cision qui peuvent tre
employ s par les diff rents services de la fonction de production :
359
Dunod - Toute reproduction non autoris e est un d lit.13
Produire
Informations
Objectifs
strat gie
Structure
comp tente
D cisions stat giques de production
D cisions
de long terme
planification
budget
produit
capacit
taille
investissement
implantation
faire-faire
ou faire
D cisions
de court et
moyen terme
quelle d cision ?
Pr voir
quelle quantit ?
Organiser
comment ?
avec quoi ?
avec qui ?
Planifier
quand ? qui ?
quoi ? o ?
Piloter
que se passe-t-il ?
Contr ler
quelle qualit ?
D cisions op rationnelles de production
qui d cide ?
comment ?
direction de production
programme de production
bureau d tudes
bureau de m thodes
approvisionnement
nomenclature
gammes
stock
ordonnancement
ordonnancement
atelier
service qualit
PBC
MRP
PERT
planning
ordre de fab.
tiquettes
gestion flux logistique
sondage
normes
cercles qualit
Le probl me cl que doit r soudre la gestion de la production est celui de la concordance
entre la production et les ventes en volume, en qualit , en d lai. Lharmonisation produc-
tion-vente peut reposer sur lanticipation (planification) ou sur ladaptation (m thodes de
production du juste- -temps ).
Le pilotage taylorien tait fond sur la planification (par lamont), le nouveau pilotage apparu
dans les ann es 80 tait construit en r action la demande (par laval).
Dans les faits, des syst mes hybrides voient le jour.
3.1 Le pilotage par lamont : la planification moyen terme
Lorganisation traditionnelle de la production est li e aux pr visions faites sur la demande
finale.
partir de ces pr visions, une planification du travail, des ressources en mati res premi res,
en hommes et en machines est tablie conduisant ainsi une action coordonn e des services
de production en vue de constituer un stock pour satisfaire la demande pr vue.
Cest donc en amont de la fonction de production que se d cide et se d clenche la fabri-
cation do le terme de pilotage de la production par lamont.
360
chapitreProduire c h a p i t r e
13
Advertisement
Pour calculer les besoins en mati res premi res n cessaires pour r pondre aux pr vi-
sions, lentreprise peut utiliser la planification des besoins en composants (PBC) ou
Material Resources Planning, m thode souvent d sign e par ses initiales anglo-saxonnes :
MRP.
D passant dans ses derni res versions la stricte planification des besoins en composants,
le MRP est devenu le management des ressources de production (approche globale de la
gestion de production(1)). (Cf Outils et m thodes.)
3.2 Le pilotage de la production par laval : le juste- -temps
a) Les principes du JAT
Pour r pondre aux quatre objectifs de la gestion de production : volume, d lai, qualit ,
co t, le plus efficacement possible, la gestion de production en juste- -temps (JAT d , just
in time/JIT) ou en flux tendus a t mise en place au Japon durant la d cennie 70 avant de
se diffuser en Europe et aux tats-Unis.
La gestion de la production en flux tendus cherche produire pour satisfaire :
la demande juste au moment o elle se manifeste ;
dans la juste quantit et la juste qualit demand es.
Le principe est linverse de la planification fond e sur des pr visions de vente, sur un plan
directeur et une planification des besoins en composants. Cette d marche, lorigine
japonaise, veut au contraire r duire les co ts et les d lais en installant des proc dures de
production flux tendus, cest- -dire sans attente ni stock.
Le juste- -temps a t popularis par lun de ses slogans concernant les objectifs atteindre.
Il sagit des cinq z ros :
z ro stock : r duire les stocks par la production flux tendus ;
z ro d lai : r duire les d lais en produisant juste temps ;
z ro d faut : augmenter la qualit ;
z ro panne : assurer la fiabilit du processus pour ne pas avoir constituer de stocks ou ne pas
satisfaire la demande ;
z ro papier : r duire la bureaucratie en simplifiant les proc dures et les changes dinformation.
b) Les conditions organisationnelles pour la r ussite du JAT
Plusieurs modifications organisationnelles sont n cessaires pour mettre en place une
gestion de la production en juste temps :
la fiabilit des d lais de r ponse ;
la fiabilit des produits et des machines ;
la r duction de la taille des lots ;
la polyvalence des hommes et des machines ;
le changement rapide des types de fabrication (SMED ; cf. section 3 Outils et m thodes ) ;
(1) A. Courtois, M. Pillet, C. Martin, Gestion de production, ditions dOrganisation, 1989.
361
Dunod - Toute reproduction non autoris e est un d lit.13
Produire
un syst me de circulation des informations adapt pour d clencher la production
(syst me KANBAN, cf. section 3 Outils et m thodes ).
4. Il faut g rer la qualit et la maintenance
De param tre de gestion de la production, la qualit d est devenue un param tre de la
strat gie de lentreprise n cessitant une gestion ad hoc. Avec ce changement dapproche, la
maintenance a pris une importance consid rable pour assurer la qualit dans un contexte
concurrentiel marqu par la n cessit de ma triser le temps.
4.1 Le domaine et les enjeux de la qualit
N tant plus du seul ressort du producteur, la qualit est devenue une pr occupation univer-
selle pour sassurer davantages comp titifs, et, pour certaines entreprises, la qualit est un
outil de gestion, voire un l ment culturel, pour assurer la coh sion et la finalisation du travail.
La qualit nest pas une notion objective.
Cest D. Garvin(1) qui a donn la palette de d finitions la plus compl te pour embrasser
l volution historique et la diversit comportementale des individus et des firmes l gard
de la qualit .
" La d finition philosophique
La qualit est une cat gorie philosophique, non mesurable. Elle rel ve, tout comme la
beaut , la puret , dune exp rience personnelle non reproductible. Cette notion nint resse
pas le gestionnaire.
" La d finition centr e sur le produit
La qualit r sulte des caract ristiques intrins ques du produit. La qualit r sulte de la compo-
sition du produit. Cest lapproche traditionnelle (artisanale) de la qualit : un produit est
de meilleure qualit quand il inclut des meilleurs composants en termes de caract ristiques
physiques. Cette qualit se traduit par des co ts plus lev s.
" La d finition centr e sur le consommateur
La qualit , dans cette approche mercatique, est laptitude du produit satisfaire les attentes
du consommateur. Ce nest pas une notion objective universelle, cest une notion subjective
r sultant du rapport, de lad quation entre les caract ristiques du produit et les attentes du
public.
" La d finition centr e sur le producteur
La qualit se d finit comme le respect des normes, des standards d finis par le producteur.
Le produit est de bonne qualit quand il est dans la plage de variation tol r e autour des
valeurs standards.
" La d finition centr e sur la valeur
Il sagit dune approche effectuant un compromis entre lapproche mercatique et lapproche
du producteur. La qualit est le rapport entre la qualit et le co t du producteur et la qualit
(1) D. Garvin, What does Product Quality means ? , Sloan Management Review, automne 1984.
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chapitreProduire c h a p i t r e
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et le prix pour le consommateur. Un produit de qualit est celui qui r alise le compromis le
plus fort possible entre ce qui est satisfaisant un prix acceptable pour le consommateur et
ce qui est conforme un co t acceptable pour le producteur.
Suivant la phase de cycle de vie du produit et lintensit de la concurrence, la d finition la
plus appropri e pour conduire laction nest pas la m me.
La qualit est la capacit r pondre aux attentes du consommateur un co t et un prix,
tous les deux acceptables lun par lentreprise, lautre par le client.
La recherche de la qualit est devenue une pr occupation strat gique pour deux raisons
essentielles :
dune part, le co t de la non-qualit est consid rable. Ce co t englobe en effet les pertes
dues aux gaspillages r sultant des d fauts (mati re g ch e, co t du service apr s-vente,
des r parations, etc.) mais comprend aussi des co ts dopportunit (le client insatisfait
qui est perdu, etc.) et des co ts cach s (le co t du stock constitu pour compenser lexis-
tence de pi ces interm diaires d fectueuses, etc.) ;
dautre part, la qualit est un facteur de comp titivit en donnant lentreprise un
avantage concurrentiel qui permet de la distinguer de ses comp titeurs et constitue un
l ment fondamental de son image de marque.
4.2 La gestion de la qualit
Limportance des enjeux fait que la qualit ne peut pas tre consid r e comme une heureuse
retomb e du respect des proc dures de fabrication ou de conception.
La qualit doit tre g r e en tant que telle, cest- -dire quelle doit tre pens e (voulue et d cid e)
et pilot e (processus de transformation) pour d gager un r sultat.
Concr tement, lentreprise doit :
concentrer ses ressources sur un ensemble coh rent de param tres de la qualit valoris s
par un segment de march (qualit voulue et d cid e) ;
mobiliser les moyens n cessaires pour atteindre cette qualit et la contr ler (processus
ma triser) ;
respecter une contrainte conomique.
a) Le processus dam lioration
M me bien con ue d s lorigine, la qualit nest jamais d finitivement acquise. La qualit
doit tre con ue comme un processus dam lioration, cest- -dire comme un ensemble
dactivit s ayant pour but de faire progresser les r gles, les proc dures, les standards de
fabrication mais aussi de conception des produits.
Les plans dam lioration de la qualit mis en place dans les entreprises comportent en
g n ral trois axes :
technique : mettre en Suvre tous les moyens pour se rapprocher du z ro d faut et r duire
les sources de non-qualit pour les produits et les processus de fabrication ;
humain : exploiter, g rer les comp tences et les savoir-faire du personnel pour am liorer
leur participation et donc r duire les d fauts ;
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Produire
organisationnel : simplifier et am liorer lorganisation physique et intellectuelle du
travail de tous les postes.
Cette approche globale du contr le de la production montre que la qualit est affect e par
plusieurs facteurs interd pendants qui peuvent tre d sign s par les 7 M : Managemen...