L’emballage alimentaire et l’innovation écologique dans toutes leurs dimensions

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L’emballage alimentaire et l’innovation écologique dans toutes leurs dimensions

Food Packaging, Environmental Innovation, Economic Stakes, Public Health · notes

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Lemballage alimentaire et linnovation cologique dans

toutes leurs dimensions

Nathalie Gontard, Val rie Guillard, S bastien Gaucel, Carole Guillaume

To cite this version:

Nathalie Gontard, Val rie Guillard, S bastien Gaucel, Carole Guillaume. Lemballage alimentaire et

linnovation cologique dans toutes leurs dimensions.

Innovations Agronomiques, INRA, 2017, 58,

pp.1-9. <hal-01668195>

HAL Id: hal-01668195

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01668195

Submitted on 19 Dec 2017

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Innovations Agronomiques 58 (2017), 1-9

Lemballage alimentaire et linnovation cologique dans toutes leurs

dimensions

Gontard N.1, Guillard V.2, Gaucel S.1, Guillaume C.2

1 INRA UMR IATE, 2 Place Pierre Viala, F-34060 Montpellier

2 Universit Montpellier, UMR IATE, IUF, 2 Place Pierre Viala, F-34060 Montpellier

Correspondance : [email protected]

R sum

Au croisement dimportants enjeux conomiques, environnementaux et de sant publique, lemballage

alimentaire m rite aujourdhui une mobilisation de tous les acteurs pour faire voluer les mat riaux et

les technologies vers des solutions plus respectueuses la fois de lenvironnement et du

consommateur. Lemballage sest vu dot ces derni res ann es de fonctionnalit s actives et

intelligentes beaucoup plus tendues que celles dun emballage conventionnel pour am liorer la qualit

et la s curit de nos aliments et r duire les pertes et gaspillages. Parall lement, les pr occupations

croissantes li es la protection de lenvironnement, ont g n r dimportants efforts en termes de

r duction la source, de tri s lectif et de recyclage, ainsi que l mergence de nouveaux concepts

demballages de types bio-sourc s, renouvelables, biod gradables et/ou compostables. Il faut aussi

ajouter que cette volution importante du secteur des emballages alimentaires, a t jalonn e de

nombreuses crises sanitaires li es au transfert de substances ind sirables, qui ont g n r l laboration

de nouvelles approches de pr vention des risques. Les demandes du monde socio- conomique

sorientent aujourdhui vers lutilisation et la conception raisonn e demballages alimentaires capables

doffrir un bon compromis entre les exigences li s la qualit des aliments, la s curit du

consommateur, la comp titivit conomique des produits et la protection de lenvironnement.

Mots-cl s: Emballage, Aliment, Innovation, Biomat riaux actifs intelligents, Aide la d cision,

S curit

Abstract: Food packaging and environmental innovation at all relevant dimensions

Food packaging is a key actor of economic, environmental and public health stakes in the food field. All

stakeholders are now requested to take part of changing food packaging materials and technologies for

more sustainable solutions for both the environment and consumer health. Food packaging

functionalities are now extended beyond passive barrier properties toward active and intelligent

functions, with the aim to reduce food wastes and losses. Simultaneously, growing environmental

protection concerns is generating efforts to reduce raw materials use, increase collecting, sorting and

recycling as well as the emergency of new bio-packaging concept such as bio-sourced, renewable,

biodegradable and/or compostable packaging materials. Safety concerns are still present through the

migration of undesirable substances from the packaging toward the food and this permanently

generates new approaches for risk prevention. Stakeholders demands are currently clearly moving

toward the design and usage of sound and sustainable food packaging able to provide a good

compromise between food quality, consumer safety, economic competitiveness and environmental

protection.

Keywords: Packaging, Food, Innovation, Bio-materials, Active, Intelligent, Decision support, Safety

N. Gontard et al.

1. Les enjeux de linnovation dans lemballage alimentaire

Acteur dimportants enjeux conomiques, environnementaux et de sant publique, lemballage

alimentaire impose aujourdhui aux acteurs conomiques de faire voluer les mat riaux et les

technologies vers des solutions plus respectueuses la fois de lenvironnement et du consommateur.

Souvent consid r comme l l ment ind sirable associ laliment, lemballage en est pourtant lalli

indispensable et indissociable. Avant de communiquer, tracer, transporter, commercialiser, lemballage

a pour fonction primaire de prot ger et de stabiliser laliment. Quil soit plastique (le plus important en

volume produit), papier-carton (premier mat riau en valeur), verre, bois, m tal ou composite (m lange

de plusieurs mat riaux), lemballage est mis en Suvre, le plus souvent, la fin de la chaine de

production de laliment et fait partie int grante des technologies de conservation de laliment (Gontard,

2015). La fonction premi re de lemballage alimentaire est en effet de prot ger, transporter et stocker

ces denr es p rissables que sont nos aliments. Cette n cessit est apparue durant la deuxi me partie

du XXe si cle o lemballage t c l br par une intensification et une diversification consid rables de

ses formes et de ses utilisations. Deux prix Nobels ont t co-attribu s en 1963 dans le domaine de la

chimie des plastiques pour la d couverte de catalyseurs permettant la polym risation des poly thyl ne

et polypropyl ne qui sont aujourdhui couramment utilis s comme emballage alimentaire.

La production de plastiques a ainsi t multipli e par vingt entre 1964 et 2014 et devrait encore doubler

dans les 20 prochaines ann es. En r duisant les pertes des denr es alimentaires au cours des tapes

de distribution, stockage et commercialisation, ces mat riaux contribuaient ainsi d j dimportants

enjeux de s curit alimentaire. Lemballage d finit mat riellement autour de laliment une atmosph re

favorable la pr servation des qualit s gustatives, nutritionnelles et de la s curit sanitaire des

aliments. Laliment est ainsi pr serv dans une atmosph re labri des contaminations (poussi res,

micro-organismes, substances chimiques) et agents (oxyg ne) ext rieurs responsables de la

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d gradation acc l r e de leur qualit et s curit . Un r le essentiel et historique mais qui passe

aujourdhui malheureusement souvent inaper u aux yeux des consommateurs au profit des innovations

dans le domaine de lesth tique, de la facilit dutilisation, du marketing vert, voire du gadget

amusant (Guillard et Gontard, 2017).

Le sujet est pourtant tr s s rieux car lemballage, sans se d partir de son r le irrempla able de

conservation de laliment, est aujourdhui accus de contaminer laliment et de polluer lenvironnement

(Figure 1).

Les grands coupables d sign s sont les nombreux et complexes plastiques issus de la chimie du

p trole. Un des enjeux de la recherche en agro-alimentaire est indiscutablement le d veloppement

demballages faits fa on , cest dire con us pour mieux ma triser les r actions de d gradation

des aliments, tout en limitant lempreinte environnementale et limpact potentiel n gatif sur la sant du

consommateur (Figure 2).

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Innovations Agronomiques 58 (2017), 1-9

Lemballage alimentaire dans toutes ces dimensions

MAT RIAUX

USAGE

D CHETS

Mati res 1 re non renouvelables

Mati res 1 re alimentaires

Formulations complexes

Fabrication couteuse en nergie

Pertes et gaspillages

Emballage non adapt la

conservation de laliment

Migration et risques sanitaires

Accumulation dans les sols

(enfouissement), les oc ans

(7 me continent)

Biod gradation, collecte, tri,

recyclage insuffisants

Figure 1 : Les d fis relever pour lemballage alimentaire au d but du XXIe si cle

MAT RIAUX

USAGE

D CHETS

Mati res 1 re renouvelables et

non alimentaires, et proc d s de

fabrication peu couteux en

nergie

Propri t s adapt es la

conservation de la qualit et de

la s curit de laliment

D chets biod gradables ou

recyclables faible co t

conomique et environnemental

Figure 2 : Les attendus de linnovation en emballage alimentaire dans un contexte d conomie circulaire.

2. Des bioplastiques pour limiter lempreinte cologique des emballages

Alors que le march des emballages plastiques continue de progresser, les industriels recherchent de

nouvelles solutions dans la perspective de r duire leur empreinte environnementale non seulement en

substituant les ressources fossiles par des mati res renouvelables et non alimentaires, mais surtout en

cherchant limiter laccumulation de leurs d chets dans notre environnement. Dans ce contexte de

transition, les mati res plastiques biod gradables ou recycl es ainsi que les mat riaux bio-sourc s

issus de ressources renouvelables trouvent tout leur int r t et font lobjet de nombreuses recherches et

d veloppements.

Innovations Agronomiques 58 (2017), 1-9

3

2(cid:9)MAT RIAUX(cid:9)Food(cid:9)losses(cid:9)D CHETS(cid:9)Ma res(cid:9)premi res(cid:9)renouvelables(cid:9)et(cid:9)non-alimentaires,(cid:9)et(cid:9)proc d (cid:9)de(cid:9)fabricaon(cid:9)peu(cid:9)couteux(cid:9)en(cid:9) nergie(cid:9)Propri t s(cid:9)adapt es(cid:9) (cid:9)la(cid:9)conservaon(cid:9)de(cid:9)la(cid:9)qualit (cid:9)et(cid:9)de(cid:9)la(cid:9)s curit (cid:9)de(cid:9)laliment(cid:9)Emballage (cid:13)Durable(cid:13)Actif et Intelligent(cid:13)D chets(cid:9)biod gradables(cid:9)ou(cid:9)recyclables(cid:9) (cid:9)faible(cid:9)co t(cid:9) conomique,(cid:9)environnemental(cid:9)USAGE(cid:9)1Ma res(cid:9)1 re(cid:9)non(cid:9)renouvelables(cid:9)Ma res(cid:9)1 re(cid:9)alimentaires(cid:9)Formulaons(cid:9)complexes(cid:9)Fabricaon(cid:9)couteuse(cid:9)en(cid:9) nergie(cid:9)Pertes(cid:9)et(cid:9)gaspillages(cid:9)Emballage(cid:9)non(cid:9)adapt (cid:9) (cid:9)la(cid:9)conservaon(cid:9)de(cid:9)laliment(cid:9)Migraon(cid:9)et(cid:9)risques(cid:9)sanitaires(cid:9)(cid:9)Accumulaon(cid:9)dans(cid:9)les(cid:9)sols(cid:9)(enfouissement),(cid:9)les(cid:9)oc ans(cid:9)(7 me(cid:9)connent)(cid:9)Biod gradaon,(cid:9)collecte,(cid:9)tri,(cid:9)recyclage(cid:9)insuffisants(cid:9)MAT RIAUX(cid:9)D CHETS(cid:9)USAGE(cid:9)

N. Gontard et al.

Tout au long de leur cycle de vie, les mat riaux demballage consomment des ressources et de

l' nergie en majorit non-renouvelables. Ils g n rent des missions de polluants atmosph riques et de

d chets dans les sols, les oc ans et les eaux douces. Actuellement plus de 90 % des plastiques tous

secteurs confondus (pas seulement lemballage) sont issus de ressources fossiles. 6 % de la production

p troli re mondiale est d di e cette production, soit l quivalent de la consommation mondiale du

secteur a ronautique. Si la progression du plastique continue sur sa lanc e, en 2050, le secteur

repr sentera 20 % de la consommation mondiale de ressources fossiles et 15 % de notre budget

carbone annuel, en se basant sur un sc nario de r chauffement climatique se limitant 2 C

lhorizon 2050 (Ellen MacArthur Foundation, 2016).

Au niveau mondial, sur les 78 millions de tonnes demballages plastiques produits annuellement (valeur

ann e 2013), 32% sont dispers s de fa on incontr l e dans notre environnement et 40 % sont stock s

dans des stations denfouissement ce qui signifie que 72 % ne font pas lobjet dune r cup ration et ont

toutes les chances de finir, un jour, dispers s sur nos terres ou dans nos oc ans (Jambeck et al.,

2015). Un vortex de d chets plastiques dans loc an pacifique nord, encore appel 7 me continent,

s tend sur une superficie 6 fois plus grande que la France. Ces plastiques qui ont t synth tis s

massivement depuis une cinquantaine dann e mettront au moins 100 200 ans se d grader en

micro-plastiques puis en nanoparticules de plastiques. Une fois cette taille nanom trique atteinte, soit

approximativement dici la fin du XXIe si cle, les plastiques accumul s auront alors toutes les facilit s

pour se r pandre tr s largement et rapidement non seulement dans notre environnement mais aussi

dans tous les organismes vivants, y compris le n tre, avec des effets potentiellement redoutables tr s

mal valu s lheure actuelle (Brown et al., 2008). Sur les 28% qui sont r cup r s, 14% sont incin r s

et 14% seulement sont recycl s. Cependant sur ces 14 % qui sont recycl s, 4 % sont perdus au cours

du processus de recyclage et 8% sont recycl s en circuit ouvert, cest dire pour des applications

diff rentes par exemple pour faire un pull, un meuble ou un arrosoir, qui ne seront ensuite eux m me

plus recyclables. Finalement, ce sont seulement 2% des plastiques qui sont recycl s en circuit ferm ,

cest dire pour une utilisation similaire (Ellen MacArthur Foundation, 2016). Ce recyclage en circuit

ferm seffectue gr ce un proc d de d contamination thermique qui permet de pr venir tout risque

vis vis de la sant du consommateur (Barthelemy et al., 2014). Dautres approches de recyclage,

microbiologiques, enzymatiques ou encore chimiques sont actuellement l tude (projet Thanaplast).

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De fa on g n rale, les emballages plastiques sont loin d tre aussi bien recycl s que dautres

mat riaux demballage tels que lemballage en papier qui est recycl 58% et qui en plus est le plus

souvent parfaitement biod gradable, les emballages en fer et acier qui sont recycl s 70 et 90 %

respectivement ou encore les emballages en verre qui sont recycl s 75%. Ces deux derniers types de

mat riaux, lorsquils sont dispers s dans lenvironnement, se d gradent eux aussi tr s lentement mais

plus important, ils se d gradent selon un processus de dissolution en l ments chimiques

fondamentaux qui ne peuvent pas d s quilibrer fondamentalement les flux naturels de mati res

contrairement aux micro- ou nanoparticules de plastiques (Debure, 2012).

Des efforts consid rables sont r alis s depuis les ann es 2000 pour encourager la minimisation des

ressources (emballages plus l gers, r duits au juste n cessaire ) et le recyclage sous la forme de

mat riaux d contamin s (recyclage m canique des bouteilles en PET recycl ), de compost fertilisant

(des emballages biod gradables qui sont biod grad s avec les d chets organiques sans tri, ni

traitement sp cifique) ou encore d nergie (incin ration de plastiques non biod gradables ou digestion

ana robie de mat riaux biod gradables).

La production de mat riaux plastiques bio-sourc s (bio-PE, bio-PET etc.) est aujourdhui en pleine

expansion mais soul ve de vives controverses sur lutilisation de terres agricoles pour l laboration de

produits non-alimentaires destination des pays les plus riches. Et les probl mes dimpact

environnemental li s la gestion de leurs d chets restent les m mes quavec les plastiques

p trochimiques.

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Lemballage alimentaire dans toutes ces dimensions

Les mat riaux biod gradables (amidon, polyhydroxyalcanoates, acide polylactique etc.) sont eux aussi

en pleine expansion car ils ouvrent de nouvelles options de fin de vie comme la biod gradabilit , la

compostabilit ou encore la digestion ana robie. Cependant seule la biod gradabilit en conditions

naturelles, permet de r soudre les probl mes li s laccumulation des d chets dans notre

environnement. Et lorsquils sont bio-sourc s, ils soul vent les m mes inqui tudes de comp tition sur

lutilisation des ressources alimentaires. Les innovations dans le domaine des bio-emballages

saccompagnent de besoins en termes de normes et de labellisation. La norme de biod gradabilit , par

exemple, est d finie aujourdhui en condition industrielle, c'est- -dire que la d gradation se fait quand le

d chet est chauff une certaine temp rature et dans des conditions que l'on ne trouve pas dans la

nature. De nombreux produits sont consid r s comme biod gradables selon la norme, mais dans des

conditions naturelles, ils ne se d graderont gu re mieux que les autres. Autre exemple, un produit

tiquett bio-sourc selon la norme actuelle, doit tre constitu dau moins 30% de mati res premi res

renouvelables et peut ainsi tre fabriqu majoritairement avec des mat riaux fossiles.

Depuis une vingtaine dann es, de nombreux plastiques bio-sourc s et/ou biod gradables ont t

introduits sur le march des mat riaux demballage dans lobjectif principal d tre substitu s aux

plastiques dorigine p trochimique (http://www.succipack.eu). La substitution des mat riaux dorigine

p trochimique par des mat riaux biod gradables et issus de ressources non seulement renouvelables

mais aussi non alimentaires, par exemple les r sidus des industries agro-alimentaires, constitue un d fi

tentent de relever

la recherche agro-alimentaire que certains chercheurs

tr s attendu de

(www.ecobiocap.eu, www.noaw2020.eu). Les activit s de recherche et d veloppement portent

galement sur les b n fices environnementaux, la viabilit conomique, la gestion des probl mes

dordre thique et des impacts potentiels sur la qualit et la s curit des aliments emball s. Le principal

enjeu de la recherche et d veloppement se situe aujourdhui sur lam lioration de limpact

environnemental du syst me aliment emball dans son ensemble, non seulement en minimisant

limpact n gatif du mat riau demballage sur lenvironnement mais aussi en am liorant son r le positif

sur la r duction des pertes et gaspillages alimentaires qui impactent tr s fortement notre environnement

(Angellier et al., 2013).

3. Des emballages actifs et intelligents pour r duire les pertes et gaspillages

alimentaires

Lemballage permet de ma triser les transferts de vapeur deau, doxyg ne et/ou de gaz carbonique qui

conditionnent les vitesses des nombreuses r actions doxydation des constituants de laliment

(vitamines, acides gras essentiels, compos s dar me etc.), le d veloppement microbien ou encore les

r actions physiologiques de maturation des produits dits vivant (fruits et l gumes, produits

ferment s tels que les fromages etc.). Au cours de cette derni re d cennie, de nouvelles technologies

li es lextension des fonctions de lemballage se sont d velopp es, tels que les emballages actifs

(e.g. absorbeurs doxyg ne, emballages antimicrobiens etc.) et intelligents (e.g. indicateur de maturit ,

de bact ries pathog nes etc.) et dimportants enjeux de r duction des pertes et gaspillages des

aliments se jouent dans ce domaine. Ces emballages font dailleurs lobjet dune r glementation

Europ enne sp cifique (450/2009/EC) visant accompagner ces innovations sur le march Europ en

en toute s curit . Ce r glement tablit des exigences sp cifiques concernant lutilisation et lautorisation

de mat riaux et darticles intelligents et actifs, destin s entrer en contact avec des aliments. Il tablit

une liste l chelle de lUE de substances qui peuvent tre utilis es dans la fabrication de ces

mat riaux. Les emballages actifs sont d finis comme tant destin s prolonger la dur e de

conservation ou maintenir ou am liorer l tat de denr es alimentaires emball es. Ils sont con us de

fa on a comprendre d lib r ment des constituants qui lib rent ou absorbent des substances dans les

denr es alimentaires emball es ou dans lenvironnement des denr es alimentaires.

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N. Gontard et al.

Les emballages dits intelligent sont con us pour fournir a lutilisateur des informations sur l tat des

denr es alimentaires ou lenvironnement des denr es alimentaires qui conditionnent l volution de leur

qualit ou de leur s curit .

Lemballage actif peut ainsi permettre de modifier volontairement latmosph re interne de lemballage

pour am liorer la conservation des produits (Guillaume et al., 2008). Les absorbeurs doxyg ne base

de fer sont ainsi couramment utilis s pour r duire, sans additif ni traitement, les r actions doxydation

des vitamines ou acides gras essentiels. Ils retardent galement le d veloppement microbien et

permettent daugmenter significativement la dur e de vie sans ajout de conservateurs ou sans mise en

Suvre de traitements susceptibles dalt rer les qualit s gustatives ou nutritionnelles des aliments. De

nombreux autres emballages actifs sont aujourdhui commercialis s tels que des absorbeurs dhumidit

pour la conservation des produits sensibles lhumidit ou d thyl ne pour la conservation des fruits

climact riques. Par leur r le actif sur la conservation des produits alimentaires, ces solutions

demballages permettent danticiper des retomb es tr s positives, li es la r duction des pertes et

gaspillage alimentaire. Selon lAdeme, sur les 29 kg de nourriture jet s chaque ann e en moyenne par

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Fran ais, on compte 7 kg daliments encore emball s. Dimportants investissements en recherche sont

consacr s au d veloppement technique de ces nouveaux emballages depuis plus de dix ans. Les

recherches se tournent beaucoup plus r cemment sur l valuation quantitative des retomb es positives

qui sont escompt es sur la r duction des pertes et gaspillages avec de nouveaux d fis strat giques et

m thodologiques relever (http://www.glofoods.inra.fr).

Un emballage intelligent d tecte et informe les diff rents acteurs de la cha ne, consommateurs inclus,

des caract ristiques des denr es alimentaires conditionn es ou de leur environnement dans l'objectif

de donner des informations sur la qualit des aliments, la s curit et l'histoire des produits pendant le

transport et le stockage. Ils contribueraient ainsi limiter les pertes li es aux marges de s curit

sanitaire appliqu es aux dates limites de consommation et la mauvaise interpr tation de ces dates.

l' chelle mondiale, on estime que les inexactitudes et la mauvaise compr hension par le consommateur

des informations de date limite de consommation causent plus de 20 % des pertes vitables de

nourriture encore comestible (selon l' tude pr paratoire sur les d chets alimentaires dans l'UE 27,

rapport de la CE en 2010). Ces emballages intelligents peuvent alors d tecter la pr sence de bact ries

pathog nes ou informer sur l tat de maturit dun fruit sans avoir le toucher ou le sentir. Ils peuvent

tre directs et d tecter des marqueurs de la qualit de laliment ou indirects et donner des

informations sur les conditions de conservation de laliment comme la temp rature et la dur e de

conservation, qui sont alors convertis en qualit probable.. Ces emballages permettraient ainsi de

r duire la fr quence des accidents sanitaires quune DLC ne peut pas anticiper lorsque les conditions

usuelles de conservation ne sont pas respect es.

Des retomb es importantes sont attendues dans le domaine de la RFID (de langlais radio frequency

identification) (Bibi et al., 2016) qui permet dimaginer un futur o laliment emball sera connect avec

notre t l phone ou notre r frig rateur pour nous signaler les denr es consommer en priorit selon

leur tat de fraicheur en temps r el (http://nextgenpack.eu).

4. Des approches pr ventives pour ma triser les risques sanitaires

Lemballage est une des principales sources de contamination de laliment au c t des produits

phytosanitaires utilis s en agriculture (Guillard et Gontard, 2017). Le mat riau demballage reste en

effet suffisamment longtemps en contact avec laliment pour permettre la migration de certaines

substances contenues dans le mat riau demballage, et sp cialement celles de faible poids

mol culaire. Il peut en r sulter une exposition chronique faible dose difficile valuer qui n cessite de

mettre en place une d marche sp cifique d valuation des risques telle quelle est pratiqu e lEFSA

(Autorit Europ enne de S curit des Aliments).

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Innovations Agronomiques 58 (2017), 1-9

Lemballage alimentaire dans toutes ces dimensions

Le risque se mesure sur la base de limportance combin e des trois param tres suivants: (1) la

migration de la substance de lemballage vers laliment, (2) le niveau dexposition des diff rents types

de consommateurs cette substance via laliment (en sus des expositions par dautres sources et

autres voies, dermique et respiratoire) et (3) le niveau de toxicit de la substance. Les efforts actuels

pour pr venir les risques li s la migration ne doivent pas occulter le fait que lemballage constitue

l l ment essentiel de protection de laliment contre les risques sanitaires chimiques et microbiens

(pr vention des contaminations ext rieures, de d veloppements microbiens, tra age des produits

contamin s etc.). Parmi les substances incrimin es, figurent certains perturbateurs endocriniens

suspect s d tre introduits dans les aliments par le biais de lemballage. Il sagit de petites mol cules

pr sentes dans le plastique qui interf rent dans le bon fonctionnement de notre organisme.

Le dernier exemple en date concerne la crise li e au Bisphenol A ou BPA, pr sent dans certains

contenants, comme les biberons. Ces substances, n cessaires la mise en forme de nos mati res

plastiques et leur bonne r sistance, se retrouvent involontairement dans nos aliments apr s un

contact plus ou moins long avec lemballage. Elles pr sentent des effets potentiellement toxiques pour

lhomme apr s une exposition r guli re et long terme.

La r glementation europ enne prot ge le consommateur et impose aux fabricants demballages de

respecter des limites de migrations pour toutes les mol cules autoris es. Mais les d couvertes

r guli res dans le domaine imposent une mise jour permanente de la r glementation : ainsi, des

compos s et r sidus dencres dimpression des emballages, qui ne sont donc pas en contact direct

avec le produit, ont t r cemment retrouv es dans les aliments. Des outils et plateformes de

simulation num riques et des bases de donn es associ es sont actuellement d velopp es en libre

acc s pour mieux pr dire et anticiper les risques dans un contexte technique et l gislatif de complexit

croissante (http://www.agence-nationale-recherche.fr/?Projet=ANR-10-ALIA-0009).

5. Des outils daide la d cision pour sorienter vers des emballages durables

Ces mat riaux cologiques (bio-sourc s, biod gradables, actifs, intelligents..) doivent cependant

encore franchir un obstacle : simposer sur le march de lemballage en lieu et place des plastiques

conventionnels dorigine p trochimique. Dans cette optique, la recherche saffaire sur le d veloppement

doutils permettant lutilisateur de sorienter toute connaissance de cause vers des emballages

cologiques.

Actuellement, la conception et le choix de nouveaux emballages reposent sur une approche empirique

privil giant un ou deux aspects (ex. recyclabilit et propri t s barri re absolues ) au d triment de

beaucoup dautres tout aussi cruciaux (ex. aptitude la conservation, consommation d nergie,

disponibilit concurrentielle des mati res premi res, adaptabilit aux cha nes de conditionnement,

acceptabilit par les consommateurs etc.) et sans int gration aucune du syst me aliment/emballage

qui doit pourtant tre pris dans sa globalit et toute sa complexit . Il est par exemple indispensable

doptimiser les propri t s de transfert de mati re du mat riau en lien avec la ma trise des r actions de

d t rioration pouvant se produire dans laliment ou encore d valuer limpact environnemental sans se

limiter la biod gradabilit ou la recyclabilit de lemballage mais en prenant aussi en compte les gains

de dur e de vie de laliment, la consommation d nergie de lensemble de la fili re, les circuits de fin de

vie envisageables, les impacts tr s long terme etc. Cest la non-prise en compte de ce contexte multi-

crit res qui aujourdhui limite les impacts soci taux de nos innovations dans le domaine de lemballage

alimentaire. Il est donc n cessaire damorcer rapidement un changement dans notre approche int gr e

du syst me emballage/aliment de mani re consid rer de fa on syst mique son environnement, la

fili re de production et de prendre en compte les attentes des diff rents acteurs de la fili re, le contexte

socio- conomique et environnemental complexe et fluctuant.

Innovations Agronomiques 58 (2017), 1-9

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N. Gontard et al.

Les informations et donn es sont nombreuses, parfois contradictoires et constitu es de donn es

quantitatives (ex. perm abilit lO2, production de gaz effet de serre) et de donn es qualitatives (ex.

appr ciation des consommateurs). Le caract re h t rog ne des

informations disponibles est

Advertisement

aujourdhui abord sous langle de type ing nierie de la connaissance qui, long terme, a pour objectif

de d velopper un v ritable outil de recherche daide la conception, au dimensionnement et au choix

dun emballage alimentaire (Tamani et al., 2014).

6. Comment atteindre les impacts escompt s des emballages innovants

Lemballage sest vu dot ces derni res ann es de fonctionnalit s actives et intelligentes beaucoup plus

tendues que celles dun emballage conventionnel pour am liorer la qualit et la s curit de nos

aliments et r duire les pertes et gaspillages. Parall lement, les pr occupations croissantes li es la

protection de lenvironnement, ont g n r dimportants efforts en termes de r duction la source, de tri

s lectif et de recyclage, ainsi que l mergence de nouveaux concepts demballages de types bio-

sourc s, renouvelables, biod gradables et/ou compostables. Il faut aussi ajouter que cette volution

importante du secteur des emballages alimentaires, a t jalonn e de nombreuses crises sanitaires

li es au transfert de mati res ind sirables, qui ont g n r l laboration de nouvelles approches de

pr vention des risques.

Les demandes du monde socio- conomique sorientent aujourdhui vers lutilisation et la conception

raisonn e demballages alimentaires capables doffrir un bon compromis entre les exigences li s la

qualit des aliments, la s curit du consommateur, la comp titivit conomique des produits et la

protection de lenvironnement. Cette demande se situe dans un environnement scientifique et

technologique extr mement volutif dans le domaine de la mod lisation des syst mes complexes mais

aussi dans celui des mat riaux o , par exemple, les nanosciences et les nanotechnologies ouvrent

aujourdhui de nouvelles voies de compr hension, de ma trise et de conception de mat riaux

demballage alimentaire (Silvestre C., 2011).

Il est clair quune transition vers des approches extr mement novatrices est engag e dans le domaine

de la recherche et du d veloppement demballages durables et responsables. Mais les impacts

soci taux et conomiques escompt s de cette transition ne pourront tre effectifs que si les

gouvernements mettent en place des mesures incitatives et concert es l chelle europ enne en

faveur des emballages durables par exemple via un tiquetage permettant au consommateur de faire

un choix clair sur lempreinte cologique de lemballage (Figure 2) en termes de mat riaux (origine

des mati res premi res et proc d s de synth se), de r duction des pertes et gaspillages alimentaire

(fonction dusage) et de gestion des d chets (option de fin de vie).

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