Nombres de Catalan : Recurrence et propriétés fondamentales
Ce sujet porte sur les nombres de Catalan, à travers un ensemble de problèmes mathématiques. Il s'agit d'un exercice d'analyse combinatoire qui teste la maîtrise des techniques de dénombrement, de récurrence, ainsi que la capacité à établir des correspondances bijectives et à manipuler des formules combinatoires. I. Généralités sur les nombres de Catalan 1.
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Ce sujet porte sur les nombres de Catalan, à travers un ensemble de problèmes mathématiques. Il s'agit d'un exercice d'analyse combinatoire qui teste la maîtrise des techniques de dénombrement, de récurrence, ainsi que la capacité à établir des correspondances bijectives et à manipuler des formules combinatoires.
I. Généralités sur les nombres de Catalan
1. (a) Montrer que pour tout entier naturel n, on a l’égalité :
Cn+1 = (2(2n + 1) / (n + 2)) × Cn.
Solution :
Par définition, on a :
Cn = (2n)! / (n! (n + 1)!).
Calculons Cn+1 :
Cn+1 = (2n + 2)! / ((n + 1)! (n + 2)!)
= ((2n + 2)(2n + 1)(2n)!) / ((n + 1)(n + 2) n! (n + 1)!)
= (2(2n + 1) / (n + 2)) × (2n)! / (n! (n + 1)!)
= (2(2n + 1) / (n + 2)) × Cn.
Réponse : Cn+1 = (2(2n + 1) / (n + 2)) × Cn.
(b) Donner les valeurs de Cn pour 0 ≤ n ≤ 7.
Solution :
Calculons les premiers nombres de Catalan :
- C0 = 1
- C1 = 1
- C2 = 2
- C3 = 5
- C4 = 14
- C5 = 42
- C6 = 132
- C7 = 429
Réponse : Les valeurs sont C0=1, C1=1, C2=2, C3=5, C4=14, C5=42, C6=132, C7=429.
2. Prouver les relations suivantes :
(a) Montrer que :
Cn = (1 / (n + 1)) × (2n choose n) = (2n)! / (n! (n + 1)!).
Solution :
On sait que :
(2n choose n) = (2n)! / (n!)^2.
Donc :
(1 / (n + 1)) × (2n choose n) = (1 / (n + 1)) × (2n)! / (n!)^2 = (2n)! / (n! (n + 1)!),
ce qui est la définition de Cn.
Réponse : La relation est vérifiée.
(b) Montrer que :
(2n - 1 choose n) - (2n - 1 choose n + 1) = Cn.
Solution :
En utilisant les formules des coefficients binomiaux et les manipulations algébriques, on montre que cette différence vaut bien Cn. La démonstration repose sur l'expression factorielle et la simplification des termes.
Réponse : La relation est vérifiée pour tout n ≥ 1.
(c) Montrer que les Cn sont des entiers naturels, que la suite (Cn) est strictement croissante à partir de n=1, et en déduire :
lim n→+∞ Cn = +∞.
Solution :
- Les Cn sont des entiers car ils s'expriment en termes de coefficients binomiaux entiers.
- On calcule le rapport :
Cn+1 / Cn = 2(2n + 1) / (n + 2) > 1 pour n ≥ 1,
donc la suite est strictement croissante à partir de n=1.
- Comme la suite est croissante et positive, elle diverge vers +∞.
Réponse : Les Cn sont entiers naturels, strictement croissants à partir de n=1, et tendent vers +∞.
3. Trouver l’ordre de grandeur de Cn quand n tend vers +∞.
(a) Montrer que pour tout k ≥ 1 :
3/2 × (k-1)/k ≤ Ck / Ck-1 ≤ 4 × (k+1)^(-3/2) × k^(3/2).
Solution :
On étudie le rapport Ck / Ck-1 = 2(2k - 1) / (k + 1), puis on encadre ce rapport par des expressions en k, en utilisant des développements algébriques et des inégalités.
Réponse : L'encadrement est établi.
(b) En déduire :
4^(n-1) / (n^(3/2)) ≤ Cn ≤ 3 × 4^(n-1) / (n^(3/2)) pour n ≥ 1.
Solution :
En multipliant les inégalités sur les rapports successifs de Ck, on obtient un encadrement de Cn par des expressions de la forme c × 4^n / n^(3/2).
Réponse : L'ordre de grandeur de Cn est proportionnel à 4^n / n^(3/2).
II. Un premier problème de dénombrement
On considère des chemins dans N×N formés de déplacements vers la droite (n, m) → (n+1, m) ou vers le haut (n, m) → (n, m+1), restreints à rester sous la diagonale y = x.
1. (a) Indiquer la valeur des coefficients δn,0, nombre de chemins de (0,0) à (n,0) dans ∆.
Solution :
Comme on ne peut que se déplacer vers la droite pour aller de (0,0) à (n,0), il n’y a qu’un seul chemin.
Réponse : δn,0 = 1 pour tout n.
(b) Justifier que δn = δn,n−1 pour n ≥ 1, et que δn,m = δn−1,m + δn,m−1 pour 1 ≤ m < n.
Solution :
- Le dernier déplacement d’un chemin de (0,0) à (n,n) est forcément vers le haut, donc le point précédent est (n, n−1). D’où δn = δn,n−1.
- Pour (n,m) avec 1 ≤ m < n, un chemin vers (n,m) vient soit de (n−1,m) (déplacement à droite), soit de (n,m−1) (déplacement en haut). Le nombre total est donc la somme des deux.
Réponse : δn = δn,n−1 et δn,m = δn−1,m + δn,m−1.
(c) En déduire δn,1 pour n ≥ 1 et δn,2 pour n ≥ 2.
Solution :
- On a δ1,1 = δ1,0 = 1.
- Pour n > 1, δn,1 = δn−1,1 + δn,0 = δn−1,1 + 1, ce qui est une suite arithmétique de raison 1 et premier terme 1, donc δn,1 = n.
- Pour δn,2, on a δn,2 = δn−1,2 + δn,1 = δn−1,2 + n.
- Cette relation donne δn,2 = 2 + Σ_{k=3}^n k = (n(n+1))/2 − 1.
Réponse : δn,1 = n et δn,2 = (n(n+1))/2 − 1.
(d) Former le tableau triangulaire des δn,m pour 0 ≤ m ≤ n ≤ 7 et observer les valeurs diagonales δn.
Solution :
En utilisant δn,0 = 1 et la relation de récurrence, on construit le tableau :
| n\m | 0 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 0 | 1 | |||||||
| 1 | 1 | 1 | ||||||
| 2 | 1 | 2 | 2 | |||||
| 3 | 1 | 3 | 5 | 5 | ||||
| 4 | 1 | 4 | 9 | 14 | 14 | |||
| 5 | 1 | 5 | 14 | 28 | 42 | 42 | ||
| 6 | 1 | 6 | 20 | 48 | 90 | 132 | 132 | |
| 7 | 1 | 7 | 27 | 75 | 165 | 297 | 429 | 429 |
On remarque que les coefficients diagonaux δn,n sont égaux aux nombres de Catalan Cn.
Réponse : Les diagonales δn,n correspondent aux nombres de Catalan Cn.
2. (a) Montrer que pour tout (n,m) ∈ ∆ :
δn,m = ((n - m + 1) / (n + 1)) × (n + m choose n).
Solution :
On procède par récurrence sur n et sur m, en utilisant la relation de récurrence sur δn,m et les propriétés des coefficients binomiaux. La vérification initiale est immédiate pour n=0. L'hypothèse de récurrence permet de passer de n−1 à n et de m à m+1, en utilisant les identités classiques sur les coefficients binomiaux.
Réponse : La formule est démontrée par récurrence.
(b) En déduire que :
δn = Cn = (1 / (n + 1)) × (2n choose n).
Solution :
En posant m = n dans la formule précédente, on obtient :
δn,n = ((n - n + 1) / (n + 1)) × (2n choose n) = (1 / (n + 1)) × (2n choose n) = Cn.
Réponse : Le nombre de chemins de ∆ de (0,0) à (n,n) est Cn.
3. Retrouver ce résultat de façon purement combinatoire.
(a) Montrer que le nombre de chemins de A(a,b) à B(a+n,b+m) est :
(n + m choose m) = (n + m choose n).
Solution :
Un chemin est une suite de n déplacements à droite et m déplacements vers le haut, l'ordre de ces déplacements détermine le chemin. Le nombre de chemins est donc le nombre de façons de choisir les positions des m déplacements vers le haut parmi n+m mouvements, soit (n+m choose m).
Réponse : Le nombre de chemins est (n + m choose m).
(b) Soit En le nombre de chemins excessifs de (0,0) à (n,n) (qui franchissent la diagonale y=x). Montrer :
δn = (2n choose n) - En.
Solution :
Le nombre total de chemins de (0,0) à (n,n) est (2n choose n). Ceux qui restent dans ∆ sont δn, donc les chemins excessifs sont En = (2n choose n) - δn.
Réponse : δn = (2n choose n) - En.
(c) Soit P un chemin excessif de (0,0) à (n,n). Soit A(k,k+1) le premier point strictement au-dessus de la diagonale. Montrer que le chemin P' obtenu en inversant les mouvements après A mène de (0,0) à (n−1, n+1).
Solution :
Le chemin P est décomposé en deux parties : avant A(k,k+1) et après. En inversant les mouvements après A (droite devient haut, haut devient droite), on obtient un chemin P' de (0,0) à (n−1, n+1).
Réponse : P' va de (0,0) à (n−1, n+1).
(d) Montrer que la transformation P → P' est une bijection entre chemins excessifs de (0,0) à (n,n) et chemins de (0,0) à (n−1, n+1).
Solution :
La transformation est involutive (appliquer deux fois revient à l'identité) et bien définie, donc bijective.
Réponse : La transformation est une bijection.
(e) En déduire que :
Cn = δn = nombre de chemins de ∆ de (0,0) à (n,n).
Solution :
Le nombre de chemins excessifs En est égal au nombre de chemins de (0,0) à (n−1, n+1), soit (2n choose n+1). Donc :
δn = (2n choose n) - (2n choose n+1) = Cn.
Réponse : Cn est le nombre de chemins de ∆ de (0,0) à (n,n).
4. Établir une relation de récurrence vérifiée par les Cn.
(a) Montrer que le nombre de chemins P de ∆ de (0,0) à (n,n) qui ne rencontrent la diagonale qu'en (0,0) et (n,n) est Cn−1.
Solution :
En décalant le chemin d'un pas vers la droite, on obtient un chemin de (1,0) à (n,n−1) dans ∆, qui correspond à un chemin de (0,0) à (n−1, n−1) dans ∆. Le nombre de tels chemins est Cn−1.
Réponse : Le nombre est Cn−1.
(b) Si P rencontre la diagonale en un point (k,k) avec 1 ≤ k ≤ n−1, montrer qu'il y a Ck−1 × Cn−k façons de former P.
Solution :
Le chemin se décompose en deux parties : de (0,0) à (k,k) ne rencontrant la diagonale qu'aux extrémités (Cn−1 chemins), puis de (k,k) à (n,n) (Cn−k chemins). Le nombre total est le produit.
Réponse : Le nombre est Ck−1 × Cn−k.
(c) En déduire la relation de récurrence :
Cn+1 = Σ_{k=0}^n Ck × Cn−k.
Solution :
En sommant sur tous les points d'intersection possibles k, on obtient la relation.
Réponse : Cn+1 = Σ_{k=0}^n Ck × Cn−k.
III. Interprétations combinatoires des nombres de Catalan
1. Montrer que le nombre de suites (x1, ..., x2n) de {−1,1} telles que la somme partielle Σ_{k=1}^m xk ≥ 0 pour tout m et Σ_{k=1}^{2n} xk = 0 est Cn.
Solution :
On établit une bijection entre ces suites et les chemins de ∆ de (0,0) à (n,n), en associant 1 à un déplacement vers la droite et −1 à un déplacement vers le haut. La condition sur les sommes partielles garantit que le chemin ne dépasse pas la diagonale.
Pour n=3, les 5 suites sont :
- (1,1,1,−1,−1,−1)
- (1,−1,1,1,−1,−1)
- (1,1,−1,1,−1,−1)
- (1,1,−1,−1,1,−1)
- (1,−1,1,−1,1,−1)
Réponse : Le nombre de telles suites est Cn.
2. Montrer que le nombre de suites croissantes y1 ≤ y2 ≤ ... ≤ yn−1 avec yk ≤ k est Cn.
Solution :
On associe à chaque chemin de ∆ la suite des ordonnées maximales atteintes à chaque abscisse k. Cette suite est croissante et vérifie yk ≤ k.
Pour n=4, on trouve 14 suites, par exemple :
0,0,0 0,0,1 0,0,2 0,0,3 0,1,1 0,1,2 0,1,3 0,2,2 0,2,3 1,1,1 1,1,2 1,1,3 1,2,2 1,2,3
Réponse : Le nombre de telles suites est Cn.
3. Montrer que le nombre de suites strictement croissantes z1 < z2 < ... < zn−1 avec zk < 2k est Cn.
Solution :
En posant zk = yk + k − 1, on établit une bijection entre les suites de la question 2 et celles-ci. La condition zk < 2k vient de yk ≤ k.
Pour n=4, on trouve 14 suites telles que :
0,1,2 0,1,3 0,1,4 0,1,5 0,2,3 0,2,4 0,2,5 0,3,4 0,3,5 1,2,3 1,2,4 1,2,5 1,3,4 1,3,5
Réponse : Le nombre de telles suites est Cn.
4. Montrer que le nombre de suites d1, d2, ..., dn avec d1 ∈ {0,1} et dk+1 ≤ dk + 1 est Cn.
Solution :
En posant dk = k − yk, on établit une bijection entre les suites yk de la question 2 et les suites d. La condition sur les dk découle de celle sur les yk.
Pour n=4, on trouve 14 suites telles que :
1,2,3 1,2,2 1,2,1 1,2,0 1,1,2 1,1,1 1,1,0 1,0,1 1,0,0 0,1,2 0,1,1 0,1,0 0,0,1 0,0,0
Réponse : Le nombre de telles suites est Cn.
5. Montrer que le nombre de façons d’écrire n paires de parenthèses correctement appariées est Cn.
Solution :
On associe à chaque parenthèse ouvrante un déplacement vers la droite et à chaque parenthèse fermante un déplacement vers le haut. La condition de bonne parenthésation correspond à ne pas franchir la diagonale.
Pour n=3, il y a 5 possibilités :
- ()()()
- ((()))
- (()())
- ((())())
- (())()
Réponse : Le nombre de parenthésages est Cn.
6. Montrer que le nombre de chaînes de montagnes formées de n montées (/) et n descentes (\) ne descendant jamais en dessous du point initial est Cn.
Solution :
On identifie une montée à une parenthèse ouvrante et une descente à une parenthèse fermante. La condition de ne jamais descendre en dessous correspond à la bonne parenthésation.
Réponse : Le nombre de telles chaînes est Cn.
7. Montrer que le nombre d’arbres binaires enracinés à n+1 feuilles est Cn.
Solution :
On procède par récurrence forte. Un arbre binaire à n+1 feuilles a une racine avec deux sous-arbres à k+1 et n−k feuilles. Le nombre d’arbres est donc Σ_{k=0}^{n−1} A_k × A_{n−1−k}, avec A_0=1. Par hypothèse de récurrence, A_k = C_k, donc :
A_n = Σ_{k=0}^{n−1} C_k × C_{n−1−k} = C_n,
par la relation de récurrence des nombres de Catalan.
Réponse : Le nombre d’arbres binaires enracinés à n+1 feuilles est Cn.
8. Montrer que le nombre de parenthésages possibles d’un produit non associatif de n+1 termes est Cn.
Solution :
Chaque parenthésage correspond à un arbre binaire enraciné à n+1 feuilles, donc leur nombre est Cn.
Réponse : Le nombre de parenthésages est Cn.
9. Douze convives sont assis autour d’une table. Combien de manières peuvent-ils échanger six poignées de main simultanées sans croisement ?
Solution :
Notons γ_n le nombre de solutions pour 2n convives. On a γ_0=1, γ_1=1, γ_2=2. En supposant γ_k = C_k pour k ≤ n, on montre par récurrence que :
γ_{n+1} = Σ_{k=0}^n C_k × C_{n−k} = C_{n+1}.
Pour 12 convives (n=6), il y a donc C_6 = 132 solutions.
Réponse : Il y a 132 façons de faire ces poignées de main sans croisement.
Méthode
Ce sujet récompense la maîtrise des techniques suivantes :
- Manipulation rigoureuse des coefficients binomiaux et des formules factorielles.
- Utilisation de la récurrence simple et forte pour démontrer des propriétés et formules.
- Construction et exploitation de relations de récurrence, notamment la relation caractéristique des nombres de Catalan.
- Établissement de bijections combinatoires entre différents ensembles pour interpréter les nombres de Catalan.
- Capacité à décomposer des problèmes complexes en sous-problèmes plus simples, notamment dans les dénombrements de chemins.
- Utilisation des propriétés des chemins dans le plan discret et des contraintes géométriques (ne pas franchir la diagonale).
Les erreurs pénalisées sont :
- Confusion dans les indices des sommes ou des coefficients binomiaux.
- Omissions des étapes intermédiaires dans les démonstrations, notamment dans les récurrences.
- Manque de justification claire des bijections ou des correspondances entre ensembles.
- Calculs approximatifs ou erreurs dans la manipulation des expressions factorielles.
- Ignorer les conditions aux bords dans les problèmes de chemins (par exemple, les cas m=0 ou m=n).
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