Christian PUREN : « Bien préparer et réussir sa soutenance orale »
Christian PUREN
www.christianpuren.com
Cours « Méthodologie de la recherche en Didactique des langues- cultures »
Chapitre 7 : « Bien préparer et réussir sa soutenance orale »,
http://www.christianpuren.com/cours-méthodologie-de-la-recherche-en-dlc/chapitre-7-bien-
préparer-et-réussir-sa-soutenance-orale/
BIEN PRÉPARER ET RÉUSSIR SA SOUTENANCE ORALE
Avertissement
Les conseils que je donne ci-dessous sont ceux que je donnais pour ma part à mes doctorants.
Les attentes et les exigences quant aux soutenances des thèses sont très variables d’un pays à
l’autre, d’une université à l’autre, d’un laboratoire à l’autre… et parfois même d’un directeur à
l’autre. Mes conseils, par exemple, prennent en compte le fait que pour les thèses, en France, le
directeur de thèse fait partie du jury, alors que dans certains pays ce n’est pas le cas (il assiste
seulement à la soutenance, comme le reste du public) ; ou encore le fait qu’en France
l’autorisation de soutenance est donnée par le Président de l’université au vu de deux rapports
positifs (appelés souvent « pré-rapports », pour les distinguer du rapport de soutenance) établis
quelques semaines avant la date prévue pour la soutenance par deux « (pré-)rapporteurs », pré-
rapports qui sont communiqués au candidat avant la soutenance. Ces deux (pré-)rapporteurs font
généralement partie ensuite du jury de soutenance, mais ce n’est pas toujours le cas.
Il vous revient de voir aussi ce qui dans mes conseils est valable ou pas pour les soutenances de
mémoire de master telles qu’elles sont prévues dans votre université.
Il ne faut donc considérer les différents conseils que je donne ci-dessous que comme un pense-
bête pour toutes les questions que vous devrez poser à votre directeur de recherche pour qu’il
vous précise les attentes, demandes et exigences que l’on aura envers vous pendant votre
soutenance orale. Dans certaines universités, il existe un texte officiel avec des directives
concernant les soutenances : il est indispensable, dans ce cas, de le connaître avant l’échange que
vous devrez de toutes manières avoir avec votre directeur pour « mettre au point » avec lui votre
soutenance. Demandez-lui en particulier s’il vous sera possible ou pas de lire votre exposé
préparé par écrit : ce n’est pas ce qui est attendu en France, par exemple, où une improvisation
de votre discours à partir de simples notes sera interprétée positivement comme le signe d’une
meilleure maîtrise de votre sujet, et d’une meilleure compétence… didactique : c’est votre image
non seulement de chercheur, mais aussi d’enseignant, qui est en jeu dans cette soutenance !
1. Après une courte intervention initiale du président du jury où il annoncera l’objet de la réunion,
présentera les différents membres du jury et donnera quelques informations sur le déroulement
de la séance, il vous donnera la parole pour un exposé oral de votre travail, d’une durée qui est
généralement fixée entre 20 et 30 minutes, et qu’en principe les membres du jury vous laisseront
terminer sans vous interrompre. Cet exposé oral est très important, l’évaluation finale que
donnera le jury ne portant pas sur votre seul travail écrit, mais sur l’ensemble travail écrit +
exposé oral + échanges entre vous et les membres du jury. Certains travaux moyens
donnent lieu malgré tout à une bonne évaluation parce que l’exposé et les échanges ont été jugés
très satisfaisants. C’est en particulier le cas lorsque le candidat se montre capable de
s’autoévaluer et de réagir aux critiques du jury de manière très pertinente (je reviendrai sur cette
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question au point 6). À l’inverse, de bonnes thèses n’obtiennent pas la mention que mériterait le
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travail écrit parce que le jury a jugé la soutenance décevante.
2. Lors de toute la soutenance, et donc d’abord pendant votre exposé, vous devez considérer
votre travail comme un objet déjà réalisé, extérieur à vous-même, et sur lequel par conséquent
vous êtes déjà en mesure de porter un regard et tenir un discours distanciés. C’est un point très
important : il ne s’agit pas du tout dans votre exposé de présenter à nouveau oralement une
recherche déjà présentée par écrit, et que les membres du jury ont lue, et c’est pourquoi, lors de
cet exposé, il faut absolument éviter d’en faire un résumé oral systématique reprenant
dans l’ordre les différentes parties du texte écrit ; et bien sûr éviter tout autant de
reprendre la chronologie de votre démarche de recherche. C’est la raison pour laquelle j’ai préféré
parler ici d’ « exposé oral » et non de « présentation orale », comme on le dit parfois.
3. On attend de vous que vous montriez que vous avez lu les deux pré-rapports écrits, et que
vous en teniez compte dans votre exposé oral (sans les citer expressément) en réagissant à
certaines remarques et/ou critiques qui vous y ont été faites. Il faut malgré tout éviter de donner
l’impression que vous considérez ainsi que vous répondez définitivement à ces remarques et/ou
critiques : il est possible, en effet, que les (pré-)rapporteurs veuillent les reprendre dans leur
intervention orale pour les préciser et/ou en faire l’occasion d’un échange avec vous. Il est
prudent sur ce point de demander l’avis de votre directeur, qui lui aussi aura reçu et lu ces deux
(pré-)rapports quelques semaines avant la soutenance.
4. Il faut rentabiliser au mieux le temps de votre exposé oral. Cela suppose :
4.1. d’avoir très soigneusement préparé cet exposé, même s’il ne faudra pas lire un
texte entièrement rédigé ; venez par exemple avec des notes exhaustives et détaillées
mais écrites en style télégraphique, ce qui vous obligera au moins à en improviser la mise
en discours oral. Au besoin, rédigez entièrement à l’avance quelques phrases qui vous
paraissent importantes, mais faites en sorte de ne pas donner l’impression de les lire…
Résistez à l’envie de tout rédiger à l’avance, pour vous rassurer, parce que si vous êtes
anxieux à ce point, il vous sera ensuite très difficile de ne pas lire. Rédigez vos notes, et
simulez au besoin plusieurs fois à l’avance votre exposé oral, de manière à affiner ces
notes en fonction de vos difficultés. Cela vous permettra aussi de « calibrer » votre temps
de parole, de manière à ne pas le dépasser au moment de la vraie soutenance.
4.2. de tenir compte du fait que les membres du jury ont lu votre travail, et qu’il est donc
parfaitement inutile d’en refaire un résumé oral (je le répète, parce que c’est un point très
important) : la lecture constante de votre texte est l’un des rares cas, avec le dépassement de
votre temps de parole, où le président du jury pourra se permettre de vous interrompre au cours
de votre exposé.
5. De manière globale, on peut dire que votre exposé oral peut pratiquement se limiter aux
contenus de votre introduction et de votre conclusion générales – sans les reprendre tels quels,
bien entendu.
Je vous propose ci-dessous un « schéma-type » d’exposé, qui n’est pas à prendre comme un
modèle à respecter à tout prix, mais comme une illustration concrète des attentes possible du jury
en ce qui concerne les différents contenus à y aborder.
5.1. Rappelez votre thématique, expliquez pour quelles raisons vous l’avez choisie, et
quelle était votre problématique de départ.
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5.2. Indiquez éventuellement si ce sujet ou cette problématique a évolué en cours
d’élaboration de votre recherche, comment et pourquoi (c’est l’un des cas où vous pouvez faire
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brièvement référence au déroulement chronologique de votre recherche).
Sur les points 5.1 et 5.2 ci-dessus, vous devriez pouvoir réutiliser les idées exprimées dans
votre introduction écrite, puisque normalement vous les y avez déjà abordées.
5.3. Indiquez les principales difficultés que vous avez rencontrées au cours de votre
recherche et de la rédaction de votre travail, comment vous les avez résolues, en quoi vos
expériences, vos lectures, vos échanges avec d’autres (dont éventuellement votre Directeur, ça
ne peut que lui faire plaisir !…) vous ont apporté une aide.
5.4. Donnez une synthèse des résultats auxquels vous avez abouti : réponses données aux
questions de recherche initiales ; hypothèses validées ou invalidées, ou validées partiellement ;
connaissances et leçons que vous avez tirées de votre expérience,… Ce qui va être évalué, c’est
une recherche : le meilleur moyen de la valoriser, c’est de dire ce que vous avez trouvé !
5.5. Autoévaluez votre travail, en présentant franchement les aspects qui vous paraissent
négatifs ou insuffisants, que ce soit en termes de « matière première » (votre expérience, vos
lectures, vos échanges,…), en termes de processus d’élaboration (la manière dont vous l’avez
conçu, élaboré, rédigé), ou encore en termes de « produit fini » (votre texte écrit). Mais en faisant
valoir tout aussi franchement les aspects qui vous paraissent positifs. Cette partie de votre exposé
peut se résumer dans toutes les réponses que vous pourriez donner à la question : « Et si c’était à
refaire ? »…
5.6. Vous pouvez enfin parler des approfondissements ou des prolongements qui vous
paraîtraient utiles par rapport à la thématique de recherche que vous avez traitée et au travail
que vous avez réalisé, ou encore des autres thématiques que vous voudriez maintenant aborder.
Il est fréquent, en particulier, qu’une recherche fasse émerger de nouvelles hypothèses qui
demanderaient de nouvelles recherches.
Une conclusion en effet ne doit pas s’achever sur une fermeture, mais sur une ouverture :
cette vieille règle de rhétorique coïncide avec la philosophie de tout travail universitaire : en
définitive, l’enjeu essentiel de votre exposé et de vos échanges oraux est de parvenir à persuader
votre jury que vous allez continuer à vous maintenir pour la suite de votre carrière dans l’attitude
à laquelle on vous a demandé de vous former au moyen de votre recherche : celle d’une
préoccupation constante pour l’observation, l’analyse et l’amélioration constantes de vos pratiques
et de vos connaissances en vous servant non seulement de votre expérience personnelle, mais
aussi de toutes les ressources extérieures disponibles.
Sur ces points 5.4 à 5.6 ci-dessus, vous devriez pouvoir réutiliser les idées exprimées dans votre
conclusion écrite, puisque normalement vous les y avez déjà abordées.
6. À la fin de votre prise de parole, les différents membres du jury vous feront tour à tour, chacun
pendant 20 à 30 minutes eux-aussi, des remarques (positives et/ou négatives), vous
demanderont des éclaircissements, des précisions ou des développements, qui pourront porter
tout autant sur votre travail écrit que sur votre exposé oral. Certains vous demanderont de
répondre ou de réagir au cours de leurs 20-30 minutes d’intervention, à chacune de leurs
questions, par exemple ; d’autres vous demanderont de répondre seulement à la fin de leur
intervention. Mais en principe il s’agira toujours pour eux, dans un esprit positif, de mieux évaluer
ainsi votre travail écrit, et de vous aider pour qu’il y ait à ce moment-là de vrais échanges, et
qu’ils soient de qualité. Il faut vous attendre à ce que certains membres du jury vous demandent
ce que vous prévoyez pour la rentabilisation de votre recherche du point de vue professionnel :
type de poste visé, rattachement envisagé à telle ou telle équipe de recherche, publications
préparées,…
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C’est ce que fera aussi votre directeur, à la différence qu’il vous défendra sur tous les points sur
lesquels il vous avait préalablement donné leur accord. C’est pourquoi la prudence minimale veut
que vous ayez obtenu son aval, avant d’achever votre travail, au moins sur les éléments les plus
stratégiques de votre travail écrit : modes de présentation formelle, style et « ton » généraux,
la conclusion, présentation des notes
plan détaillé, contenus de
bibliographiques et de la bibliographie finale, liste des autres composantes souvent exigées, qui
sont souvent désormais un résumé, des mots-clés, un index terminologique, un index des auteurs
cités, une liste des abréviations, une liste des tableaux, reproductions et illustrations.
l’introduction et de
La règle du jeu, dans les échanges oraux avec les membres du jury, est que vous vous défendiez
des critiques qui ne vous paraissent pas justifiées, mais que vous vous montriez tout aussi
capable d’accepter les autres, entièrement, partiellement ou encore en les relativisant, par
exemple en expliquant les raisons de tel manque, de telle erreur, de tel défaut que par ailleurs
vous reconnaissez. Vous n’avez aucun intérêt à vous opposer systématiquement à toutes les
critiques du jury, et tout intérêt au contraire à donner de vous l’impression que vous avez des
convictions mais que vous savez aussi admettre la critique, comprendre les rapports de force (et
ils ne vous sont pas favorables dans une soutenance !), rester ouvert et souple, et enfin que vous
êtes capable d’utiliser critiques, avis différents et suggestions de manière positive pour progresser
dans votre réflexion et votre formation.
Il ne faudra pas vous étonner et moins encore être choqué(e) du fait que votre directeur vous
fasse des critiques qu’il ne vous a pas faites auparavant. Il peut être amené à les faire pour au
moins trois bonnes raisons :
– Il a souvent lu votre travail en entier auparavant, mais par partie, voire par chapitre :
certaines lacunes peuvent ne lui être apparues qu’au moment de la lecture complète de
votre travail, quand il était trop tard pour vous les faire corriger.
– Il a pu aussi considérer que certaines critiques, s’il vous les avaient faites plus tôt, vous
auraient découragé dans votre travail, ou que vous n’auriez pas été capable d’en tenir
compte.
– Il a aussi lu les critiques formulées par les deux (pré-)rapporteurs, et il peut être amené
à reprendre certaines d’entre elles qui lui paraissent justifiées, quitte (quand c’est le cas,
cela arrive parfois) à en endosser la responsabilité…
Il ne faudra pas vous étonner non plus que les différents membres du jury ne soient
éventuellement pas d’accord entre eux, et que certaines de leurs critiques soient contradictoires
entre elles : la Didactique des langues-cultures n’est pas une science exacte, il y a débat entre
spécialistes sur beaucoup de questions… et chacun réagit, face à un travail de recherche, en partie
en fonction de sa personnalité, de ses spécialisations, de ses expériences et convictions
personnelles.
Bonne chance à tous !
Christian PUREN
Version mai 2013
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